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Une Achoura ensanglantée par l'EI en Afghanistan

Le groupe armé État islamique (EI) revendique l'attentat qui a fait au moins 17 morts et plus de 50 blessés, mardi, dans une mosquée de Kaboul où s'étaient rassemblés des chiites pour célébrer l'Achoura.

La revendication est survenue après qu'un autre attentat visant une mosquée chiite eut été commis mercredi dans le district de Balkh, dans le nord de l'Afghanistan, faisant 14 morts et 28 blessés, selon le bureau du gouverneur local.

Selon le porte-parole du ministère afghan de l'Intérieur, Sediq Sediqqi, l'attaque de mardi contre la mosquée de Karte Sakhi est l'œuvre d'un « assaillant déguisé en militaire qui a ouvert le feu » sur les pèlerins.

« Au même moment, un second homme pénétrait dans une mosquée proche, à Karte Char, prenant des otages », a précisé M. Seddiqi, sans donner plus de détails sur ce second assaut. Selon lui, les deux assaillants ont été « abattus par les forces spéciales ».

Dans sa revendication publiée sur le réseau Telegram, « l'EI dans la province de Khorasan » indique qu'un combattant, qu'elle identifie, « a dévasté [la mosquée] à l'arme automatique avant de déclencher sa veste bourrée d'explosifs ».

Le message de l'EI, également diffusé sur Twitter et par son agence de propagande, Amaq, selon le site spécialisé SITE Intelligence Group, ne fait cependant aucune mention de la prise d'otages dans l'autre mosquée.

Quelques heures plus tôt, les talibans afghans, qui ont revendiqué plusieurs attaques du genre au cours des dernières années, avaient affirmé « n'avoir rien à voir » avec cette tuerie. « Nous sommes profondément affectés par cette attaque contre des civils », a même affirmé sur Twitter leur porte-parole, Zabihullah Mujahid.

Dans un communiqué, le président afghan Ashraf Ghani a évoqué un « crime contre l'humanité » et a assuré que le gouvernement prendra toutes les mesures en son pouvoir pour garantir la sécurité au cours de la célébration d'Achoura.

L'Afghanistan, 15 ans plus tard

En juillet dernier, l'EI avait revendiqué un premier coup d'éclat dans la capitale afghane. Deux kamikazes avaient alors ciblé une manifestation pacifique de chiites, faisant 84 morts et plus de 130 blessés.

Les chiites en colère contre le gouvernement

La déclaration du président Ghani, faite avant l'attentat de mercredi dans le district de Balkh, ne rassure guère les membres de la communauté chiite afghane, qui ne cachent pas leur colère devant la tournure des évènements.

Dans une entrevue accordée à l'Associated Press lundi, le lieutenant-général Gul Nabi Ahmadzia, commandant de la garnison de Kaboul, disait par exemple avoir reçu des informations crédibles selon lesquelles les activités liées à l'Achoura pourraient être ciblées.

Devant la mosquée de Karte Sakhi, mercredi, des hommes éplorés se plaignaient de l'absence de protection alors que la menace était connue.

« Après l'attaque on a vu arriver les forces de sécurité suréquipées : si elles avaient été là plus tôt elles auraient sauvé bien des vies » s'insurge Hamidullah, un quinquagénaire.

Il ajoute ensuite, à l'adresse du gouvernement : « Vous laissez les hommes, les femmes et les enfants se faire massacrer et vous espérez que les gens vont vous soutenir? »

« Cette nation dort! Il est temps que les communautés se retrouvent pour renverser ce gouvernement », s'écrie Aminullah, un autre homme présent sur place.

Saleha, une mère de famille qui a été blessée, tout comme sa fille, dans l'attaque de la mosquée Karte Sakhi, est également en colère. « Bien sûr, les familles du président et des riches vivent à l'étranger. Ce sont les pauvres gens qu'on tue tous les jours », affirme-t-elle.

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