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Une irréductible favéla de Rio réduite en poussière

(RIO DE JANEIRO) Symbole de la résistance, une favéla située à deux pas du Village olympique de Rio n'est presque plus que poussière. Les deux maisons de Vila Autodromo qui étaient toujours debout ont été démolies mardi après-midi devant quelques résidents abattus, mais résignés, à trois jours de l'ouverture des Jeux olympiques.

César Augusto Boès Pereira regarde en pleurant l'engin de chantier détruire la maison dans laquelle il a vécu pendant 20 ans. Il est inconsolable.

« [Les autorités] ont abusé. Je quitte le lieu parce que je ne suis plus capable de la pression et des menaces [d'expropriation] », dit-il, la gorge nouée, à quelques journalistes venus assister à la lugubre scène.

Le quinquagénaire fait partie des quelque 600 familles expulsées de leur maison. La communauté, une favéla autrefois paisible composée en bonne partie de familles de pêcheurs, a fait place à un stationnement et une route d'accès pour les Jeux olympiques qui commencent cette semaine.

L'irréductible Vila Autodromo, située à Barra de Tijuca, dans la zone ouest de Rio, a pourtant mené un intense combat pour éviter le rouleau compresseur des Jeux. Les habitants ont proposé à la Ville un projet pour conserver une bonne partie de la favéla. En vain. Des policiers ont même tenté d'expulser les résidents de force.

Épuisées, plus de 600 familles ont accepté des incitations financières pour déménager dans une tour à logements non loin. Une vingtaine de familles ont quant à elles obtenu une victoire douce amère : la Ville a bien voulu rebâtir une dizaine de logements neufs, juste à côté de l'ancienne communauté.

Les habitants de Vila Autodromo ne sont pas les seuls à avoir subi ce sort. Plus de 67 000 personnes ont été évincées de 2009 à 2013, de nombreuses en vue des Jeux olympiques.

Mais les résidents de la communauté sont peut-être les plus pugnaces.

Une forte spéculation immobilière

Au-delà des Jeux olympiques, le quartier Barra de Tijuca - le « Miami de Rio » - été soumis à une forte spéculation immobilière, explique Altair Antunes Guimaraes, président de l'association des habitants de Vila Autodromo depuis 10 ans.

« Nous sommes utiles pour travailler, pour le ménage, pour servir les riches, mais on n'est pas utiles pour habiter près d'eux parce que nous dévaluons la propriété », déplore le père de famille, rencontré au centre de Rio.

Les autorités ont démoli sa maison et ont remisé ses meubles et ses affaires personnelles alors qu'il profitait de quelques jours de vacances en famille, raconte-t-il.

Altair et sa famille ont accepté une incitation financière, « assez pour s'acheter une maison », confie-t-il. « Mais ce n'est pas ça l'important, nous ne sommes pas déplacés parce que nous le voulons », ajoute-t-il.

Cet article a été publié le 3 août 2016.

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