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Xi Jinping, président à vie? Quatre questions sur la nouvelle donne du pouvoir chinois

L'adoption, par le Parti communiste chinois, de nouvelles règles éliminant la limite de deux mandats présidentiels accordés aux chefs d'État de l'Empire du milieu vient consacrer la présidence « à vie » de l'actuel homme fort du pays, Xi Jinping. L'ancien ambassadeur canadien en Chine, Guy Saint-Jacques, a commenté cette transformation géopolitique majeure lors d'une entrevue accordée à Céline Galipeau, au Téléjournal.

Xi Jinping était déjà un président aux vastes pouvoirs; pourquoi a-t-il senti le besoin d'asseoir encore plus efficacement son autorité?

C'est d'abord une décision qui a pris tout le monde par surprise. À la sortie du 19e Congrès du peuple, en octobre dernier, il avait l'autorité absolue, mais pas encore le pouvoir absolu. Ce qu'il vient de faire, c'est consolider son pouvoir en éliminant toute opposition.

La structure du pouvoir chinois avait été conçue de telle sorte qu'il était impossible, pour une seule personne, de posséder tous les pouvoirs. Faut-il maintenant craindre des dérives?

Ça soulève effectivement beaucoup d'inquiétudes, parce que l'ancien leader Deng Xiaoping, qui avait instauré avec difficulté ce système de succession, en 1982, avait agi de la sorte pour éviter les dérives connues par la Chine à la fin du règne de Mao; pensons au culte de la personnalité, au Grand Bond en avant et à la Révolution culturelle que Mao avait lancés pour se maintenir au pouvoir, et dont des millions de gens ont souffert.

La décision va créer du mécontentement parmi les leaders de la sixième génération – les plus jeunes –, qui pouvaient aspirer à devenir président à leur tour. On aura également une Chine, sur la scène internationale, qui sera beaucoup plus assertive, voire agressive, dans certains cas. Et sur le plan domestique [intérieur], il y aura un renforcement des contrôles sur les médias sociaux, contrôles qui sont déjà très musclés depuis l'arrivée au pouvoir de Xi Jinping, il y a cinq ans.

Cela devient également très difficile de dire, à un leader très puissant, "vous vous êtes trompé, vos politiques sont mal conçues".

Enfin, quelles sont les règles qui s'appliqueront au moment de la propre succession de Xi Jinping?

Y aura-t-il des conséquences pour l'économie de la Chine, qui est la deuxième en importance de la planète?

Lors du discours du président Xi au cours du 19e Congrès, il a tracé un portrait très clair, planifiant l'avenir de la Chine jusqu'en 2050. Il veut faire de la Chine la première puissance mondiale, il a dit qu'il va continuer à ouvrir les marchés, tout en renforçant le rôle des entreprises d'État. Il a également affirmé que la Chine ne pourrait pas prospérer sans le reste du monde, ce qui est encourageant. Reste à espérer, enfin, qu'il va véritablement s'attaquer aux problèmes de la disparité des revenus, de la pollution.

Et le Canada, dans tout ça?

On a bien vu, lors de la visite de Justin Trudeau en Chine l'an dernier, que le partenaire junior, dans cette relation, c'était le Canada. Sur le plan des valeurs, [la présidence à vie] va susciter bien des craintes. Il va falloir trouver un langage plus accommodant pour lancer des discussions sur ce plan.

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