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Un dernier discours sur l'état de l'Union qui appelle au changement

À un an de la fin de son dernier mandat, le 44e président des États-Unis a repris dans son ultime discours sur l'état de l'Union, prononcé mardi, le thème qui l'avait mené à la Maison-Blanche : le changement et l'espoir. Appelant à la fin de la politique partisane, Barack Obama a livré une allocution au ton optimiste, parfois moqueur, ponctuée de critiques à l'endroit de certains candidats républicains à la présidence.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

Contrairement à l'habitude, le président n'a pas axé son discours sur ses priorités de la prochaine année, mais « sur l'avenir » et les changements « extraordinaires » qu'il réserve.

« Ce changement peut élargir l'éventail des possibilités ou élargir le fossé des inégalités. Que nous l'acceptions ou non, le rythme de ce changement n'ira qu'en s'accélérant », a-t-il dit, offrant un contraste avec certains républicains qui aspirent à lui succéder - Donald Trump en tête, qui vante la gloire passée de l'Amérique.

Souvent ovationné par les démocrates, le président Obama a rappelé que les Américains, à d'autres moments de leur histoire, avaient pu gérer le changement, notamment les vagues d'immigration successives, en surmontant leurs craintes.

« L'avenir que nous voulons - des possibilités économiques et la sécurité pour nos familles, l'amélioration des conditions de vie et une planète où le développement durable et la paix sont envisageables - tout cela est à portée de main, mais seulement si le pays peut revenir à des débats constructifs rationnels », a-t-il dit, appelant les élus des deux partis à « réparer [la] politique » américaine.

Dans un geste inusité, le président Obama a d'ailleurs admis devant les élus des deux Chambres réunies du Congrès qu'il regrettait de ne pas avoir été capable de changer le ton de la politique à Washington, ajoutant qu'il tenterait de faire mieux d'ici son départ.

Dans ce qui a été sa critique la plus acerbe des prétendants républicains, Barack Obama a mis en garde contre ceux qui font des boucs émissaires « des concitoyens qui ne nous ressemblent pas, ne prient pas comme nous, ne votent pas comme nous le faisons ou qui n'ont pas le même parcours ». 

« L'Amérique se doit d'être exemplaire et cela passe par le rejet de toute politique fondée sur la stigmatisation de la race ou de la religion », une critique visant visiblement Donald Trump, qui a tenu des propos controversés sur les Mexicains et les musulmans.

Il a également répété qu'il fallait « réduire l'influence de l'argent » sur la politique.

Obama vante la puissance des États-Unis

Présentant la protection des Américains et lutte antiterroriste comme « la priorité », il a mis en garde contre les « affirmations farfelues » qui présentent la lutte contre le groupe armé État islamique (EI) comme « la Troisième Guerre mondiale ». « Elles font le jeu » des djihadistes, a-t-il affirmé.

« Il faut les appeler par leurs noms : des assassins et des fanatiques qui doivent être débusqués, traqués et éliminés », a-t-il insisté, évoquant sa lutte contre l'EI, jugée trop timorée par ses adversaires.

« Si vous doutez de la détermination de l'Amérique, demandez à Oussama ben Laden ce qu'il en pense », a ajouté Barack Obama, sous lequel l'ancien chef d'Al-Qaïda a été tué, 10 ans après les attentats du 11 septembre 2001.

Dénonçant la rhétorique de certains de ses adversaires qui critiquent la supposée faiblesse des États-Unis, il a répliqué qu'ils étaient « la nation la plus puissante du monde ».

Des projets à réaliser

Pour l'année qu'il lui reste à la tête de la Maison-Blanche, il a réitéré son espoir de voir aboutir certains de ses grands projets et a livré un plaidoyer pour l'égalité des chances.

Se posant en défenseur des énergies propres et renouvelables, il s'est moqué des détracteurs des changements climatiques.

« Quand, en 1957, les Soviétiques ont envoyé Spoutnik dans l'espace, nous n'avons pas nié son existence. Nous avons bâti pratiquement du jour au lendemain un programme spatial et, 12 ans plus tard, nous marchions sur la Lune », a-t-il ironisé.

Il a également plaidé pour un contrôle accru des armes à feu, de la fermeture de la prison de Guantanamo, « dispendieuse et inutile », ou encore la levée de l'embargo contre Cuba et a appelé le Congrès à ratifier le Partenariat transpacifique (PTP).

Il a aussi annoncé un nouvel effort national pour faire de l'Amérique le pays qui éradique le cancer une fois pour toutes, une initiative qu'il a confiée au vice-président Joe Biden.

Le président Obama a également vanté le bilan de ses deux mandats et a notamment insisté sur les progrès accomplis par le pays depuis la crise économique dont il a hérité lors de son accession au pouvoir. Il a rappelé que 14 millions d'emplois avaient été créés depuis son élection et que le taux de chômage avait été divisé par deux.

Il a également souligné que la réforme de la santé avait permis à 18 millions d'Américains d'avoir un accès à une couverture médicale et a salué l'accord sur le nucléaire iranien.

Ce rendez-vous était pour Barack Obama la dernière grande occasion de s'adresser aux Américains avant que le pays ne bascule complètement dans la frénésie électorale des primaires, le mois prochain.

Un seul des trois candidats à l'investiture républicaine qui siègent au Congrès était présent, le sénateur de la Floride Marco Rubio.

Un seul candidat démocrate, le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, lui aussi sur place, fait partie des élus du Congrès.

Vingt-trois personnes ont été invitées par la première dame, Michelle Obama, dont un réfugié syrien, une des premières Américaines diplômées de l'école militaire d'élite des Rangers et l'un des plaignants à l'origine de la légalisation du mariage gai.

De leur côté, les républicains ont notamment invité Kim Davis, la greffière du Kentucky qui a refusé de délivrer des certificats de mariage à des couples homosexuels.

Réponse républicaine

À l'issue du discours, c'est la gouverneure de la Caroline du Sud, Nikki Haley, qui a officiellement réagi au nom du camp républicain, depuis sa résidence.

Ses propos inclusifs ont fait écho à ceux du président Obama. Mme Haley a demandé aux Américains de refuser les « voix de la colère », des mots bien choisis pour se distancier des propos du candidat Trump, selon l'interprétation de plusieurs observateurs .

« Jamais quelqu'un qui est ouvert à travailler fort, à souscrire à nos lois, et à aimer nos traditions ne devrait se sentir exclu », a-t-elle ajouté.

Et comme Barack Obama, la gouverneure Haley a déploré le ton acrimonieux de la politique à Washington, qui ajoute à la division, selon elle. 

« Des gens pensent qu'il faut avoir la voix la plus portante dans une pièce pour faire une différence. Ce n'est pas vrai. Quand le ton est plus doux, on peut entendre ce que l'autre dit et ça peut faire une énorme différence », a-t-elle fait valoir.

Le meneur de la course républicaine, Donald Trump, n'a pas attendu la fin de l'allocution de Barack Obama pour la critiquer sur Twitter : « ennuyante, lente, soporifique - difficile à regarder ».

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