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Tuerie à Orlando - Gais et Latinos, ils sont morts avec un secret

Plusieurs familles des victimes de l'attentat d'Orlando ont appris en même temps la mort de leur proche et son orientation sexuelle. Leur fils, leur frère ou leur nièce... vivait dans le secret ou s'était carrément exilé de sa communauté latino-américaine où il est parfois difficile d'être accepté tel qu'on est.

Un reportage de Thomas Gerbet

Ils s'appelaient Fernandez, Guerrero, Reyes, Riviera... La liste des 49 noms de victimes ne trompe pas. La vaste majorité était des Latinos, surtout Portoricains.

Le Pulse, c'était un « havre de paix pour nous », explique Fredy Ruiz. Ce gai latino de 28 ans d'Orlando s'y sentait à l'aise, entouré de gens de toutes les couleurs. « C'était vibrant, intense, jeune, innocent ». Il y a perdu un ami, qui assistait à la soirée latine.

Fredy Ruiz raconte qu'en raison de la proximité géographique, beaucoup de gais latinos (spécialement des Portoricains) ont trouvé un refuge à Orlando, « une ville accueillante pour les LGBT ».

« Il y a beaucoup d'hommes gais qui ne se sentent pas à l'aise à Porto Rico; venir à Orlando leur permet de pouvoir être eux-mêmes et de ne pas s'inquiéter de ce que leur famille va penser d'eux », explique Randy Stephens, ancien directeur du Centre communautaire LGBT de la Floride centrale.

Minorité dans la minorité, ce groupe est doublement marginalisé. La plupart des Latinos-Américains sont catholiques pratiquants. Selon une étude du Pew Research Center, 30 % des catholiques pensent que l'homosexualité ne devrait pas être acceptée par la société.

« La majorité d'entre nous est élevée dans la religion catholique en plus de l'importance accordée à la tradition et aux rôles traditionnels de l'homme et de la femme », explique Tatiane Quiroga, lesbienne de 37 ans qui travaille au Family Equality Council.

Plusieurs proches ont appris deux nouvelles très importantes en même temps au lendemain de la tragédie, raconte Sami Haiman-Marrero, qui mobilise la communauté hispanique pour aider les familles de victimes à travers le groupe Somos Orlando (« Nous sommes Orlando »).

Juan Ramon Guerrero, 22 ans, avait récemment annoncé à sa famille qu'il était gai. Il s'inquiétait de leur réaction. Ses proches l'ont finalement bien accepté. Il vivait depuis deux ans avec son amoureux à Orlando. Ils devaient bientôt se marier. Les deux ont péri dans la fusillade.

Prise de conscience

Le journal LGBT d'Orlando The Watermark a publié cette semaine son tout premier éditorial traduit en espagnol. Le drame semble avoir délié les langues. Par exemple, dans une lettre ouverte intitulée « Quand la seule place où tu te sens chez toi est envahie », l'auteure cubano-américaine Miriam Zoila Pérez se désole que la tragédie soit survenue lors d'un « rare moment de joie homosexuelle et d'appartenance latino ».

Sur son blogue, le professeur de droit au Washington College Anthony Varona, spécialisé dans les questions d'orientation sexuelle et d'identité de genre, écrit que « les Latinos LGBT sont doublement désavantagés et particulièrement vulnérables ». Il rappelle aussi que plusieurs parlent mal l'anglais, voire pas du tout, ce qui ajoute à leur exclusion.

Lente amélioration des droits

Même si plusieurs États du Mexique ont légalisé le mariage et l'adoption pour les couples de même sexe, l'Amérique centrale et les Caraïbes restent des territoires assez hostiles aux LGBT. La légalisation du mariage entre conjoints du même sexe par la Cour suprême des États-Unis l'an dernier ne s'appliquait pas à Porto Rico, territoire rattaché, mais non incorporé.

Le gouverneur portoricain a cependant annoncé qu'il allait reconnaître les mariages célébrés ailleurs, mais qu'ils resteront interdits sur l'île. Au début de l'année, Porto Rico a même nommé une juge ouvertement homosexuelle à la tête de sa Cour suprême.

Lors du grand rassemblement au centre-ville d'Orlando pour honorer les victimes et dénoncer la violence, les représentants d'importantes églises latinos étaient présents pour offrir leurs condoléances.

Avec CBC

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