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Voici les publicités électorales américaines que la Russie a achetées sur les réseaux sociaux

CHRONIQUE - Les témoignages de Google, de Facebook et de Twitter devant le Congrès américain, cette semaine, ont permis de mieux comprendre les tentatives d'influence russes sur la dernière élection présidentielle. Voyez par vous-même les messages promus sur les réseaux sociaux par une usine à trolls russe pendant la campagne.

Un petit mot avant de commencer puisque je reçois souvent des remarques à cet effet : Non, je ne dis pas que les Russes ont fait élire Donald Trump. Je ne pense pas que des publicités achetées sur Facebook ont été le seul facteur déterminant dans la campagne. Néanmoins, c'est la première fois que nous voyons une si imposante campagne d'influence étrangère sur une élection majeure par le biais des réseaux sociaux. C'est aussi la première fois que nous en avons des preuves tangibles.

Cela étant dit, procédons avec l'histoire des publicités russes.

Les géants des réseaux sociaux que sont Google, Facebook et Twitter ont témoigné cette semaine devant le Congrès américain. On a d'ailleurs appris que des messages publiés par des pages liées à l’Internet Research Agency (IRA), cette usine à trolls proche du gouvernement russe, avaient été vus par quelque 126 millions de personnes sur Facebook. C'est près de la moitié de la population américaine.

On savait depuis le début de septembre que Facebook avait vendu pour 100 000 $ de publicités à cette usine à trolls, mais l'entreprise n'avait jamais dévoilé le contenu de ces messages. Le comité de renseignement du Congrès américain a finalement commencé mercredi à le faire. Voici ce que ça nous dit.

Semer la division

Sans surprise, les publicités achetées par l'IRA prennent pour cible toutes sortes de divisions dans la société américaine. On a surtout cherché à miser sur des sujets qui soulèvent des passions.

L'IRA a, par exemple, tenu à rappeler que les Black Panthers, ce mouvement militant noir, avaient combattu le Ku Klux Klan...

Mais aussi qu'il faut empêcher l'immigration illégale.

Des messages tentaient aussi de rallier les gens pour qu'ils appuient les forces policières.

Et de faire la promotion de manifestations en faveur des droits LGBT.

Comme vous voyez, il n'y a pas d'orientation politique claire. Le seul point qu'ont en commun toutes ces publicités, c'est qu'elles misent sur des divisions politiques aux États-Unis. Le but, comme je l'ai déjà expliqué, est de semer la zizanie et le chaos dans ce pays.

Passer des réseaux sociaux à la vraie vie

Les messages sur Facebook servaient aussi à organiser des événements dans la « vraie vie ».

Comme nous a appris le site Motherboard, mercredi, une page associée à l'IRA a organisé une manifestation anti-islam au Texas, à Houston, en mai 2016... et une autre page de l'IRA, celle-ci pro-islam, a aussi organisé une contre-manifestation au même endroit et à la même heure.

Même si les deux manifestations ont attiré peu de gens, on voit que des personnes des deux côtés d'un débat ont été mobilisées par la même agence.

D'ailleurs, Buzzfeed nous a aussi appris qu'une marche anti-Trump qui a eu lieu le 12 novembre, au lendemain de l'élection, a été organisée par BlackMattersUS, un faux mouvement similaire à Black Lives Matter, créé par l'IRA.

Quelque 5000 personnes ont donc manifesté contre le président américain dans les rues de New York à l'invitation des Russes, complètement à leur insu.

Tous les candidats visés

Justement, si les publicités russes visaient surtout Hillary Clinton, elles n'épargnaient pas pour autant Donald Trump. Voici une publicité pour la manifestation anti-Trump à New York.

Et une autre publicité, cette fois-ci pour une manifestation anti-Clinton.

Se faisant passer pour une page « libérale » (aux États-Unis, ce mot désigne une pensée de gauche), l'IRA a mis l'accent sur les tensions entre Mme Clinton et son rival à l'investiture démocrate, Bernie Sanders.

On a aussi tenté de faire des rapprochements entre M. Sanders et la communauté musulmane avec une page nommée « United Muslims of America » (les musulmans unifiés d'Amérique), qui affirmait que Sanders gagnerait sans doute « avec l'aide des musulmans et des Arabes ».

Une forte portée pour peu d'argent

Business Insider a eu accès non seulement au budget alloué à ces publicités, mais aussi à leur portée sur les réseaux sociaux. Beaucoup de publicités ont eu une portée limitée, mais deux d'entre elles ont eu un succès monstre à petit prix.

Celle-ci a atteint près de 109 000 personnes sur Instagram, avec un message pro-armement qui explique que les Américains doivent armer leurs enfants. Le budget? Quelque 17 307 roubles, ou 297 $ US.

Oui oui, les publicités ont été achetées avec des roubles.

Quelque 201 000 personnes ont vu cette publicité sur Facebook, alors qu'elle faisait la promotion de BlackMattersUS. La publicité a coûté 54 424 roubles, ou 932 $ US.

Pour consulter d'autres publicités russes dévoilées par le Congrès, visitez les articles du New York Times ou de Business Insider.

Parler de ces publicités, ce n'est pas cautionner l'idée que les Russes ont « volé » l'élection. C'est plutôt prendre conscience de la façon dont les réseaux sociaux peuvent être utilisés comme une arme politique.

Ça nous permet aussi de réaliser que nos émotions et nos réactions peuvent être transformées en outil de propagande sur les réseaux sociaux – souvent même à notre insu, comme je l'écrivais d'ailleurs l'année dernière. Il incombe donc de faire un peu plus attention à ce qu'on partage sur les réseaux sociaux.

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