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Un livre explosif sur Donald Trump remet son auteur sous les projecteurs

À peine publié, un livre qui dresse un portrait peu élogieux du président américain Donald Trump connaît déjà un succès monstre et offre sans surprise une tribune à son auteur, le journaliste Michael Wolff.

Michael Wolff est un provocateur dont on dit qu'il aime les bagarres et qui s'est déjà plaint de la puissance des projecteurs braqués sur lui... ainsi que du fait que ces mêmes projecteurs passaient rapidement à autre chose.

L'obscurité n'est aujourd’hui plus une menace pour Wolff.

Son nouveau livre incendiaire sur Trump s'inspire de ce que l’auteur décrit comme un accès régulier à l'aile ouest de la Maison-Blanche, qui abrite la majeure partie des plus proches collaborateurs du président ainsi que le bureau ovale. Wolff dit avoir obtenu plus de 200 entrevues, dont trois heures avec Trump lui-même.

Son livre, Fire and Fury: Inside the Trump White House, a fait éclater l’inévitable : une querelle entre un président friand de publicité et son ex-conseiller Steve Bannon, cité abondamment et qui est sans éloges envers Trump, sa famille et ses conseillers.

Les avocats de Trump ont envoyé à Wolff et à ses éditeurs des lettres visant à empêcher la publication. Mais au lieu d’atteindre leur but, ses lettres ont favorisé la campagne de publicité du livre et ont forcé l’éditeur à en devancer la publication de trois jours.

« Voilà. Vous pouvez l'acheter (et le lire) demain. Merci, M. le président », a tweeté l'auteur Michael Wolff, jeudi.

Offert en librairie depuis vendredi, donc, Fire and Fury trône déjà au sommet des ventes sur Amazon.com et sur BarnesandNoble.com.

De la fiction, selon Trump

À son tour, Trump a dit jeudi soir sur Twitter que le livre de Wolff était truffé de faussetés et ne se basait que sur de fausses sources.

« J'ai autorisé zéro accès à la Maison-Blanche (en fait, j'ai refusé plusieurs fois) à l'auteur de ce livre mensonger! Je ne lui ai jamais parlé pour un livre. Plein de mensonges, de fausses déclarations ni de sources qui n'existent pas. Regardez le passé de ce type et ce qui lui arrivera », a-t-il écrit.

Vendredi matin, la porte-parole de la Maison-Blanche Sarah Huckabee Sanders a affirmé que la Maison-Blanche avait refusé quelque deux douzaines de fois une entrevue de Trump à Wolff.

Plus tard vendredi, lors de sa première entrevue à propos de son livre, Wolff a déclaré au Today Show : « J'ai vraiment parlé au président. Je ne sais pas s'il s'est rendu compte que c'était une entrevue. Mais ce n'était certainement pas confidentiel ».

Wolff affirme qu'il a parlé avec Trump pendant trois heures au total au cours de la campagne et après son inauguration. Il ajoute qu'il a des enregistrements et des notes, et qu'il est « absolument à l'aise avec tout ce [qu’il a] rapporté dans ce livre ».

Trump est-il apte à gouverner?

Tout l'entourage de l’ex-magnat de l'immobilier, soutient l'auteur, s'interroge sur la capacité de Donald Trump à gouverner.

Les aptitudes mentales du président sont donc une nouvelle fois remises en question, ce qui a piqué Trump au vif. Il n’a pu s’empêcher de répondre à l’auteur par l’intermédiaire de Twitter, samedi matin.

« Tout au long de ma vie, mes deux atouts ont été ma stabilité mentale et le fait d'être, pour ainsi dire, très intelligent », a-t-il écrit depuis la résidence présidentielle de Camp David, où il doit rencontrer les leaders républicains du Congrès dans la journée.

« Je suis passé d'homme d'affaires TRÈS prospère à grande star de la télé et à président des États-Unis (dès ma première tentative). Je pense qu'on peut me qualifier non seulement d'intelligent, mais de génial... et un génie très stable en plus! », a-t-il continué.

Trump a ensuite répété, samedi, qu'il considérait le livre de Wolff comme « une oeuvre de fiction ».

Question de crédibilité

« Ma crédibilité est mise en doute par un homme qui a moins de crédibilité que quiconque a déjà marché sur terre », s’est défendu Wolff sur le plateau du Today Show.

L’auteur a tout de même donné des munitions aux alliés de Trump, notamment dans l'introduction du livre quand il reconnaît avoir eu du mal à réconcilier les versions de certains acteurs, compte tenu des nombreuses rivalités qui font rage entre les employés politiques de la Maison-Blanche.

Il dit s’être décidé à utiliser une « version des événements [qu'il croie] être vraie ».

Par exemple, Wolff écrit dans le livre que Trump ne savait toujours pas, le soir des élections, qui était l'ancien président de la Chambre des représentants du Congrès, John Boehner. Ce que Sarah Huckabee Sanders nie être vrai, en soulignant que des photos montrent que les deux amateurs de golf ont déjà joué ensemble à quelques reprises.

Deux proches de Boehner ont confirmé ces faits. Ils ont aussi dit que Trump et Boehner se sont parlé avant et après les élections.

Sanders a également ridiculisé l'affirmation de Wolff selon laquelle Trump et sa famille ne voulaient pas gagner les élections.

Pour sa part, Trump s'en est pris à Bannon dans une déclaration inhabituelle de la Maison-Blanche. Wolff et son éditeur n'ont pas répondu à une demande de commentaires ni à une entrevue.

Qui est Michael Wolff?

Depuis 40 ans, Wolff bâtit sa carrière en écrivant à propos des riches et puissants, notamment Rupert Murdoch. Il compte sept livres à son actif, en plus d’une multitude de papiers publiés dans des quotidiens et des magazines.

Parfois critique envers les médias, ses livres ont souvent obtenu de cinglantes critiques. On lui reproche son style d'écriture, qui se concentre sur les atmosphères, et ses erreurs factuelles.

« L'un des problèmes de l'omniscience de Wolff, c'est que même s'il sait tout, il se mêle parfois à propos de ses faits », a écrit le regretté David Carr dans le New York Times, notant certaines divergences dans les dates du livre de Wolff sur Murdoch publié en 1988, The Man Who Owns the News: Inside the Secret World of Rupert Murdoch.

Tout n’est pas noir, toutefois, et Wolff est également défendu par certains. Janice Min, l'une des propriétaires du Hollywood Reporter, a dit sur Twitter qu'elle faisait partie des rares invités à une soirée dont il est question dans le livre, chez Roger Ailes, en janvier 2017. Selon Wolff, Steve Bannon y discutait des plans de Trump pour la composition de son cabinet et d'autres conseillers.

Ailes aurait mis Bannon en garde contre les qualifications de certains. « Le choix est mince », a reconnu Bannon, selon le livre.

« J'étais donc l'une des six invités de la soirée Bannon-Ailes en janvier 2017, et chaque mot que j'ai vu dans le livre à ce sujet est absolument exact », a indiqué Janice Min sur Twitter.

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