Les manifestations organisées par l'opposition pour exiger le départ du président Nicolas Maduro ont tourné à l'affrontement mercredi à Caracas, alors que le pays connaît une grave crise politique et économique.

À l'appel de la coalition d'opposition, la Table de l'unité démocratique, majoritaire au Parlement, les manifestants devaient se diriger vers les sièges des autorités électorales dans une vingtaine de villes. Les autorités n'ont pas autorisé ces mobilisations.

Une manifestation bloquée par la police

À Caracas, 14 stations de métro étaient fermées mercredi matin. Un imposant dispositif policier formait un barrage à proximité de la place Venezuela, où un millier de manifestants, dont le principal chef de l'opposition, Henrique Capriles, étaient massés pour se diriger vers le siège de l'autorité électorale.

« Maduro dehors! » et « référendum, référendum! », criait la foule.

Avec des tirs de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc, des dizaines de policiers tentaient de disperser les manifestants qui lançaient des projectiles. Ils ont procédé à plusieurs arrestations. Pour l'heure, aucun incident grave n'a été signalé.

Cette mobilisation intervient au lendemain d'une brusque crispation des deux camps : mercredi, l'opposition a appelé l'armée et la population à la désobéissance, tandis que le président Maduro a invoqué une « fraude » pour écarter le référendum qui le menace.

Bras de fer entre le Parlement et le président

En réponse, dans la nuit de mardi à mercredi, l'Assemblée nationale rejetait le décret présidentiel sur l'état d'exception. Les députés ont estimé que l'état d'exception « approfondit la grave altération de l'ordre constitutionnel et démocratique que subit le Venezuela ».

Le président Maduro a prédit la disparition imminente du Parlement, estimant que l'institution avait perdu toute légitimité. Le leader de l'opposition demandait à l'armée de choisir son camp entre la défense de la Constitution et celle de Nicolas Maduro.

Le bras de fer entre chavistes (du nom du président défunt Hugo Chavez, au pouvoir de 1999 à 2013 et mentor de Nicolas Maduro) et anti-chavistes s'est intensifié depuis que l'opposition a rassemblé début mai 1,8 million de signatures afin de lancer le processus d'un référendum pour révoquer le président, une consultation qu'elle espère organiser d'ici fin 2016.

Risque d'explosion sociale

Le pays a subi en 2015 une inflation de 180,9 %, une des plus élevées au monde, et un recul du PIB de 5,7 %, pour la deuxième année consécutive.

Pillages, lynchages et protestations se multiplient dans le pays, où l'électricité et l'accès aux services publics sont limités. Tout cela alimente un énorme mécontentement parmi les Vénézuéliens, qui doivent déjà faire la queue pendant des heures devant les supermarchés.

Les experts pointent le risque « d'explosion » du pays et d'affrontements civils, alors que 7 Vénézuéliens sur 10 réprouvent la gestion de leur président, selon l'institut Datanalisis.

« Les gens sont fatigués. La situation est très mauvaise, ça va exploser à tout moment », a déclaré à l'AFP Lilimar Carrillo, une infirmière de 39 ans qui attendait pour acheter de la nourriture à Guarenas, une ville à 45 km de Caracas, où des protestations ont eu lieu mardi à cause de la pénurie.

Un décret publié dans la soirée de lundi a étendu durant 60 jours les prérogatives du gouvernement en matière de sécurité et de distribution alimentaire. L'armée et la police ont désormais pour ordre de « garantir la distribution et la commercialisation des aliments et produits de première nécessité ».

Des comités locaux de citoyens, récemment créés, se voient dotés de pouvoirs de « surveillance » et de « maintien de l'ordre » pour « garantir la sécurité et la souveraineté du pays ».

Maduro accuse les États-Unis

Nicolas Maduro multiplie les déclarations à l'emporte-pièce face à une « menace extérieure ». Mardi, il a directement accusé les États-Unis d'intrusion dans l'espace aérien vénézuélien la semaine dernière, et a annoncé une protestation diplomatique officielle.

Washington, qui nie tenter d'influer sur le cours des événements au Venezuela, a de nouveau fait part de sa préoccupation concernant le pays mardi.

Pour sa part, le secrétaire général de l'Organisation des États américains (OEA), l'Uruguayen Luis Almagro, a qualifié mercredi le président vénézuélien de « traitre », affirmant qu'il devenait un « dictateur en herbe » en refusant d'accéder aux demandes de ses opposants, qui réclament un référendum sur son éventuel départ.

« Refuser de consulter le peuple, lui refuser la possibilité de prendre une décision vous transforme en un dictateur en herbe de plus, comme tous ceux qui ont déjà existé sur ce continent », a écrit M. Almagro dans une lettre ouverte adressée au président vénézuélien.

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