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Vous ne verrez plus votre corvée de lavage comme avant

Chacun de ces hommes et ces femmes indiens lave jusqu'à 400 vêtements par jour. Certains le font toujours à la main, comme au 19e siècle. La caste des Dhobis, les laveurs de linge de Mumbai sont aujourd'hui au coeur de grands bouleversements qui menacent leur existence.

Un reportage de Thomas Gerbet, correspondant en Inde

Dire que les Dhobis travaillent fort est un euphémisme. Sachinu travaille du lever au coucher du soleil 363 jours par année. L'homme de 50 ans ne prend que deux petits jours de congé, pour un salaire annuel de seulement 2 000 $.

La journée commence par la livraison du linge propre à vélo, à travers la ville. Il récupère au passage le linge sale. « Regardez : à chaque fois, je marque un chiffre à l'intérieur du vêtement, c’est comme une signature pour reconnaître le client. » Grâce à ce système, les Dhobis se vantent de ne jamais perdre un morceau de linge malgré le fait qu'ils en lavent plus d'un million par jour.

Les principaux clients sont des hôtels, des restaurants, des hôpitaux, mais aussi des marques de prêt-à-porter qui utilise cette laverie à ciel ouvert, la plus grande du monde, pour laver les vêtements sortis des usines indiennes avant de les exporter en Occident.

Monsieur et Madame Tout-le-monde utilisent aussi les services de la caste des Dhobis. D’abord parce que ça ne coûte que 30 cents pour un vêtement ramassé, lavé, repassé et livré à domicile. Il y a aussi une autre raison : beaucoup d’habitations n’ont que quelques dizaines de minutes d’alimentation en eau chaque jour et les gens veulent utiliser ce bien précieux pour autre chose que le lavage.

L'arrivée des machines

Les Dhobis n'ont pas encore de fers à repasser électriques, ils utilisent des fers chauffés au charbon de bois. Mais plusieurs ont fait le choix de passer du lavage à la main à celui à la machine. C'est le cas de Sachinu : « C’est plus facile et ça fait moins mal aux mains. »

Ceux qui lavent à la machine ne sont pas mieux payés, mais ils peuvent espérer travailler 10 heures au lieu de 14 heures par jour. Le quartier compte maintenant 400 machines à laver et sécher. Chacune peut faire le travail de cinq personnes.

« Maintenant, la nouvelle génération, elle n’est pas intéressée à faire le travail de leur père et de leur grand-père, car ça reste très dur, à cause de la poudre à laver et les produits chimiques. », explique Somu Pujari, porte-parole de l’Association pour le bien-être et le développement des Dhobis.

« Les jeunes maintenant sont éduqués et ils recherchent d’autres types d’emplois bien mieux payés que celui de leurs parents. C’est aussi pour ça qu’on a introduit les machines à laver et les sécheuses. »

Un lieu emblématique en voie de disparition

Mis en place par les Britanniques à la fin du 19e siècle, à l'époque où l'Inde était une colonie, ce quartier de Dhobi Ghat est aujourd'hui à la croisée des chemins. La municipalité de Mumbai refuse pour le moment de classer le site comme patrimonial et donc de le protéger. Les Dhobis se sentent trahis et la cause est devant les tribunaux depuis plusieurs années.

Il y a de gros intérêts financiers derrière tout ça. Idéalement situé au centre-ville, le mètre carré dans le quartier vaut une fortune. L’espace de chacun des lavoirs coûterait au moins 30 000 dollars.

« Un promoteur immobilier a déjà acheté une partie du terrain. », raconte Somu Pujari. « Certains disent que d’ici trois ou quatre ans, tout sera vendu. Mais moi, je ne veux pas y croire. »

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