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Victorieuse mais affaiblie, Merkel promet une majorité stable

La chancelière allemande Angela Merkel s'engage à constituer une majorité gouvernementale stable, au lendemain d'une élection législative marquée par des résultats historiquement faibles pour le bloc conservateur qu'elle dirige et par l'essor du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD).

« Tous les partis qui sont à nos yeux compatibles pour une coalition ont une responsabilité pour permettre l’émergence d’un gouvernement stable », a déclaré Mme Merkel, qui dirige la première économie de l’Europe depuis 2005, au terme d’une réunion de l’état-major de son parti, la CDU.

Avec 246 des 709 sièges au Bundestag, la CDU et son partenaire bavarois, la CSU, sont demeurés la plus importante force politique du pays, loin devant les sociaux-démocrates du SPD, qui en ont obtenu 153, et l’AfD, qui fait une percée avec 94 députés. Trois autres partis se partagent 216 sièges.

Mais les résultats du bloc conservateur ont été reçus avec stupeur dans le pays : avec 33 % des votes exprimés, la CDU et la CSU sont en baisse de 8,5 points de pourcentage par rapport au scrutin de 2013 et ont perdu 65 sièges. Il s’agit du plus faible résultat jamais enregistré par les conservateurs depuis 1949.

Tous les analystes anticipent maintenant que la prochaine coalition gouvernementale sera « jamaïcaine », en référence aux couleurs des trois partis concernés : la CDU/CSU, les libéraux du FDP, qui font aussi un retour au Bundestag avec 80 sièges, et les verts, qui en ont 67.

Les sociaux-démocrates de Martin Schultz, qui faisaient partie de la coalition gouvernementale au pouvoir jusqu’ici, ont déjà fait savoir qu’ils se cantonneront cette fois dans l’opposition. Le SPD a également été sanctionné par les électeurs : il a perdu 40 sièges dans l’opération.

De longues tractations anticipées

Malgré cette déclaration d’intention du SPD, Mme Merkel a annoncé lundi son intention d’avoir des discussions avec eux, ainsi qu’avec les libéraux et les verts. La chancelière a exclu d’emblée de former un gouvernement minoritaire.

Les négociations avec les libéraux et les verts s’annoncent d’ores et déjà corsées. Les deux partis sont opposés sur de nombreux enjeux : immigration, réforme de l’Union européenne, approche énergétique, fiscalité, etc. Ils ont aussi des désaccords avec les conservateurs.

Cette possible coalition « jamaïcaine » n’a d’ailleurs jamais été testée au niveau national; elle existe uniquement au niveau régional, depuis le printemps dernier, dans le petit land du Schleswig-Holstein. Sa création pourrait prendre plusieurs mois, prévoient déjà des analystes.

Mme Merkel, qui avait mis trois mois à trouver un accord avec le SPD en 2013, s’est dite convaincue lundi de parvenir à une entente d’ici Noël. Elle a souligné que la recherche d’une coalition n’a toujours pas abouti aux Pays-Bas, où le scrutin législatif a eu lieu en mars.

« Je ne suis pas encore le dossier le plus urgent », a-t-elle plaisanté à ce sujet. « Je peux assurer à tous mes collègues que l’Allemagne agira de façon responsable pendant la phase où nous serons en transition », a-t-elle ajouté.

Les conservateurs partagés face à l'AfD

La chancelière a également affirmé que le résultat sans précédent obtenu par l’AfD ne modifiera pas ses politiques étrangères et européennes ni son approche en matière d’immigration, le principal cheval de bataille enfourché par le parti d’extrême droite pendant la campagne.

L’appui obtenu par l’AfD a été particulièrement important dans l’ancienne Allemagne de l’Est. Si le parti a récolté 12,6 % des appuis dans le pays, cette proportion a grimpé à 22,5 % dans les länder de l’est. Ses soutiens atteignent même 27 % chez les hommes.

Commentant ces résultats, Mme Merkel, qui a elle-même grandi à l’Est, a toutefois imputé ces résultats à la situation économique plus difficile dans cette région. Les électeurs de l’ex-Allemagne de l’Ouest qui vivent aussi de telles difficultés ont fait de même, a-t-elle argué.

« C’est simplement la peur de perdre, et des inquiétudes de perdre ce qu’ils ont aujourd’hui que ce soit en raison de la mondialisation, ou parce qu’ils devront partager avec les réfugiés », a indiqué celle dont le gouvernement a accueilli environ 1 million d’entre eux, en 2015.

Mme Merkel a toutefois maintenu lundi que sa politique d’accueil des réfugiés était « la bonne », tout en reconnaissant qu’elle a entraîné « une polarisation liée à [sa] personne ».

Le chef de la CSU, Horst Seehofer, presse cependant Mme Merkel d’entreprendre un virage à droite, notamment sur la question de l’immigration. « Nous avons délaissé notre flanc droit et il nous appartient à présent de combler le vide avec des positions tranchées », a-t-il fait valoir lundi.

L'AfD se déchire en public

La co-chef de l’AfD, Alice Weidel, a promis de son côté qu’elle offrira une opposition « constructive » au futur gouvernement. Mais les divisions qui hantent le parti n’ont pas tardé à apparaître au grand jour.

L’une des principales têtes d’affiche du parti, Frauke Petry, a en effet créé toute une surprise lundi en annonçant qu’elle ne siégera pas avec le groupe parlementaire de son parti au Bundestag.

Mme Petry a fait part de sa décision lors d’une conférence de presse réunissant d'autres ténors du parti, qui sont demeurés sans voix sur le coup.

Elle s’en est notamment prise à l'un d’eux, Alexander Gauland, qui a annoncé juste après les élections que l'AfD allait désormais mener « la chasse » à Angela Merkel.

M. Gauland a aussi créé la polémique pendant la campagne électorale en appelant à être fier des performances des soldats allemands durant la Deuxième Guerre mondiale.

Mme Petry est l’une des principales responsables de la transformation de l’AfD, qui est passé d’un parti à tendance europhobe à un parti anti-immigration et anti-Islam.

L’arrivée de l’AfD au Bundestag constitue aussi un choc pour de nombreux Allemands, l'identité d'après-guerre reposant justement sur la lutte contre les extrêmes, la quête du compromis et la repentance pour les crimes du IIIe Reich.

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