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Un an après le Bataclan, les Européens sont-ils plus en sécurité?

Le 13 novembre 2015, un commando terroriste frappait au cœur de Paris, faisant 130 morts et plus de 400 blessés. Une commission d'enquête française, qui a remis son rapport cet été, a conclu à un échec des services de renseignement français et européens, qui ont laissé passer les terroristes entre les mailles du filet. Un an plus tard, qu'est-ce qui a changé?

Un texte de Ximena Sampson

1. Quel était le niveau de sécurité en Europe avant les attentats?

L'enquête a mis en lumière des problèmes à l'échelle européenne, notamment au chapitre de la coordination et du partage d'informations.

Certains des terroristes du Bataclan avaient déjà été condamnés ou étaient en liberté surveillée au moment des attaques. Ils ont pourtant pu passer librement d'un pays à l'autre.

« La grande difficulté dont l'Europe souffre, c'est qu'on a une collaboration qui est essentiellement cloisonnée », affirme Pierre Berthelet, spécialiste en sécurité intérieure. Il y a des services de renseignement policiers et d'autres qui n'ont pas un statut policier. Les deux ne se parlent pas.

« Il y a une très forte concurrence entre [les deux] qui se traduit par une rétention de l'information », ajoute le chercheur. On se trouve face à un double problème : que les services nationaux fournissent l'information aux agences européennes et que les services policiers et civils collaborent entre eux.

Par ailleurs, ces mêmes services ont tardé à prendre en compte l'ampleur de la menace, croit Matthieu Suc, journaliste au site d'information français Médiapart et auteur du livre Femmes de djihadistes. « Les services sont passés à côté de ce nouveau phénomène du terrorisme islamique », soutient-il.

2. Qu'est-ce qui a changé au cours de la dernière année?

Des mesures ont notamment été prises en vue d'un renforcement de contrôles aux frontières extérieures de l'Union européenne et de l'adoption du registre des passagers aériens (PNR).

Surtout, le constat des failles a conduit à des changements majeurs au sein des agences de renseignement.

« Il y a une volonté de mieux partager l'information et, forcément, ça a un impact positif », croit Pierre Berthelet.

« En France, il y a plein d'organismes de coopération pour que les services communiquent entre eux, mais ils n'avaient pas envie de le faire et ils ne communiquaient pas », ajoute Matthieu Suc. « Après le 13 novembre, ils ont compris qu'ils devaient le faire. Il y a eu un changement d'attitude. »

D'une part, les services de renseignement partagent substantiellement plus d'information.  La France a notamment communiqué à Europol, l'agence policière européenne, quelque 7 téraoctets de données, soutient Pierre Berthelet. 

D'autre part, Europol a annoncé la création du Centre européen de lutte contre le terrorisme en janvier dernier. Même s'il s'agit surtout d'une opération de communication, puisque ce sont des services existants qui ont été regroupés, « cela envoie un signal politique de dire qu'Europol a une spécialité en matière de lutte antiterroriste », croit Pierre Berthelet.

Ces changements semblent donner des résultats, puisqu'il n'y a pas eu d'autres attentats de la même sorte que ceux du Bataclan. « Depuis le 13 novembre et surtout depuis l'attentat de l'aéroport de Bruxelles, on n'a plus d'attentats où l'État islamique projette des hommes formés à la guerre depuis la Syrie pour venir frapper en Europe », affirme Matthieu Suc.

Il y a bien eu l'attentat de Nice et celui de l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray, entre autres, mais c'était le fait de « loups solitaires » et non de commandos préparés par l'État islamique. Le changement de culture des services de renseignement n'est pas le seul facteur qui explique cette amélioration, mais il y a fortement contribué.

3. Vers un État policier?

Plusieurs s'inquiètent cependant d'une tendance de plus en plus présente en Europe et en France à mettre l'accent sur la sécurité au détriment de la liberté.

« On le voit bien dans le climat actuel de la campagne présidentielle qui démarre, où chacun veut faire de la surenchère sur des thèmes sécuritaires », affirme Matthieu Suc.

L'ex-président Nicolas Sarkozy, candidat à la primaire de la droite, propose notamment un référendum sur l'internement administratif des « fichés S », des personnes soupçonnées de vouloir porter atteinte à la sûreté de l'État. Et cet été, le débat sur l'interdiction du burkini a attisé les passions.

« On est dans un contexte d'échéances électorales majeures dans plusieurs pays de l'UE (France, Allemagne, Pays-Bas) et dans chaque cas des partis politiques populistes d'extrême droite tirent à eux la couverture », renchérit Julien Jeandesboz, professeur au département de sciences politiques de l'Université libre de Bruxelles.

Il donne l'exemple d'un paquet législatif sur les frontières intelligentes dont discute actuellement le Parlement européen, et qui permettrait l'enregistrement automatique des entrées et sorties de tous les non-ressortissants de l'UE. On collecterait aussi leurs données biométriques.

C'est une mesure qui risque d'être contestée. La Cour européenne de justice a invalidé, en 2014, un instrument sur la collecte et le stockage des données des utilisateurs d'Internet, en affirmant qu'il s'agit d'une ingérence dans les droits fondamentaux, rappelle M. Jeandebosz.

Selon lui, il y a déjà suffisamment de mesures en place qui auraient pu prévenir les attentats si les moyens humains avaient été déployés. « Il y a une course en avant », déplore-t-il. « Plutôt que de faire l'état des lieux et réfléchir à comment mieux utiliser les systèmes qui ont été approuvés, on cherche a établir de nouveaux systèmes et on se crée de nouveaux problèmes. »

Attentats terroristes à Paris

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