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Une équipe nationale de hockey sur glace au pays du ballon rond

RIO DE JANEIRO – Ils ne s'entraînent que quelques heures par année sur de la glace, n'ont ni patinoire ni commanditaire. Au pays du futebol, une poignée de joueurs du dimanche forment une équipe nationale brésilienne de hockey sur glace. Portrait d'un groupe de passionnés qui défient les clichés.

« Il faut bouger les pieds! », crie à ses joueurs l'entraîneur Jens Hinderlie, sur le bord de la petite patinoire de glace synthétique, à la Maison olympique de la Suisse.

L'installation temporaire - le temps des Jeux olympiques - dans le chic quartier de Lagoa, dans la zone sud de Rio, sert de patinoire d'entraînement à l'équipe depuis quelques jours. À la deuxième semaine des Jeux, la patinoire est toutefois déjà encombrée de détritus.

La plupart des joueurs de l'équipe ont commencé à jouer au hockey sur des patins à roues alignées et ont tendance à ne pas bouger suffisamment les pieds, explique l'entraîneur, un Américain de 35 ans originaire du Minnesota, en poste depuis l'année passée.

« J'ai dû leur apprendre à arrêter, se relever... bref, la base qu'on enseigne normalement aux atomes, pee-wee et même aux novices. Au premier entraînement, après cinq minutes, j'ai dû changer ma tactique », lance-t-il.

Des conditions moins qu'idéales

Les conditions sont en effet loin d'être idéales pour cette équipe nationale, dont l'aventure n'a commencé qu'il y deux ans, lors de la première édition du Tournoi panaméricain de hockey sur glace, au Mexique. Une équipe brésilienne s'est alors formée pour prendre part à ce tournoi peu connu au nord de la frontière mexicaine.

Pedro Prado était de l'équipe nationale à ce premier rendez-vous, lors duquel les Brésiliens ont été blanchis par les Canadiens. L'équipe canadienne n'a d'ailleurs plus participé à ce tournoi depuis.

« Nous avons perdu 0-16, mais c'était vraiment un privilège, un rêve devenu réalité pour les joueurs. C'est comme si votre équipe jouait contre la nôtre au foot », souligne le joueur, qui, à 40 ans, est le plus vieux du groupe.

Après le match, l'entraîneur canadien est d'ailleurs venu féliciter les Brésiliens dans le vestiaire. « Il nous a dit que c'était un honneur pour les Canadiens de jouer contre nous, car il savait que c'était un combat pour nous de jouer et d'acheter de l'équipement », ajoute Pedro, dont la voix vacille encore sous l'émotion.

L'acteur de profession joue au hockey sur glace depuis 30 ans et idolâtre Wayne « La merveille » Gretzky. « Tous mes amis pensent que je suis bizarre », lance-t-il à la blague.

D'autres de ses coéquipiers jouent depuis moins longtemps. Daniel Baptista, 30 ans, a commencé sur des patins à roulettes. Puis, inspiré par le film Jeu de puissance (The Mighty Ducks), il a fait la transition vers le patin sur glace. Il a eu l'occasion de jouer au hockey au Canada et aux Pays-Bas.

« L'idée, c'est de faire grandir le sport au Brésil et trouver quelqu'un qui investirait dans une patinoire », dit Daniel, qui s'entraîne aussi avec une équipe de hockey qu'il a cofondée, le Lokomotiv Rio.

La mégalopole brésilienne ne compte qu'un seul endroit pour pratiquer du patin à glace, une toute petite patinoire située dans un centre commercial.

Jens Hinderlie sait qu'une tâche ardue l'attend. L'équipe ne peut compter pour le moment sur aucun commanditaire ou infrastructure. Cette année, les Brésiliens ne se sont entraînés que 12 heures sur la glace, toutes au Mexique. Les autres entraînements se font sur patins à roues alignées.

Jens reconnaît que l'organisation pourrait bénéficier d'un coup de main. Mais il demeure optimiste. « Depuis deux ans, on fait de petits pas dans la bonne direction », dit-il.

Cet article a été publié le 17 août 2016.

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