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Turquie : Erdogan revendique la victoire aux élections

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a revendiqué dimanche la victoire aux élections présidentielle et législatives âprement disputées, s'ouvrant la voie vers un nouveau mandat de cinq ans aux pouvoirs considérablement renforcés.

« Les résultats non officiels des élections sont clairs. Selon eux, notre nation m'a confié la responsabilité de président de la République », a déclaré M. Erdogan lors d'une déclaration à Istanbul, revendiquant également la majorité parlementaire pour l'alliance dominée par son parti, l'AKP.

« Notre peuple nous a confié la tâche d'assumer les fonctions présidentielles et exécutives. J'espère que personne n'essaiera de semer le doute sur les résultats et de nuire à la démocratie pour masquer son propre échec », a déclaré le chef de l'État sortant.

Les chaînes de télévision l'avaient auparavant crédité 52,8 % après dépouillement de 95,1 % des voix.

De son côté, le porte-parole du gouvernement turc, Bekir Bozdag, a écrit sur Twitter : « Le peuple turc a élu Erdogan comme premier chef de l'État dans le nouveau régime présidentiel turc. Le peuple turc a dit : "Continuons avec le président Erdogan" ».

Proclamation prématurée, selon l'opposition

Le Parti républicain du peuple (CHP), principale composante de l'opposition turque, a jugé la proclamation de la réélection du président Erdogan prématurée, dans la mesure où le dépouillement n'est pas achevé dans les grandes villes.

Selon les chiffres du mouvement, seulement 39 % des voix ont été comptabilisées et le chef de l'État sortant en a remporté 51,7 %, a précisé Bülent Tezcan, porte-parole du CHP.

Plus tôt dans la journée, le porte-parole avait fait état de « nombreuses plaintes » pour fraude électorale, particulièrement dans le sud-est du pays.

« Nos amis sont intervenus au moment où c'est arrivé », a ajouté M. Tezcan lors d'une conférence de presse.

Il a énuméré plusieurs exemples de tentatives de bourrage d'urnes, avec notamment une urne comptant déjà une centaine de bulletins de vote, tous pour l'alliance dominée par le parti islamo-conservateur au pouvoir, l'AKP, avant même l'ouverture des bureaux à 8 h, heure locale.

Le principal parti prokurde (HDP) a également dénoncé sur les réseaux sociaux des tentatives de fraude et d'intimidation similaires dans le sud-est.

Le sud-est du pays étant à majorité kurde, des opposants et des ONG craignant des fraudes ont mobilisé plusieurs centaines de milliers d'observateurs pour surveiller les urnes.

Il a aussi déploré la présence de « personnes armées dans les rues », qui essayent de créer selon lui « une atmosphère de terreur pour les électeurs ».

Le président Recep Tayyip Erdogan a toutefois contredit ces dires après avoir voté à Istanbul, affirmant qu'il avait appris « qu'il n'y avait pas de problèmes sérieux à travers la Turquie » dans le déroulement du double scrutin.

Le défi d'Erdogan

Plus de 56 millions d'électeurs étaient appelés à se prononcer dimanche.

En 15 ans de règne, M. Erdogan s'est imposé comme le dirigeant turc le plus puissant depuis le fondateur de la République, Mustafa Kemal. Il a transformé la Turquie à coups de méga-projets d'infrastructures et en libérant l'expression religieuse, et fait d'Ankara un acteur diplomatique clé.

Mais ses détracteurs accusent le « Reïs » âgé de 64 ans de dérive autocratique, en particulier depuis la tentative de putsch de juillet 2016, suivie de purges massives qui ont touché des opposants et des journalistes et suscité l'inquiétude de l'Europe.

Ce scrutin est le premier depuis le référendum d'avril 2017 au cours duquel les Turcs ont approuvé, par une courte majorité, des changements constitutionnels qui ont renforcé les pouvoirs du chef de l’État.

Le système parlementaire passera à un régime hyper-présidentiel, voulu par M. Erdogan, mais décrié par ses opposants. Ce changement devrait lui permettre de gouverner par décret, reléguant les députés à un rôle beaucoup plus honorifique.

En provoquant des élections anticipées, le président sortant a semblé prendre de court ses adversaires, mais ceux-ci ont retrouvé leur élan en fin de campagne, notamment grâce à la prestation du candidat du Parti républicain du peuple (CHP), Muharrem Ince.

Le candidat du CHP, un député pugnace, s'est imposé comme le principal rival de M. Erdogan pour la présidentielle, électrisant plusieurs centaines de milliers de partisans lors de gigantesques rassemblements aux allures de démonstrations de force.

La campagne a tourné au corps à corps entre deux orateurs charismatiques qui ont rivalisé jusqu'au dernier moment en tenant samedi des rassemblements concurrents à Istanbul.

Si M. Erdogan reste le favori de la présidentielle, il n'est pas assuré de récolter dimanche les plus de 50 % des voix nécessaires pour éviter un second tour qui se déroulerait le 8 juillet.

L'économie et l'enjeu kurde

En plus de la montée du candidat Ince, Recep Tayyip Erdogan a été rattrapé par une dégradation de la situation économique en Turquie. L’effondrement de la livre turque et une inflation à deux chiffres ont atteint le portefeuille des Turcs.

Pendant la campagne, le dirigeant du Parti de la justice et du développement (AKP) a plusieurs fois semblé sur la défensive, notamment en promettant d'accélérer le retour dans leur pays des réfugiés syriens, mais uniquement après que M. Ince eut promis la même chose.

Les détracteurs du président turc l’accusent de dérive autocratique, en particulier depuis la tentative de putsch de juillet 2016 qui a été suivie d'une répression sans merci contre des opposants et des journalistes.

Le candidat du parti prokurde HDP, Selahattin Demirtas, qui rivalisait autrefois sur les estrades avec M. Erdogan, a dû faire campagne depuis une cellule de prison : accusé d'activités terroristes, il est détenu de manière préventive depuis 2016.

Le vote de l’électorat kurde sera déterminant dans les résultats du double scrutin de dimanche, d'où la vigilance aux urnes dans le sud-est du pays. Si le HDP franchissait le seuil de 10 % des voix permettant d'entrer à l'Assemblée, l'AKP d’Erdogan pourrait perdre sa majorité parlementaire.

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