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Vives réactions à l'annonce d'une nouvelle colonie approuvée par Israël

Le secrétaire général des Nations unies et les Palestiniens critiquent vivement la décision du gouvernement du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou de créer une nouvelle colonie en plein cœur de la Cisjordanie.

Cette nouvelle colonie, baptisée Geulat Tzion, est la première à être autorisée par le gouvernement israélien depuis une vingtaine d’années.

Elle sera construite près de la colonie de Shilo, au nord de Ramallah, pour accueillir la quarantaine de familles qui ont été expulsées de la colonie d’Amona, en février dernier, dans la foulée d’une décision de la Cour suprême d’Israël.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, est déçu et alarmé par ce développement, a affirmé vendredi son porte-parole Stéphane Dujarric, dans un communiqué.

« Le secrétaire général a toujours souligné qu'il n'y a pas d'autre solution pour les Israéliens et Palestiniens que de vivre ensemble dans la paix et la sécurité », soutient-il.

« Il condamne toutes les actions unilatérales qui, comme celle-ci, menacent la paix et sapent la solution à deux États. »

En décembre, le Conseil de sécurité avait qualifié la colonisation israélienne d' « obstacles à la paix » dans sa résolution 2334. Cette décision avait été rendue possible par la décision de l’administration Obama de ne pas y opposer son veto, comme les États-Unis le faisaient habituellement.

Un « vol de terres », dénonce l'Autorité palestinienne

La décision d'Israël de construire une nouvelle colonie s’est aussi attiré les foudres de l’Autorité palestinienne, qui souhaite fonder un futur État à partir des territoires de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et de Jérusalem-Est.

Israël continue « à détruire les perspectives de paix » en poursuivant « le vol de terres et de ressources naturelles », a commenté le numéro deux de l’organisation Saeb Erakat.

Une autre dirigeante de l’Organisation de libération de la Palestine, Hanane Achraoui, a dénoncé la persistance israélienne dans la politique « de colonialisme, d'apartheid et de nettoyage ethnique ».

Israël est plus intéressé par les gages à donner aux colons que par la recherche de la paix, a-t-elle ajouté. Le gouvernement Nétanyahou s’appuie de facto sur de nombreux partis favorables à la colonisation.

« M. Nétanyahou est l'otage des colons et place sa survie politique au-dessus des intérêts de l'État d'Israël », a également commenté l’organisation non gouvernementale Peace Now, qui est opposée à la colonisation.

Un des porte-parole de la communauté d’Amona, Avichai Boaron, a pour sa part salué l’annonce du gouvernement, tout en prévenant que le vrai test consistera à construire cette nouvelle colonie.

Washington tempère

Si Paris a évoqué un « développement extrêmement préoccupant » pour le conflit israélo-palestinien, l’administration Trump a évité de « condamner » cette décision, comme le faisait le plus souvent l’administration Obama.

Dans une déclaration publiée jeudi soir, la Maison-Blanche s’est contentée d’affirmer que cette nouvelle colonie « n’aide pas à faire avancer la paix » et qu’elle s’attend à ce qu’Israël fasse preuve de retenue en matière de colonisation.

Lors de sa campagne électorale, le président Trump n’a pas caché être favorable aux colonies israéliennes. Depuis qu’il habite la Maison-Blanche, il se montre cependant plus prudent. Lors d’une rencontre avec le premier ministre Nétanyahou en février, il a dit qu’Israël devrait « revenir un petit peu sur ces colonies ».

Un responsable de l’administration Trump s’exprimant sous le couvert de l’anonymat à Associated Press a expliqué qu’Israël s’était engagé à reloger les colons d’Amona avant que M. Trump ne prenne le pouvoir. Il a toutefois prévenu que la Maison-Blanche entend durcir sa position avant longtemps.

« L’administration a été claire : bien que l’existence des colonies n’est pas en soi un obstacle à la paix, un développement effréné des colonies n’aide pas à faire avancer la paix », a-t-il expliqué. « Le gouvernement israélien a été clair en disant qu’il a l’intention d’adopter une politique sur la colonisation qui tient compte des inquiétudes du président. Les États-Unis se réjouissent de ça. »

La colonisation - c'est-à-dire la construction par Israël d'habitations civiles sur des territoires occupés - est illégale au regard du droit international. Elle est considérée par une grande partie de la communauté internationale comme un obstacle à la paix, puisqu’elle rogne les territoires sur lesquels serait créé un État palestinien ou compromet la continuité territoriale, et donc la viabilité, d'un tel État.

Quelque 600 000 colons israéliens vivent aujourd'hui en Cisjordanie et dans Jérusalem-Est, dont les Palestiniens veulent faire la capitale de leur futur État. Ces dernières années, leur expansion s'explique par le nombre de naissances qui y surviennent ou par l'implantation de colonies jugées illégales aux yeux même d'Israël, qui les tolère néanmoins.

Depuis que M. Trump a pris le pouvoir aux États-Unis, Israël a autorisé la construction de plus de 6000 logements dans des colonies existantes. Le Parlement israélien a aussi adopté une loi qui légalise rétroactivement la construction de 4000 logements de colons juifs sur des terrains privés appartenant à des Palestiniens en Cisjordanie occupée.

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