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Un diplomate américain quitte une commission sur les Rohingyas

Le diplomate américain Bill Richardson a démissionné d'une commission consultative internationale sur la crise des Rohingyas, la qualifiant « d'opération de justification » envers le régime de la leader du Myanmar, Aung San Suu Kyi.

« C'est avec une grande déception que j'annonce ma démission du Conseil consultatif sur l'État de Rakhine », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Le conseil de dix membres, mis en place par Aung San Suu Kyi, a pour objectif de mettre en œuvre les recommandations faites antérieurement par un groupe dirigé par l'ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan.

Bill Richardson, un ancien ambassadeur américain aux Nations unies, estime qu’Aung San Suu Kyi semble vouloir utiliser le comité pour valider ses politiques concernant les Rohingyas.

Près d’un million de musulmans rohingyas du Myanmar ont fui au Bangladesh depuis août dernier à la suite d’opérations de l’armée birmane que l’ONU a qualifiées de « nettoyage ethnique ».

Bill Richardson dit craindre que la commission ne devienne « une équipe de majorettes » au service du gouvernement birman.

Selon le diplomate, le conseil refuse de « proposer les changements de politique authentiques dont on a désespérément besoin pour assurer la paix, la stabilité et le développement dans l'État de Rakhine ».

Il ajoute avoir observé un manque d’engagement de la part du président de la commission, l’ancien vice-premier ministre thaïlandais Surakiart Sathirathai, pour mettre en œuvre les recommandations existantes.

Une absence de leadership

Bill Richardson s’est par ailleurs montré très préoccupé par « l'absence de leadership moral » d'Aung San Suu Kyi dans la gestion de cette crise.

Il estime que la dirigeante vit « dans une bulle » et qu’elle est « mal conseillée par son équipe ».

Aung San Suu Kyi « blâme les médias internationaux, l’ONU et les organisations de défense des droits de la personne pour tous les problèmes que connaît le Myanmar », déplore-t-il.

Appel pour la libération de journalistes

Le diplomate américain a également indiqué avoir été perturbé par la vive réaction d’Aung San Suu Kyi à ses appels à la libération de deux journalistes de l'agence Reuters arrêtés en décembre.

Wa Lone et Kyaw Soe Oo sont accusés de détenir des documents secrets relatifs au musellement de la liberté de parole par les forces de sécurité dans l'État de Rakhine. Ils risquent jusqu'à 14 ans de prison.

Bill Richardson raconte qu'Aung San Suu Kyi lui a répondu « furieusement » que la question des journalistes « ne faisait pas partie du travail du conseil consultatif ».

Un voyage mal préparé

La démission de Bill Richardson survient au moment où les membres de la commission se rendaient à la frontière pour examiner comment le Myanmar se prépare au possible rapatriement graduel de plusieurs Rohingyas qui ont fui au Bangladesh.

Selon le diplomate, le voyage ne prévoyait aucune discussion avec les dirigeants de l’État de Rakhine ni avec les membres de la communauté musulmane. Le voyage ne prévoyait pas non plus la visite de camps de réfugiés.

« Ce n’était qu’une grande séance de photos pour les médias, dénonce-t-il, et je ne voulais pas en faire partie. »

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