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Une vie un peu plus douce pour bien des Cubains

De nombreux habitants de l'île ont amélioré leur sort grâce à l'ouverture économique liée à la normalisation des relations entre Cuba et les États-Unis. D'autres ne voient pas de changements dans leur vie. Voici les témoignages de huit Havanais.

Margot – Les revenus de la casa particular

Margot loue deux chambres dans son appartement dans la vieille Havane à des touristes du monde entier, dont de nombreux Canadiens. Certains l’ont prise en affection et l’ont aidée à retaper son appartement en ruines.Cette petite ouverture économique a changé sa vie et celle de ses proches. Maintenant, toute sa famille a amélioré sa qualité de vie grâce aux revenus de son gîte, sa casa particular.Margot se plaint de la difficulté de trouver les aliments dont elle a besoin pour les petits déjeuners. L’approvisionnement en nourriture reste en grande partie contrôlé par l’État, et certains aliments sont très difficiles à trouver.Michel – « Un pays où il fait bon vivre »

La vie de Michel s’est métamorphosée lorsqu’il est devenu instructeur de danse indépendant. Il fait un travail qu’il adore et il rencontre constamment des gens venus d’ailleurs pour apprendre la salsa.Michel gagne bien sa vie. Les bons mois, lorsqu’il donne des cours à des groupes, il peut gagner jusqu’à 700 $. C’est 20 fois plus que le salaire moyen.Il a pu quitter la maison familiale et louer un petit appartement avec sa femme et son fils. Il est content de pouvoir venir en aide à sa famille, à sa grand-mère surtout. Il peut acheter à cette dernière à la pharmacie internationale des médicaments très chers, qu’on ne trouve pas dans les magasins d’État.

S’il y avait plus d’ouverture économique, les jeunes pourraient rester ici à Cuba au lieu de s’expatrier à Miami. Ici, c’est un pays où il fait bon vivre.

Michel

Yusef – Le luxe de voyager

Yusef Lortis peut maintenant travailler dans une agence privée qui offre des cours de danse à des groupes de touristes. Elle gagne beaucoup mieux sa vie et, surtout, elle peut maintenant voyager.Elle est bien consciente qu’elle est privilégiée, parce que la plupart des Cubains ne peuvent pas se payer ce luxe.Elle aimerait plus d’ouverture politique, mais elle estime qu’on ne peut pas provoquer des changements trop rapides.Flora et Manuel – « L’ouverture n’a pas changé notre vie »

Flora et Manuel sont tous les deux à la retraite. Ils vivent de leur maigre revenu de retraite, 50 $ par mois. Ils mènent une vie modeste, mais ils ne s’en plaignent pas.Leur loyer et l’électricité sont subventionnés; ça ne leur coûte pratiquement rien. Pour la nourriture, il y a le carnet de rationnement. « Il est fondamental. Il nous garantit les aliments de base, le riz, le sucre, les haricots, l’huile, le lait. On peut donc s’acheter à l’occasion des œufs et du poulet, qui sont aussi subventionnés », nous dit Flora.

L’ouverture n’a pas changé notre vie. Nous avons vieilli avec les valeurs de la révolution et ça nous convient. Nos enfants ont d’autres besoins, plus matériels. C’est eux qui sentent le besoin de plus d’ouverture, pas nous.

Flora

Mariposa – « Les changements sont tellement lents »

Rencontrée dans le parc Fe del Valle, Mariposa tenait à ne pas se faire photographier. Quatre policiers surveillaient la centaine de jeunes venus ici se brancher à Internet sur le réseau d’État.Mariposa a préféré ne pas prendre le risque de se faire photographier par une étrangère. On ne sait jamais. Elle dit mieux gagner sa vie depuis l’ouverture, avec des revenus un peu au-dessus du salaire moyen, d’environ 25 $ par mois.Elle peut venir ici pour accéder à Facebook et prendre des nouvelles des membres de sa famille qui vivent à l'étranger. Mais beaucoup de sites sont bloqués, et l'accès à Internet est très cher. Une heure de connexion coûte 2 $.L’ouverture a amélioré sa vie, mais « les changements sont tellement lents ».

C’est difficile de voir la lumière au bout du tunnel, de penser à un avenir meilleur pour ma fille.

Mariposa

Raoul – Fatigué d’attendre les changements

On l’appellera Raoul. Il est chauffeur de taxi. Il n’a pas voulu dévoiler son nom, encore moins se faire photographier. Il travaille pour la compagnie de taxi du gouvernement cubain.Il jongle de plus en plus avec l’idée de s’expatrier aux États-Unis. Pratiquement toute sa famille vit à Miami.Il attend que ses deux fils terminent leurs études, et il partira. Il n’en peut plus d’attendre qu’il y ait des changements.

J’ai 58 ans. Toute ma vie, j’ai entendu des promesses de changements, mais ils ne sont jamais venus.

Raoul

Yenia – Rêver des États-Unis

Yenia travaille dans un paladar, un café-restaurant privé. Ce paladar, situé dans la vieille Havane, ne dérougit pas, toujours rempli de touristes.Elle dit gagner deux à trois fois plus qu’un médecin, dont les revenus sont de 50 $ par mois. Pour elle, il est évident que l’ouverture économique a amélioré sa qualité de vie et celle de sa famille.Elle aimerait beaucoup se rendre aux États-Unis pour voir sa famille, mais elle n’arrive pas à obtenir un visa. Beaucoup de ses amis ont le même problème. Elle ne comprend pas pourquoi les États-Unis refusent de leur donner un visa.

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