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Une catastrophe humanitaire se dessine au Yémen, prévient l’ONU

Une enquête conjointe menée par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le Programme alimentaire mondial (PAM) et l'UNICEF révèle que 17,1 millions de Yéménites – soit plus de deux tiers de la population – peinent à se nourrir en raison du conflit qui dure depuis plus de deux ans.

Les trois agences onusiennes soulignent que le taux de malnutrition a atteint un seuil critique, c’est-à-dire qu’il touche plus de 15 % de la population dans quatre provinces du pays.

Selon leurs données, au moins 7,3 millions de personnes ont besoin d’une aide alimentaire d’urgence, soit 3 millions de plus qu’à l’été 2016.

La vitesse à laquelle la situation se détériore et la hausse spectaculaire du nombre de personnes subissant de l'insécurité alimentaire sont extrêmement préoccupantes.

Salah El Hajj Hassan, représentant de la FAO au Yémen

Stephen Anderson, directeur du PAM au Yémen, a pour sa part prévenu que ces 7 millions de personnes risquaient « de ne pas pouvoir survivre à cette situation si elle devait perdurer ».

La situation est particulièrement alarmante chez les enfants; plus de 2 millions d’entre eux montrent des signes de malnutrition aiguë.

Meritxell Relano, représentant de l'UNICEF au Yémen, rappelle que les carences nutritionnelles importantes peuvent nuire au développement normal des enfants.

Même s'ils survivent, ces enfants ont de fortes chances de ne pas se développer pleinement, ce qui pose une menace sérieuse sur une génération entière.

Meritxell Relano, représentant de l'UNICEF au Yémen

L’ONU estime avoir besoin de 2,1 milliards de dollars pour venir en aide à quelque 12 millions de personnes et ainsi éviter une catastrophe sur le plan humanitaire.

La « guerre oubliée »

Souvent qualifié de guerre oubliée, le conflit au Yémen a débuté en 2012 dans la foulée du départ du président Ali Abdallah Saleh, battu aux élections par Abd Rabbo Mansour Hadi.

Ali Abdallah Saleh est resté à la tête du pays pendant 33 ans. La fin de son règne a été marquée par les bouleversements nés du printemps arabe; il a fallu plusieurs mois de contestation pour qu’il accepte de céder les rênes du pouvoir.

Dès son entrée en fonction, l’autorité d'Abd Rabbo Mansour Hadi, reconnu par la communauté internationale et considéré comme un allié important dans la lutte contre le terrorisme au Moyen-Orient, a été contestée par les Houthis, des rebelles du nord-ouest du pays, affiliés à la branche chiite de l’islam.

Le conflit actuel, qui a connu un tournant en 2015, lorsque les Houthis se sont emparés de la capitale, Sanaa, oppose donc les forces progouvernementales aux rebelles Houthis, soutenus par l'Iran.

La présence sur le terrain, depuis mars 2015, d’une coalition internationale dirigée par l’Arabie saoudite et soutenant les forces progouvernementales n’a pas suffi à mettre un terme aux affrontements.

Le conflit a été entrecoupé par sept cessez-le-feu, qui ont tous échoué, au même titre que les processus de médiation lancés par la communauté internationale.

Au cours des dernières semaines, les forces loyalistes, appuyées par les milices saoudiennes, ont multiplié les frappes pour tenter de reprendre la région entourant le port stratégique de Mocha.

Les fidèles du régime ont réussi à repousser les rebelles et à reprendre le contrôle de la ville dans le cadre de leurs opérations qui auraient toutefois fait des dizaines de morts parmi les civils.

Les forces loyalistes cherchent désormais à s’emparer des autres territoires détenus par les rebelles sur le littoral de la mer Rouge.

La marine américaine, de son côté, a renforcé sa présence près du Yémen, en envoyant un navire patrouiller dans le détroit stratégique de Bab al-Mandeb. Le Pentagone avait dit craindre que le conflit au Yémen ne s'étende dans les eaux du détroit, l'un des points de passage maritime les plus importants du monde.

Jusqu’à présent, le conflit a fait plus de 7400 morts et plus de 40 000 blessés.

Le bilan pourrait continuer de s’alourdir parce que le pays demeure plongé dans une impasse politique depuis l’exil de son président, mais aussi parce que les groupes djihadistes rivaux, Al-Qaïda et État islamique, ont profité du chaos pour renforcer leur présence dans le sud du pays.

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