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Vladimir Poutine exclut un boycottage des Jeux olympiques de Pyeongchang

Malgré la tempête qui secoue son comité national olympique, la Russie ne boycottera pas les Jeux de Pyeongchang. C'est ce qu'a annoncé le président Vladimir Poutine, mercredi, tout en dénonçant une décision « politiquement motivée » du CIO.

« Sans le moindre doute, nous n'allons opposer aucun blocage, nous n'empêcherons pas nos sportifs de prendre part aux Jeux olympiques de Pyeongchang », a déclaré M. Poutine, cité par les agences russes, au cours d'une rencontre avec les ouvriers d'une usine à Nijni Novgorod, sur la Volga.

« Ils se sont préparés pour ces compétitions depuis le début de leur carrière, et c'est très important à leurs yeux », a-t-il poursuivi.

Le Kremlin avait déjà appelé à la prudence, plus tôt dans la journée, à la suite de la décision du Comité international olympique (CIO) de suspendre la Russie des Jeux de Pyeongchang, une sanction qui a indigné les sphères sportive et politique russes.

Mardi soir, le CIO a exclu la Russie des prochains Jeux d'hiver pour dopage institutionnalisé. Il a toutefois ouvert la porte aux athlètes « propres » qui pourront concourir sous un drapeau neutre. Jamais dans l'histoire des JO un pays entier n'avait vu les portes olympiques se fermer devant lui pour dopage.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a estimé que « la situation est sérieuse » et a ajouté qu'il ne fallait pas « céder aux émotions, mais [plutôt] analyser avec attention la décision du CIO ».

Selon M. Peskov, les premières décisions seront prises à l'issue de la prochaine réunion du Comité olympique russe (ROC) le 12 décembre. « Avant cela, tirer des conclusions serait prématuré », a-t-il dit.

Poutine a cependant mentionné que la Russie ne reconnaît toujours pas avoir commandité un programme de dopage généralisé en prévision des Jeux de Sotchi, et il a qualifié la décision du CIO de « punition collective » injuste.

« Tout cela a l'air d'une décision fabriquée et politiquement motivée. Nous le voyons, et moi, je n'ai aucun doute là-dessus », a lancé M. Poutine, cité par l'agence publique RIA Novosti.

Plusieurs députés et sénateurs russes indignés par la sanction du CIO avaient affirmé qu'il serait humiliant pour la Russie d'y participer sous un drapeau olympique et laissé entendre qu'un boycottage serait préférable. Le Kremlin et Vladimir Poutine semblent cependant adopter une attitude beaucoup plus mesurée.

Le 19 octobre, M. Poutine avait prévenu qu'obliger les athlètes russes à évoluer sous une bannière neutre constituerait une « humiliation pour le pays ». Un boycottage « n'est pas un sujet de discussion » et Moscou demeure « dévoué à l'idéal olympique », avait indiqué lundi M. Peskov.

Si la Russie respecte « toutes les décisions » prises contre elle, ses athlètes pourraient éventuellement défiler derrière leur drapeau pendant la cérémonie de clôture, a confirmé Mark Adams, un porte-parole du CIO.

En attendant, les responsables sportifs comme politiques avaient été prudents sur la perspective d'un boycottage. Le chef du ROC, Alexandre Joukov, avait assuré dès mardi soir que les athlètes russes décideraient le 12 décembre de leur participation ou non aux Jeux de Pyeongchang.

La majorité des sportifs russes, tout en regrettant la décision du CIO, exprimait la volonté que ceux qui le veulent puissent y prendre part. « Il faut aller aux Jeux olympiques. Refuser, c'est se rendre », a confié le médaillé olympique en hockey sur glace Ilya Kovalchuk, cité par l'agence TASS.

« M'adressant aux athlètes, je veux dire qu'ils ne doivent absolument pas désespérer et continuer à s'entraîner pour les Jeux », a de son côté déclaré la vedette du saut à la perche Yelena Isinbayeva, qui a entamé une reconversion politique.

Les médias russes ont également déploré la décision, mais ont salué la possibilité laissée aux athlètes russes de participer aux JO. « C'est dur d'accepter ces accusations et ces punitions. Mais le destin de nos athlètes et notre place dans la famille olympique sont plus importants », a écrit le journal Sport Express.

Le quotidien dénonce la sanction sans précédent, tout comme le bannissement à vie de Vitali Mutko, vice-premier ministre et figure du sport russe en tant que ministre, organisateur en chef des Jeux de Sotchi et grand coordonnateur du Mondial de soccer en 2018.

Le président du CIO Thomas Bach a laissé la porte ouverte à la Russie en autorisant les sportifs à participer aux JO et à avoir le mot « Russie » sur leurs survêtements, a poursuivi le journal sportif.

Le quotidien Kommersant a de son côté écrit que « le CIO a choisi une option dure, mais pas la plus dure ».

Du côté des politiciens et des médias proches du Kremlin, les réactions ont été beaucoup plus fortes. Le vice-président de la Douma [Chambre basse du Parlement, NDLR], Piotr Tolstoï, a ainsi estimé sur la chaîne de télévision Pervy Kanal que « c'est toute la Russie qu'on humilie en la privant de drapeau et d'hymne ».

Le chef de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, a lui prévenu sur sa page Instagram qu'« aucun athlète vivant en Tchétchénie ne participera [aux Jeux] sous drapeau neutre ».

Le président du comité des Affaires étrangères de la Douma, Konstantin Kossatchev, a mentionné sur Facebook que cette sentence « fait partie du programme de l'Occident pour freiner la Russie ».

Les critiques se multiplient aussi contre le lanceur d'alerte et ancien directeur du laboratoire antidopage de Moscou, Grigori Rodtchenkov, à l'origine des révélations sur le système de dopage d'État en Russie qui a abouti à cette mesure prise par le CIO.

« Il est le traître parfait », a expliqué le tabloïd Komsomolskaïa Pravda, ajoutant que le CIO a prouvé « qu'on peut détruire un pays olympique sur la base de preuves indirectes et d'un seul témoin ».

Le comité organisateur des Jeux de Pyeongchang a quant à lui mentionné dans un communiqué qu'il « acceptait et respectait les décisions de la commission exécutive du CIO, selon lesquelles la Russie peut participer à la compétition sous un drapeau olympique ».

« Nous travaillerons avec le CIO et avec tous les autres partenaires afin de permettre à tous les athlètes et officiels participant à ces Jeux, dans le cadre de cette équipe, d'avoir la meilleure expérience possible », a-t-il enchaîné.

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