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Washington identifie des proches de Poutine susceptibles d'être sanctionnés

Le département américain du Trésor a publié dans la nuit de lundi à mardi une liste de politiciens et d'hommes d'affaires russes susceptibles d'être sanctionnés en raison de l'ingérence alléguée du Kremlin lors de la présidentielle américaine de 2016. L'administration Trump se garde toutefois de les punir dans l'immédiat, de sorte que Moscou n'entend pas répliquer.

Déclinée sur sept pages, la liste comprend les noms de 114 personnes associées au Kremlin, dont le premier ministre Sergueï Medvedev, l’ensemble des ministres, dont celui des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et d’autres responsables des services de renseignements russes.

Y figurent également les noms des dirigeants des plus grandes entreprises publiques russes comme Gazprom et Rosneft, Igor Sechin et Alekseï Miller, et ceux des deux plus importantes banques russes, Sberbank et VTB, German Gref et Andreï Kostin.

Les noms de 96 hommes d’affaires, désignés comme des « oligarques », se retrouvent aussi sur cette liste, dont ceux du magnat de l’aluminium Oleg Deripaska et du propriétaire du club de soccer anglais Chelsea, Roman Abramovich.

Le Trésor américain soutient avoir visé les hommes d’affaires ayant une valeur nette de 1 milliard de dollars « selon des sources publiques fiables »; selon CNN, il s’agit en fait de la liste des 96 milliardaires russes publiée en mai dernier par le magazine Forbes.

La liste du Trésor américain n’impose pas de sanctions immédiates à ceux qui s’y trouvent. Elle laisse plutôt planer la menace de les empêcher d’avoir accès à la finance internationale. Elle risque également de contribuer à une détérioration des relations entre Washington et Moscou.

L'effet dissuasif sera au rendez-vous, estime Washington

L’administration Trump avait jusqu’à minuit lundi pour publier cette liste en vertu d’une loi adoptée en août par le Congrès en guise de rétorsion pour son ingérence dans la présidentielle, mais aussi pour l’annexion de la Crimée et pour ses opérations militaires en Ukraine.

Baptisée Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act [loi sur les sanctions contre les adversaires des États-Unis], elle avait été adoptée par les républicains et les démocrates, mais avait été signée à contrecoeur par le président Trump, qui la jugeait « très imparfaite ».

« Des sanctions contre des individus ou des entités spécifiques n’auront pas besoin d’être imposées, parce que la loi a un effet dissuasif », a expliqué une porte-parole du département d’État, Heather Nauert.

« Depuis la mise en œuvre de la loi […], nous estimons que des gouvernements étrangers ont abandonné des achats annoncés ou planifiés de matériel militaire russe valant plusieurs milliards de dollars », a-t-elle ajouté.

Le numéro un du Parti démocrate au sein de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, Eliot Engel, critique la décision de la Maison-Blanche de ne pas sanctionner les Russes se trouvant sur la liste.

« L’administration Trump devait décider si elle suivait la loi en sévissant contre ceux qui sont responsables de l’attaque contre la démocratie américaine en 2016 », a-t-il déclaré. « Ils ont plutôt choisi de laisser la Russie s’en sortir une fois de plus. »

Le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, a toutefois assuré mardi devant une commission sénatoriale que des sanctions supplémentaires contre la Russie seraient bientôt adoptées. « Ce sera dans quelques mois, peut-être dans un mois, je veux être prudent dans cet engagement », a-t-il précisé.

Un « acte inamical » auquel Moscou n'entend pas répliquer

À l'occasion d'une conférence avec de hauts responsables du quartier général de campagne en vue de l'élection présidentielle prévue en mars, Vladimir Poutine a d'abord accueilli la nouvelle sur le ton de la plaisanterie, disant juger « vexant » de ne pas s'y trouver lui-même.

Il a toutefois ajouté qu'il serait « stupide » de « réduire à néant » ses relations avec Washington, et a assuré ne pas vouloir « aggraver la situation ».

« Nous étions prêts à prendre des mesures de représailles assez sérieuses qui auraient réduit nos relations à zéro. Mais nous allons pour l'instant nous abstenir de prendre ces mesures », a-t-il affirmé.

Le premier ministre Medvedev a plutôt évoqué les dégâts que la liste va infliger, selon lui, aux relations russo-américaines.

« La mise en oeuvre de cette loi est discriminatoire envers notre pays. Elle va de toute évidence empoisonner nos relations pendant des années. Et c'est en soi une mauvaise chose », a-t-il dit lors d'une rencontre avec son homologue belge, Charles Michel.

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