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Un organisme américain d'aide aux réfugiés est menacé de disparition

Freedom House, un organisme sans but lucratif de Détroit qui accueille des réfugiés et demandeurs d'asile qui souhaitent vivre aux États-Unis et au Canada, pourrait bientôt fermer ses portes.

Un texte de Nicolas Pham

Lucy (nom fictif) raconte qu’au Cameroun, en 2007, elle était responsable de la surveillance d’un bureau de vote lors des élections législatives.

Elle a dénoncé une fraude. Les conséquences n’ont pas tardé pour elle et sa famille.

L’armée est venue chez moi. Ils m’ont battue et torturée devant mes enfants. Ils ont continué en prison et m’ont laissée pour morte dans une cellule.

Lucy, résidente permanente, États-Unis

Lucy explique qu’elle a réussi à gagner les États-Unis, et finalement Freedom House, où elle a été accueillie et soignée.

Neuf ans plus tard, Lucy est résidente permanente, tout comme deux de ses enfants qui ont pu la rejoindre grâce au soutien de Freedom House.

Le troisième n’aura pas eu cette chance. Il a été assassiné en 2009, l’année au cours de laquelle Lucy a obtenu l’asile politique aux États-Unis.

La torture omniprésente

Selon la directrice Deborah Drennan, près de neuf résidents de Freedom House sur dix ont été torturés dans leur pays d’origine.

C’est aussi le cas de Paul (nom fictif).

Il explique que lorsqu’il est arrivé à Freedom House, il se sentait pour la première fois en sécurité.

Il pouvait « enfin vivre en paix ».

Grâce à Freedom House, je mange gratuitement. Je suis vêtu gratuitement. Je vais à l’hôpital et à l’école gratuitement.

Paul, réfugié sans statut

Depuis qu’il a appris que l’avenir de l’organisme était incertain, il est très inquiet.

Il a peur de « devoir recommencer à dormir dans les caniveaux et manger dans les poubelles ».

Perte du financement

Le principal bailleur de fonds de Freedom House s’est désisté subitement au début du mois de janvier.

Une nouvelle politique du département américain du Logement et du Développement urbain prive Freedom House de son financement pour la prochaine année.

Le département financera les organismes qui fournissent une aide immédiate aux sans-abri.

Freedom House ne correspond pas aux critères parce qu’elle fournit de l’aide à plus long terme, ce qui coûte par ailleurs plus cher.

Deborah Drennan estime que l’organisme pourra survivre encore quelques mois, mais sans une campagne de financement et des dons d’entreprises, il devra éventuellement fermer ses portes.

Le spectre de Donald Trump

Grace, qui espère toujours obtenir le statut de réfugié, avoue toujours « vivre dans la peur, surtout quand elle voit ce qui se passe dans les médias ».

Les avocats et le personnel de Freedom House nous disent que tout ira bien, mais c’est le président qui décide en fin de compte.

Grace, réfugiée sans statut

La nouvelle rhétorique présidentielle et le spectre de la déportation qui plane au-dessus de ses pairs inquiètent Lucy.

Elle soutient que les nouveaux arrivants « contribuent à la vitalité des États-Unis, veulent travailler et payer leurs taxes ».

Ceux qu’elle connaît sont venus aux États-Unis parce que leur vie était en danger.

Je suis fière d’être américaine. On se sent chez nous ici. Et je travaille fort pour faire ma contribution à ce pays que j’aime déjà.

Lucy, résidente permanente, États-Unis

Du début à la fin

Depuis 30 ans, les travailleurs de Freedom House prennent en charge l’ensemble des besoins des nouveaux arrivants, qui sont aussi sans-abri et sans statut, donc très vulnérables.

Au terme d’un processus qui peut prendre deux ans, ceux-ci obtiendront des soins médicaux et psychologiques, bénéficieront du soutien d’un avocat pour compléter leur demande d’asile aux États-Unis ou au Canada. On leur apprendra également l’anglais et leur trouvera éventuellement un emploi.

La directrice explique que 94 % des résidents qui quittent Freedom House sont pleinement autonomes en plus d’avoir un statut légal dans l’un des deux pays.

Ils sont près d’une centaine à quitter l’établissement chaque année, depuis sa fondation en 1983.

Aucun nouveau réfugié n’a été accueilli en 2017, parce que les intervenants craignent de devoir mettre la clé sous la porte avant d’avoir pu remplir leur mission.

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