Un Canadien d'origine burundaise a reçu le plus cadeau de Noël qui soit : la réunion au Canada avec une femme qui est membre de sa famille après dix ans de séparation.

Un texte de Catherine Poisson

« Je ne crois pas que j'aurais pu recevoir plus beau cadeau », déclare Albert Nsabiyumva, tout sourire.

En décembre, le Windsorois a reçu l'appel qu'il attendait depuis maintenant deux ans : la femme et ses cinq enfants ont reçu le statut de résident permanent au Canada. 

Ils sont arrivés à Windsor, en Ontario, quelques jours avant Noël, après deux ans passés dans un camp de réfugiés.

Même si elle est maintenant au Canada, la femme refuse de dévoiler son identité de peur que le gouvernement burundais s'en prenne à ses proches restés derrière, en guise de représailles.

Des souvenirs douloureux

La femme a fui le Burundi en 2015, lorsqu'un coup d'État raté a entraîné une forte répression policière.

« Ils tuaient les gens, surtout les enfants. Et quand les enfants s'échappaient, ils prenaient le papa et la maman, ils les tuaient, les torturaient. Ils violaient les femmes et les jeunes filles », raconte-t-elle avec émotion.

Le souvenir du jour où les policiers se sont présentés chez elle est encore frais dans sa mémoire.

Elle et ses enfants ont fui le Burundi, à pied à travers les montagnes, pour éviter d'être repérés. Il leur a fallu quatre jours avant d'atteindre le Rwanda, mais la proximité du Burundi les a poussés à poursuivre leur route plus loin. Ils se sont finalement arrêtés dans un camp de réfugiés en Ouganda.

C'est à ce moment qu'Albert a entrepris les démarches pour parrainer cette femme et ses enfants, afin qu'ils puissent le rejoindre au Canada.

Il lui a fallu trois mois pour remplir tous les documents nécessaires.

« Quand j'ai déposé la demande, on m'a dit que ça allait prendre entre trois et cinq ans avant qu'ils puissent venir ici. Pour moi, ça voulait dire qu'ils n'arriveraient jamais », dit-il.

L'attente aura finalement été moins longue que prévu, mais elle n'en a pas été moins difficile. Albert écrivait tous les jours à cette femme, pour la rassurer et s'assurait qu'elle était en sécurité.

« Je ne dormais pratiquement qu'une ou deux heures par jour », se souvient-il.

« Maintenant, je dors, et je ne me réveille même pas! Il faut une alarme pour me réveiller, c'est dire qu'il y a un stress qui est tombé et je suis très heureux de ça », ajoute-t-il en riant.

Albert a quitté le Burundi en 2007, jugeant que le climat politique instable menaçait la sécurité de sa famille. Avec sa femme et ses quatre enfants, ils ont fui vers les États-Unis, avant de s'installer au Canada, où il espérait qu'il serait plus facile d'obtenir le statut de réfugié.

Or, il lui a fallu quatre ans et demi avant d'obtenir ce statut et autant d'années pour enfin devenir citoyen canadien. 

« Le processus a été long, mais ça a été une bonne expérience d'apprentissage, et maintenant j'utilise cette expérience pour aider les autres », explique celui qui est aujourd'hui conseiller en emploi au sein de l'organisation Windsor Women Working With Immigrant Women.

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