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Un gigantesque incendie fait au moins 12 morts à Londres

L'incendie qui a ravagé une tour d'habitation de l'ouest de Londres dans la nuit de mardi à mercredi a fait au moins 12 morts et 78 blessés. Les flammes ne sont pas encore totalement maîtrisées, 19 heures après la naissance du brasier.

« Je peux confirmer que 12 personnes sont mortes », mais « je crains malheureusement que le bilan s'alourdisse », a déclaré le commandant de la police métropolitaine Stuart Cundy.

Outre les 12 personnes dont le décès dans l'incendie a été confirmé, 18 des 78 blessés hospitalisés sont traités aux soins intensifs, tandis que de nombreuses personnes manquent à l'appel.

Les autorités exhortent les gens qui ont réussi à s’en tirer sains et saufs à signaler à la police qu’ils vont bien et sont en sécurité.

L'immeuble, qui a complètement brûlé, logeait de 400 à 600 personnes. La tour compte 120 logements répartis sur 24 étages.

Stuart Cundy a soutenu que l'opération de recherche sera complexe et s'étendra sur plusieurs jours, mais qu'il ne s'attendait pas à trouver de survivants dans les décombres.

Un brasier d'une rare ampleur

La Grenfell Tower est une tour de logements à loyers modiques du Lancaster West Estate dans le quartier de North Kensington. Les flammes ont embrasé l'immeuble du 2e au 24e étage.

Plusieurs témoins ont parlé d’un réfrigérateur qui aurait explosé au quatrième étage de l’immeuble, déclenchant l’incendie qui allait se propager à une vitesse fulgurante.

La tour entière s’est enflammée en quelques minutes, emprisonnant entre ses murs des centaines de résidents, dont plusieurs étaient endormis. Selon des témoins, l’alarme d’incendie ne se serait déclenchée qu’à 1 h 30 alors que le feu s’est déclaré un peu avant 1 h.

En plus de l’alarme incendie qui semble avoir été défectueuse, des résidents ont été sommés de demeurer dans leur appartement plutôt que de fuir le brasier.

L’incendie s’est propagé à une telle vitesse que les pompiers, arrivés sur les lieux six minutes après avoir reçu le premier appel d’urgence à 0 h 54, n’ont pu entrer dans l’immeuble.

L'immeuble calciné, duquel il ne restait plus que la structure en béton à l'extérieur, se consumait toujours de l'intérieur.

À 17 h, heure locale, Steve Apter, du service des incendies de Londres, affirmait que des foyers d’incendie étaient encore allumés dans la tour Grenfell, plus de 16 heures après le début de l’incendie.

Des ingénieurs craignent que l’immeuble s’effondre et une équipe inspecte sa structure. Selon The Guardian, le service des incendies de Kent utilise des drones afin d’évaluer la stabilité de l'immeuble.

La chef des opérations des pompiers de Londres, Dany Cotton, soutient n’avoir jamais vu pareille tragédie.

« Lorsque je suis arrivée sur les lieux, le feu s’était rapidement propagé et il continuait de progresser dans l’immeuble, a affirmé Mme Cotton. Le feu était donc en progression et nos équipes tentaient d’entrer dans le bâtiment pour secourir les personnes qui y étaient piégées. »

« Nous ne voulons pas conjecturer sur les causes potentielles de l’incendie ou de la propagation de l’incendie, a déclaré le maire de Londres Sadiq Khan. C’est une question qui sera scrutée à la loupe dans un avenir rapproché. »

« Comme l’a mentionné ma collègue du service des incendies, c’est un événement sans précédent », a déclaré le maire Khan en demandant aux Londoniens d’appeler les ambulanciers seulement en cas d’extrême nécessité puisque l’ampleur de la tragédie entraîne une surutilisation des ressources ambulancières.

« Nous nous concentrons présentement sur la recherche et le sauvetage de survivants, a poursuivi le maire Khan. Malheureusement, cette opération se transformera bientôt en une opération de récupération des victimes. »

« Comme un film d'horreur »

« Il y avait de la fumée partout, partout, a raconté un sinistré qui a réussi à s’échapper de la tour en flammes. Il y avait des gens en bas et des morceaux de l’immeuble qui tombaient, des gens criaient. »

« Des gens dormaient encore aux étages supérieurs, poursuit-il. Ils n’avaient aucune idée de ce qui se passait. Je ne suis même pas sûr que la moitié d’entre eux ont réussi à sortir. »

« J’ai vu des gens sauter de leur fenêtre, l’immeuble était en feu, les ambulances, la police, c’était horrible », a dit une rescapée. Désespérés, certains résidants ont lancé leurs enfants par les fenêtres dans l'espoir que quelqu'un au sol puisse les attraper.

« C’était un enfer, poursuit un autre survivant. C’était comme dans un film. Le revêtement extérieur se détachait. »

Un homme qui parlait au téléphone avec sa cousine, prisonnière du brasier, lui a dit : « Ils s’en viennent. Ils s’en viennent pour toi. Ils s’en viennent te chercher. »

« Je ne sais pas s’ils l’ont fait, laisse-t-il tomber, étranglé par la douleur. Je continue de l’espérer. »

« Tous nos avertissements sont tombés dans l'oreille d'un sourd »

Construite en 1974, la Grenfell Tower avait fait l’objet d’importants travaux de rénovation de 14,5 millions de dollars en 2016. Les travaux ont été réalisés par l’entreprise Rydon, qui assure que la rénovation « répondait à toutes les exigences en termes de normes d'incendie, de sécurité et de construction ». Le revêtement extérieur de l’immeuble avait notamment été refait au complet.

« Le conseil syndical a procédé il y a un an à des rénovations du bâtiment à l'intérieur et à l'extérieur », a déclaré Ash Sha, qui a assisté au sinistre et dont la tante a réussi à fuir à temps son appartement situé au deuxième étage.

« Ils ont refait la façade et isolé l'intérieur, a poursuivi M. Sha. Le matériau d'isolation ressemble fortement à de l'éponge et il s'effrite entre les doigts. C'était juste pour masquer les apparences et faire comme dans l'immeuble voisin. »

La Grenfell Tower est la propriété de la Municipalité Royale de Kensington et Chelsea, mais il est géré par un organisme indépendant : Kensington and Chelsea Tenant Management Organisation.

Un collectif de résidents dénonçait depuis plusieurs années les lacunes du système d’information et de protection des habitants de l’immeuble en cas d’incendie. Le blogue du collectif mentionnait en novembre 2016 que « seule une catastrophe pourrait mettre au jour l'incompétence du propriétaire et mettre fin aux négligences observées quant aux règles de sécurité ».

L'ancien président de l'association des résidents de la tour, David Collins, a expliqué à l'AFP qu'il était choqué, mais pas surpris par l'ampleur de l'incendie. « Nous avions tellement d'inquiétudes. Nous en avions sur l'emplacement des systèmes de chauffage, sur les sorties de secours et les possibilités d'entrer et sortir de l'immeuble, ou sur l'éclairage... J'ai même entendu que les alarmes incendie ne se déclenchaient plus », a-t-il dit.

Dans un communiqué, le Kensington and Chelsea Tenant Management Organisation a reconnu « être au courant des préoccupations soulevées de longue date par des résidents », mais qu'il était « trop tôt pour faire des hypothèses sur les causes de l'incendie ».

Le maire de Londres, Sadiq Khan, a déclaré que ce drame soulevait des questions sur la sécurité des immeubles d'habitation et qu'il faudrait trouver des réponses.

« Nous avons de très nombreuses tours d'habitation dans Londres et nous ne pouvons avoir une situation dans laquelle la sécurité des habitants est menacée parce que de mauvais conseils ont été fournis ou, comme cela a été suggéré, parce que ces tours d'habitation ne sont pas correctement gérées ni bien entretenues », a-t-il ajouté.

Le gouvernement britannique a commandé des inspections dans les immeubles qui ont fait l'objet de travaux de rénovation similaires au cours des dernières années.

Le ministre responsable de la police et des pompiers, Nick Hurd, a dit que les autorités chercheront à cibler « les tours qui sont passées par un processus semblable de remise en état, qu'elles passeront par un processus de vérification afin de rassurer le plus rapidement possible les gens ».

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