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Un festival LGBTQ annulé sous les menaces en Haïti

Le 1er festival Massimadi Haïti se voulait une occasion de présenter les réalités des communautés LGBTQ à travers des films, des expositions et des discussions. Au lieu de cela, les organisateurs doivent tout annuler, en raison notamment des menaces de mort dont certains ont fait l'objet.

Un texte d'André Dalencour

Cet événement devait s'étaler sur quatre jours à Port-au-Prince, de mardi à vendredi. Il reprenait un concept développé en 2009 par l'organisme montréalais Arc-en-ciel d'Afrique.

Les jours précédant la tenue du festival, le sénateur Jean-Renel Sénatus a fait des sorties publiques dans les médias locaux afin de le dénoncer.

Dans une entrevue accordée à Radio-Canada, il a justifié sa position en s'appuyant sur la Constitution haïtienne et la Déclaration des droits de l'homme, qui encadrent selon lui le mariage entre un homme et une femme. Le sénateur a aussi évoqué des dispositions du Code pénal haïtien protégeant la jeunesse.

« Ce qui se fait à travers ce festival, c'est quelque chose qui pourrait conduire à la corruption de la jeunesse, ou du moins, qui pourrait favoriser ou exciter la débauche de la jeunesse », a-t-il martelé.

Selon M. Sénatus, étant donné la situation actuelle qui sévit dans le pays, il y aurait lieu de se concentrer sur d'autres priorités telles que la formation professionnelle, les universités, l'accès à l'eau potable et aux soins de santé.

Par ailleurs, il a confirmé avoir déposé une plainte formelle auprès du commissaire de la capitale haïtienne. C'est ce dernier qui a pris des mesures pour faire interdire le festival.

Des menaces de représailles

Selon le président de l'association Kouraj, un organisme de défense des droits des membres de la communauté LGBTQ en Haïti qui avait organisé le festival, cette prise de position tranchée a engendré un flot de menaces auxquelles il ne s'attendait pas.

« Avec toutes les pressions, certaines de nos institutions partenaires ont dû se rétracter parce qu'ils subissent des violences des particuliers [...] que ce soit sur leur site Internet ou leurs réseaux sociaux », soutient Charlot Jeudy.

Ses collègues et lui ont entamé des démarches pour suspendre les procédures contre l'événement. Ils espèrent être capables de le repousser à une date ultérieure.

L'un de ces partenaires, l'association culturelle haïtienne FOKAL, a en effet pris la décision d'annuler sa participation. Sa directrice, Lorraine Mangonès, affirme que son organisation a reçu plusieurs « menaces de violence scandaleuses ».

« Des annonces de manifestations "armées de machettes" devant FOKAL, puis une bande-son anonyme circulant largement sur les réseaux sociaux appelant à incendier FOKAL et tous ceux qui se trouveraient à l'intérieur, bref, une suite de menaces d'une rare violence dirigée contre FOKAL », explique-t-elle dans un courriel. « Nous avons la responsabilité de la sécurité de nos employés, des usagers de la bibliothèque qui accueille des centaines de jeunes tous les jours, du public en général qui fréquente notre centre culturel. »

Mme Mangonès se dit profondément indignée et attristée par la tournure des événements. Elle a surtout du mal à comprendre ce qu'elle qualifie de « déchaînement de haine » contre son organisme qui promeut la liberté, le savoir et la culture.

Solidarité à Montréal

Des membres de l'organisme Arc-en-ciel d'Afrique s'étaient rendus en Haïti afin d'apporter leur soutien aux organisateurs pendant la tenue des différentes activités.

« C'est inquiétant. Mais par rapport à ce que j'entends dire de mes collègues qui sont là-bas... Je sais qu'ils sont en sécurité », affirme Mike Gerembaya, un intervenant de l'association qui est resté à Montréal.

Selon lui, tout cela révèle les nombreux défis auxquels ces personnes sont confrontées. Il croit que le bon côté des choses, c'est que la question se retrouve maintenant sur la place publique.

« On a conscience aussi de l'enjeu qui pourrait y avoir face à ce festival-là. Donc, en même temps, ce n'est pas une très grande surprise. On s'attendait à ce qu'il y ait une réticence », souligne-t-il.

La communauté LGBTQ haïtienne se fait généralement discrète, les minorités sexuelles faisant l'objet d'une importante stigmatisation sociale. 

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