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Un organisateur des attentats de Paris et Bruxelles identifié

L'un des organisateurs des attentats terroristes commis par le groupe armé État islamique (EI) à Paris et à Bruxelles a été identifié par les enquêteurs des deux pays, révèle mardi Le Monde. Il s'agit du Belgo-Marocain Oussama Ahmad Atar, un vétéran du djihad désigné jusqu'ici sous le nom de guerre d'Abou Ahmad.

L'homme de 32 ans, membre de l'EI, est « le seul coordinateur depuis la Syrie à avoir été identifié en l'état des investigations », a confirmé à l'AFP une source proche de l'enquête. Une source de Reuters confirme qu'il y a « une très forte présomption » qu'il soit impliqué dans les deux carnages, qui ont fait 161 morts et 694 blessés.

Le nom d'Abou Ahmad avait surgi une première fois dans l'enquête sur les attentats de Paris après que deux hommes, l'Algérien Adel Haddadi et le Pakistanais Mohamed Usman, eurent été arrêtés en Autriche en décembre 2015.

Tous deux ont raconté aux policiers autrichiens qu'ils avaient été recrutés avec deux autres hommes par un certain Abou Ahmad, basé à Raqqa, fief de l'EI en Syrie, pour participer à un commando terroriste au Stade de France.

Selon leur récit, Abou Ahmad a coordonné le départ des quatre kamikazes, en leur donnant notamment 2000 $ chacun et le nom d'un passeur en Turquie. Ils ont tous tenté de rejoindre l'Europe en se mêlant au flot de migrants fuyant la Syrie.

Contrairement aux deux autres hommes qui ont réussi à passer entre les mailles du filet pour atteindre Paris, Haddadi et Usman ont cependant été interpellés après leur arrivée sur l'île grecque de Léros.

Accusés d'avoir détenu de faux passeports, ils ont été incarcérés en Grèce entre le 3 et le 28 octobre. Ils aboutiront finalement quelques jours plus tard en Autriche, où la police leur mettra la main au collet. Ils ont été extradés en France en juillet.

Selon Le Monde, c'est Adel Haddadi qui a confirmé qu'Abou Ahmad était en fait Oussama Ahmad Atar en l'identifiant récemment sur une planche comprenant plusieurs photographies, devant des enquêteurs français. Les services de la lutte antiterroriste belges étaient parvenus à la même conclusion un peu plus tôt, selon le quotidien.

Le numéro de téléphone turc utilisé par Abou Ahmad pour communiquer avec ses recrues a incidemment été retrouvé sur l'un des kamikazes dépêchés au Stade de France.

Attentats terroristes à Paris

Un cousin de deux des kamikazes de Bruxelles

Oussama Ahmad Atar est en outre un cousin éloigné des frères Ibrahim et Khalid El Bakraoui, qui se sont respectivement fait exploser à l'aéroport international de Bruxelles et dans une station de métro de la capitale le 22 mars dernier.

Des traces de conversation entre les frères El Bakraoui, leur complice Najim Laachraoui et Abou Ahmad ont d'ailleurs été retrouvées dans un ordinateur que les enquêteurs belges ont trouvé dans une poubelle située près d'une planque que les kamikazes avaient utilisée au préalable.

« Comment on travaille? On sort tous et c'est fini? Y a-t-il toujours des frères en France opérationnels? », demande à une occasion l'un des kamikazes, qui suggère à Abou Ahmad d'éviter la Belgique, considérée comme une « base de repli ».

La veille des attentats de Bruxelles, Ibrahim El Bakraoui, finit par expliquer que les kamikazes doivent passer à l'action, parce que leurs plans ont été bousillés par l'opération policière visant une planque du groupe, à Forest. Il suggère alors de cibler l'aéroport de Bruxelles et le métro.

L'ordinateur en question avait aussi permis de découvrir que les kamikazes avaient transmis leur testament à leur interlocuteur. L'un d'eux était adressé à Yassine Atar, frère cadet d'Oussama Ahmad.

Atar, vétéran du djihad

Oussama Ahmad Atar a une longue feuille de route dans les mouvements djihadistes et était connu des services antiterroristes belges alors qu'il avait tout juste 20 ans. Selon l'AFP, il a été intercepté en 2004, à Ramadi, bastion de l'insurrection djihadiste en Irak, envahi quelques mois plus tôt par les armées américaines et britanniques.

Condamné à 10 ans de prison par un tribunal irakien pour avoir illégalement pénétré dans le pays. Il a ensuite transité selon Le Monde par trois camps gérés par l'armée américaine : Abou Ghraïb, Camp Cropper et Camp Bucca.

Ce dernier camp, aujourd'hui considéré comme un « incubateur à djihadistes », a notamment accueilli l'actuel chef de l'EI, Abou Bakr Al-Baghdadi. De nombreuses associations y ont dénoncé les traitements infligés aux prisonniers.

Oussama Ahmad Atar a finalement été libéré de Camp Bucca en 2012, après une campagne de soutien réclamant sa libération pour des raisons de santé : une rumeur laissait croire qu'il avait une tumeur au rein.

Le gouvernement belge avait lui-même demandé à Bagdad de le libérer, dans la foulée d'une mobilisation qui avait réuni sa famille, des députés belges et des organisations, dont Amnistie Internationale.

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