De passage lundi à Calgary pour rencontrer les ministres du gouvernement Trudeau, Stephen Schwarzman, conseiller du président américain Donald Trump, s'est montré rassurant quant à l'avenir des relations commerciales canado-américaines. Le Canada a un « statut très spécial » aux États-Unis, a-t-il dit, et le risque qu'il souffre d'une renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) est « très faible ».

M. Schwarzman, nommé en décembre pour diriger le comité sur la stratégie et les politiques - le Strategic and Policy Forum - de M. Trump, a fait ces commentaires devant des journalistes présents à l'hôtel Fairmont Palliser, après avoir rencontré les membres du Cabinet Trudeau, qui y sont réunis pour une retraite fermée.

« Ce fut une très bonne rencontre », a-t-il résumé, avant de souligner d'entrée de jeu que le Canada jouit d'une « image inhabituellement positive » aux États-Unis, dont il a été « un formidable partenaire depuis des temps immémoriaux ». Il a convenu que « le climat a changé » et que « quelques modifications » pourraient survenir, mais est demeuré rassurant.

Le commerce entre le Canada et les États-Unis est vraiment équilibré. C'est un modèle. Toutes les relations commerciales devraient être comme ça. C'est un jeu à somme positive. Alors je crois que le Canada est très bien positionné pour toute discussion avec les États-Unis.

Stephen Schwarzman

Lorsqu'on lui a demandé si le premier ministre canadien, Justin Trudeau, devait s'inquiéter pour les mois à venir, M. Schwarzman s'est une fois de plus montré rassurant. « Je ne crois pas qu'il devrait être très inquiet », a-t-il dit. « Le Canada est tenu en très haute estime » aux États-Unis, a-t-il ajouté.

Les pays qui doivent s'inquiéter sont ceux avec lesquels les États-Unis enregistrent « d'importants déficits commerciaux » ou « ceux dont les marchés ne sont pas aussi ouverts qu'au Canada », a précisé M. Schwarzman, qui est chef de la direction de la société d'investissement Blackstone Group.

Le conseiller du président Trump a aussi mentionné que l'administration Trump veut doubler son taux de croissance économique, qui se situe à 1,8 % depuis huit ans, selon lui. « Si cela se produit, le Canada va vraiment en bénéficier et c'est quelque chose de très important que les Canadiens devraient garder en tête », a-t-il fait valoir.

Interrogé sur l'avenir du pipeline Keystone XL, que le président Obama a rejeté, M. Schwarzman s'est montré optimiste. N'ayant pas eu de discussion particulière à ce sujet avec l'équipe du nouveau président, il est néanmoins demeuré prudent dans ses commentaires.

La nouvelle administration n'a pas la même position idéologique que la précédente. Elle est expansionniste. Il serait cohérent qu'ils soient favorables à quelque chose comme ça.

Stephen Schwarzman

M. Schwarzman est le seul représentant de l'administration américaine à assister à la rencontre entre les ministres du gouvernement Trudeau.

Au cours de sa campagne présidentielle, M. Trump a claironné à répétition qu’il entend renégocier l'ALENA pour que les États-Unis en retirent plus d’avantages, quitte à s’en retirer en cas d'échec.

Trump signe l'arrêt de mort du Partenariat transpacifique

Comme il l'avait promis en campagne électorale, Donald Trump a cependant signé un décret consacrant le retrait des États-Unis du Partenariat transpacifique (PTP), un accord de libre-échange qui inclut le Canada. Cette décision est « une grande chose pour les travailleurs américains », a-t-il commenté.

Le PTP, qui regroupait 12 pays, dont le Canada, visait à établir une grande zone de libre-échange dans la région Asie-Pacifique. Il avait été signé par le président Obama, mais n’avait pas encore été ratifié par le Sénat. Le retrait des États-Unis met fin à cette entente, à laquelle le gouvernement Trudeau était favorable.

Des rencontres en série pour le Cabinet Trudeau

L'ambassadeur du Canada à Washington, David McNaughton, est également à Calgary pour discuter de l'avenir des relations avec les États-Unis. Il avait déclaré dimanche aux journalistes que les discussions préliminaires avec l'administration Trump ont été « positives ».

Le Canada, a-t-il dit, n'est pas ciblé a priori par l'approche protectionniste américaine. « [Les États-Unis] sont essentiellement concentrés sur les pays avec lesquels ils ont des déficits commerciaux », a-t-il souligné, en référence à la Chine et au Mexique.

Ils n'ont rien dit de particulier concernant des problèmes réels qu'ils ont avec nous. [...] Mais nous sommes dans l'ALENA, et des discussions doivent avoir lieu.

L'ambassadeur du Canada à Washington, David McNaughton

L'ambassadeur McNaughton estime que le Canada pourrait subir des « dommages collatéraux » dans la foulée, et qu'il s'agit donc d'une source « d'inquiétude ». Selon lui, tous les membres de l'administration Trump ne saisissent pas « la profondeur et l'étendue » des relations entre les deux pays, qu'elles soient économiques, sécuritaires ou culturelles.

Il a néanmoins dit être d'avis que les deux pays peuvent trouver un terrain d'entente profitable. « Il n'est pas nécessaire que ce soit un jeu à somme nulle », estime-t-il.

En entrevue à l'agence Bloomberg, M. McNaughton a mentionné que des mesures commerciales bilatérales seraient considérées lors de la renégociation de l'ALENA annoncée. « Nous allons coopérer sur des sujets trilatéraux quand cela est dans notre intérêt, et nous considérerons aussi faire des choses qui sont dans notre intérêt bilatéral. Certaines pourraient s'inscrire dans l'ALENA, d'autres non. »

La nouvelle ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a affirmé lundi matin qu'elle n'avait pas entendu ces commentaires de l'ambassadeur. Elle a refusé de commenter la possibilité que le Canada soit prêt à sacrifier ses relations avec le Mexique pour protéger ses liens avec les États-Unis. Elle a toutefois confirmé que la relation canado-américaine prime toutes les autres pour le gouvernement.

Nous avons une relation très forte avec le Mexique. […] Nous sommes heureux de faire partie de ce partenariat mutuellement bénéfique qu’est l’ALENA. Mais bien sûr, notre relation avec les États-Unis est d’abord une relation bilatérale, et je crois que les Canadiens le savent et le comprennent.

Chrystia Freeland

Mme Freeland affirme que « la conversation avec les États-Unis va commencer » cette semaine. Elle a pris la peine de souligner que M. Schwarzman est « un bon ami de longue date ».

Le ministre des Finances, Bill Morneau, avait aussi mentionné que la rencontre avec M. Schwarzman allait permettre aux membres du Cabinet de prendre le pouls de la nouvelle administration et d'ouvrir un dialogue sur les relations entre les deux pays.

« Nous voulons mieux comprendre la situation aux États-Unis. C’est important de parler avec eux, de considérer leur situation, et, en même temps, [de voir] comment nous pouvons faire des choses importantes pour le Canada », a-t-il commenté.

« La plus grande relation économique du monde », dit Champagne

Le gouvernement Trudeau se prépare depuis quelques semaines déjà à l'arrivée au pouvoir de l'administration Trump. Le premier ministre a notamment nommé Chrystia Freeland au poste de ministre des Affaires étrangères, et lui a adjoint le général à la retraite Andrew Leslie comme secrétaire parlementaire.

Le remplaçant de Mme Freeland comme ministre du Commerce international, François-Philippe Champagne, a réitéré dimanche soir les arguments que le gouvernement met de l'avant pour convaincre les États-Unis de l'importance de maintenir des relations commerciales avec son voisin du Nord.

« Nous avons la plus grande relation économique du monde. Nous sommes le premier consommateur des États-Unis. On a 2,4 milliards de biens et services échangés par jour. Nous avons 35 des États américains qui ont le Canada comme plus grand marché », a-t-il résumé.

Au Mexique, le président Enrique Pena Nieto a déclaré qu'il chercherait à préserver des échanges commerciaux exempts de droits de douane dans ses discussions avec la nouvelle administration américaine.

« Ni confrontation ni soumission. La solution est dans le dialogue et la négociation », a déclaré le chef de l'Etat mexicain lors d'une rencontre avec des responsables politiqueset économiques. « Le commerce entre les trois pays devrait être exempt de tout droit de douane ou quota », a-t-il ajouté.

De son côté, le ministre de l'Économie du Mexique, Ildefonso Guajardo, a prévenu dans une interview publiée lundi par le quotidien El Universal que le gouvernement mexicain devrait réfléchir à des « mesures en miroir » si Washington impose à terme des restrictions aux importations vers le marché nord-américain.

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