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Un rapport du Sénat américain détaille 20 ans d'ingérence russe

L'ingérence russe dans l'élection présidentielle de 2016 aux États-Unis n'est que le dernier exemple d'une approche préconisée par le Kremlin depuis une vingtaine d'années, conclut un rapport du Sénat publié mercredi.

L'administration Trump doit en faire plus pour empêcher cette ingérence, avancent les auteurs du rapport.

Le document de plus de 200 pages dresse un portrait des approches préconisées par Moscou dans 19 pays européens pour miner les processus démocratiques en place : désinformation, cyberattaques, opérations clandestines sur les médias sociaux, corruption, voire tentatives d’assassinats et opérations militaires visant à déstabiliser certains gouvernements, comme en Ukraine et en Géorgie.

On y avance aussi une trentaine de recommandations destinées à combattre le phénomène.

Si les États-Unis n'agissent pas dès maintenant, prévient le rapport, le pays ne sera pas en mesure d'empêcher des opérations similaires d'être menées lors des élections de mi-mandat, en novembre, ou lors de la présidentielle de 2020.

Le rapport a été commandé par le chef de la minorité démocrate à la Commission sénatoriale des Affaires étrangères, Ben Cardin, dans la foulée des conclusions du renseignement américain selon lesquelles Moscou s’est ingéré dans l’élection de 2016 au profit de Donald Trump.

Aucun républicain n’a toutefois apposé sa signature au bas de ce rapport, bâti à l’aide de sources ouvertes et d’entrevues avec des diplomates et des responsables gouvernementaux de pays européens.

Le sénateur Cardin ne manque pas d’épingler au passage le président Trump pour son manque de leadership. Il lui demande de considérer ces ingérences comme une crise nationale, nécessitant une réponse coordonnée, assortie de sévères sanctions pour les responsables.

Selon lui, l’administration Trump devrait notamment mettre sur pied une agence reprenant le modèle du National Counterterrorism Centre pour coordonner la réponse américaine dans ce dossier.

« Pendant que le président américain demeure pratiquement impassible, M. Poutine continue de raffiner son arsenal asymétrique et de chercher de nouvelles occasions […] de saper le soutien pour les institutions démocratiques et internationales que les États-Unis et l’Europe ont construit depuis 70 ans », affirme-t-il.

Une trentaine de recommandations

Le rapport recommande d’ailleurs que le Congrès se fasse entendre « plus fortement » dans ce dossier. Il plaide en faveur d’audiences et d’efforts bipartisans destinés à aider des pays européens à affronter la menace russe.

Le fait que les républicains n’appuient pas ce rapport est toutefois de mauvais augure.

Le rapport invite aussi l’administration Trump à imposer des sanctions à tout pays ou organisation qui a recours à des « menaces hybrides » pour influencer les processus démocratiques.

Il lui propose aussi de dévoiler toutes les conclusions des agences de renseignements au sujet des liens que le président Poutine entretiendrait avec des organisations criminelles.

Il demande aussi aux compagnies contrôlant les médias sociaux de surveiller plus étroitement leur plateforme et de faire preuve de plus de transparence quant à leurs conclusions.

Nier... et douter

Le Kremlin nie toute interférence dans le processus électoral américain, et ces démentis sont acceptés par le président américain. « Chaque fois qu'il me voit, il me dit qu'il n'a pas fait ça, et je crois vraiment qu'il est sincère », a par exemple dit M. Trump après l’avoir rencontré en novembre.

D’autres membres de l’administration, dont le secrétaire à la Défense, James Mattis, et le directeur de la CIA, Mike Pompeo, se montrent cependant plus inquiets face à cette situation.

Ce dernier a assuré en fin de semaine, lors d'une entrevue accordée à l'émission Face the Nation, à CBS, que le contre-espionnage américain travaille avec diligence pour empêcher toute ingérence étrangère.

D’autres rapports sur les ingérences russes dans la dernière présidentielle américaine sont attendus au cours des prochaines semaines, dont celui de la Commission sénatoriale du renseignement.

L’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur une possible collusion entre des membres de l’équipe de Donald Trump se poursuit entre-temps.

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