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Une jeune Américaine coupable d’avoir incité son copain à se suicider

Michelle Carter, une Américaine âgée de 20 ans, a été reconnue coupable vendredi d'avoir poussé son petit ami au suicide alors qu'elle avait 17 ans. Cette décision pourrait changer la manière dont les tribunaux conçoivent le meurtre en cette ère du numérique.

Le juge Lawrence Moniz a prononcé le verdict de culpabilité au chef d'accusation d'homicide involontaire, vendredi, au terme de huit jours d’audiences, au tribunal pour enfants de Taunton, dans le Massachusetts, un État qui ne dispose pourtant d’aucune loi pénalisant spécifiquement l'incitation au suicide. L'accusée pleurait silencieusement.

Il est prévu qu’elle connaisse sa sentence le 3 août prochain. Elle pourrait devoir purger une peine d’incarcération allant jusqu’à 20 ans.

Conrad Roy avait 18 ans quand il s'est enlevé la vie. Son corps a été découvert dans le véhicule de son grand-père, le 12 juillet 2014, dans le stationnement d'un supermarché. Il avait rempli la camionnette de monoxyde de carbone.

Non seulement l’adolescente avait envoyé à son copain dépressif déjà suicidaire de nombreux textos dans lesquels elle l’encourageait à se tuer, selon la preuve, mais elle lui avait intimé au téléphone de retourner dans sa camionnette déjà pleine de monoxyde de carbone quand il avait hésité à aller jusqu’au bout.

« Retourne dedans! » lui avait ordonné Michelle Carter, selon la transcription de leurs échanges. Il lui avait obéi, tout en demeurant en ligne avec elle. La jeune fille l’a ainsi entendu tousser et lui dire qu’il se sentait mal, mais n’a alerté personne.

« Je lui ai dit d’y retourner… Je n’aurais pas voulu qu’il vive comme ça », avait-elle écrit à une amie.

C’est apparemment la longue conversation téléphonique entre l'accusée et la victime qui a fait la différence pour le juge Moniz, d'après qui Carter a agi de manière « vicieuse et dangereuse » et « causé la mort de M. Roy ».

Une défense qui n'a pas convaincu le juge

Les procédures ont permis de découvrir la relation sur deux ans, surtout limitée à des communications par messagerie texte et par téléphone, de deux adolescents troublés et sous médication.

Le psychiatre Peter Breggin a notamment raconté comment Carter avait été traitée pour dépression dès l’âge de 14 ans. Elle avait pris du Prozac pendant plusieurs mois, voyant sa dose être réduite, puis son traitement arrêté et plus tard relancé. Cette médication aurait « intoxiqué » l’accusée et entraîné chez elle des délires mégalomanes, a estimé le Dr Breggin. Le juge Moniz n’a pas cru que ce témoignage démontrait que Michelle Carter n’avait pas d’intentions malfaisantes.

L’avocat de la défense, Joseph Cataldo, avait tenté d’éviter le procès et fait valoir que l’accusée n’était même pas physiquement en présence de Conrad Roy lors de son suicide. Là encore, la cour n’a pas retenu ses arguments.

La poursuite avait plutôt dépeint l’accusée comme un « monstre » qui avait utilisé la victime comme un « pion » dans un « jeu horrible de vie et de mort ».

Michelle Carter n’a pas témoigné pendant son procès, comme le permet la loi.

Le père de la victime a salué le verdict, s’en disant « heureux » et soulignant qu’il met ainsi fin à « une période très difficile pour [sa] famille ».

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