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Un accord sur les migrants entre l'UE et la Turquie

Ankara va contribuer aux efforts visant à endiguer le flux de migrants qui convergent vers l'Europe en contrepartie d'une aide financière, de l'octroi de visas et d'une relance des négociations sur l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, selon les termes d'un accord conclu dimanche à Bruxelles.

D'après des diplomates, les Vingt-Huit réunis dans la capitale européenne avec le premier ministre turc Ahmet Davutoglu ont négocié toute la journée de samedi pour s'entendre sur une position commune.

« Nous avons trouvé un accord qui, je l'espère, sera accepté par toutes les parties aujourd'hui », a dit le président du Conseil européen, Donald Tusk, à son arrivée au sommet.

En échange de son implication dans la plus grave crise migratoire en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale, le gouvernement turc recevra trois milliards d'euros d'aide européenne pour financer la prise en charge des migrants se trouvant sur son territoire qui compte notamment près de 2,2 millions de réfugiés syriens.

« L'Union s'engage a apporter dans un premier temps trois milliards d'euros de ressources supplémentaires » ont dit l'Union et la Turquie dans un communiqué commun.

« Les besoins et la nature de ces financements seront renouvelés à la lumière de l'évolution de la situation. »

« Dès lors que la Turquie fait un effort pour accueillir des réfugiés, ceux là même qui ne viendront pas en Europe, il est légitime que la Turquie reçoive une aide de l'Europe pour l'accueil des réfugiés », a déclaré le président François Hollande.

Selon le dirigeant français, l'accord devra également faire en sorte que les migrants soient plus facilement contrôlés afin d'écarter ceux qui constituent une menace, à l'image des combattants de l'État islamique qui ont attaqué Paris et Saint-Denis il y a plus de deux semaines.

De même, Ankara obtient la réouverture dès le mois prochain d'un nouveau chapitre des négociations sur une adhésion de la Turquie, dans l'impasse depuis 2005.

A son arrivée à Bruxelles, Ahmet Davutoglu a salué un « jour historique dans notre processus d'accession à l'UE » et un « nouveau départ » dans les relations entre Ankara et les Européens.  

« Ne soyons pas naïfs »

Selon Donald Tusk, environ 1,5 million de personnes sont entrées illégalement dans l'UE en 2015.

La plupart ont transité par la Turquie, faisant de ce pays un partenaire indispensable et incontournable, au point que des diplomates européens se demandaient samedi soir si Ankara, conscient de son statut central dans ce dossier, ne produirait pas de nouvelles demandes.

« Les Turcs négocient toujours jusqu'à la dernière seconde. Pourquoi est-ce que ce devrait être différent cette fois-ci? », s'interrogeait ainsi un diplomate européen, notant que le président turc Recep Tayyip Erdogan n'a pas fait le déplacement de Bruxelles, envoyant son premier ministre.

Quoi qu'il en soit, a mis en garde dimanche le président du Conseil européen, la Turquie ne détient pas seule la solution à la crise et un accord avec Ankara, a poursuivi Tusk, ne suffira pas à mettre un terme à la crise si l'UE ne parvient à contrôler fermement ses frontières extérieures. « Ne soyons pas naïfs, la Turquie n'est pas la seule clef pour résoudre la crise migratoire [...] Sans contrôle de nos frontières extérieures, Schengen appartiendra à l'histoire ancienne », a-t-il dit.

Entrés en vigueur en 1995 et progressivement étendus, les accords de Schengen ont supprimé les contrôles aux frontières intérieures et renforcé la coopération policière à 26 pays, dont 22 membres de l'Union européenne.  

Réadmission

Les mesures prises par l'UE ces derniers mois n'ont pas été très efficaces pour la gestion des flux de migrants. Et si l'hiver risque de réduire le nombre d'arrivants pendant quelques mois, il rend aussi les choses très difficiles pour les milliers de personnes coincées aux frontières fermées des pays des Balkans.

D'après le projet d'accord, les Européens prévoient de verser trois milliards d'euros à la Turquie pour les 12 à 24 mois prochains en souhaitant qu'Ankara utilise cette enveloppe pour améliorer le quotidien des 2,3 millions de Syriens réfugiés sur son sol de sorte qu'ils soient moins incités à s'embarquer pour la Grèce, pays de « première arrivée » dans l'UE.

L'UE veut aussi que le gouvernement turc rende la traversée de Turquie vers les îles grecques plus difficile et qu'il empêche d'entrer les Afghans et autres migrants asiatiques qui passent par la Turquie pour se rendre en Europe.

Bruxelles veut enfin que la Turquie tienne sa promesse de reprendre les migrants qui ont réussi à atteindre la Grèce mais qui ensuite ne réussissent pas à obtenir l'asile politique.

Si Ankara remplit ses obligations, les ressortissants turcs obtiendront plus facilement des visas pour se rendre en Europe.

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