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10e semaine de campagne : PTP, niqab, eaux usées et... Les Pierrafeu

L'avant-dernière semaine de campagne électorale a été faite d'affrontements entre les partis en matière de libre-échange, de niqab et de réfugiés.

Un texte de Manon Globensky

Mais le prix de la phrase la plus percutante de la semaine revient au maire de Montréal, Denis Coderre, qui, exaspéré par des réactions tardives du fédéral dans le dossier du déversement temporaire des eaux usées de sa ville dans le fleuve Saint-Laurent, a dit du fédéral que des gens qui pensent que le dessin animé Les Pierrafeu est un documentaire n'ont pas de leçons à donner.

Ottawa et l'environnement

Cette histoire a rebondi de manière imprévue dans la campagne alors que le lieutenant québécois de Stephen Harper, Denis Lebel, a presque agi comme un ministre de l'Environnement pour demander à Montréal de mettre ses plans en suspens et de penser à d'autres options. Au grand déplaisir du maire qui l'accuse de politiser le dossier... un domaine où M. Coderre lui-même a beaucoup d'expérience.

Les autres partis fédéraux ont dû réagir, en premier lieu le chef néo-démocrate Thomas Mulcair, qui a jadis été ministre de l'Environnement du Québec. En 2003, un tel déversement avait été permis, un déversement approuvé par le précédent gouvernement péquiste, a-t-il voulu préciser. Avec les standards d'aujourd'hui, a rajouté M. Mulcair, ce ne serait plus acceptable.

Pour l'instant la Ville de Montréal entend toujours aller de l'avant.

Et encore sur le thème de l'environnement, le discours du premier ministre sortant à Surrey, en Colombie-Britannique, a été interrompu par des manifestants à trois reprises jeudi soir. Des manifestants du groupe Climate Justice ont été éloignés assez rapidement, en particulier le militant qui a réussi à passer juste derrière Stephen Harper et qui a été intercepté par ce qui rassemblait à une équipe de football en costume noir.

Partenariat transpacifique

La semaine avait bien commencé pour Stephen Harper qui a pu annoncer la conclusion d'une entente de principe pour le Partenariat transpacifique, une zone de libre-échange entre 12 pays du Pacifique. Il était tellement heureux qu'il a pris une douzaine de questions des journalistes, comme dans une vraie conférence de presse, ce qui est très inusité pour lui.

Son point de vue, c'est que le Canada devait faire partie de l'entente dès le départ. Alors oui, dit-il, il y a ouverture des marchés agricoles protégés par la gestion de l'offre, mais le gouvernement a prévu des compensations. Et oui, il y aura un impact sur le secteur automobile, mais le chef conservateur lui promet aussi des compensations, s'il est réélu.

Ce n'est pas suffisant, estime Thomas Mulcair qui, dès dimanche, avant même que l'entente soit annoncée, a tenu des rassemblements dans sept villes du sud-ouest de l'Ontario, un coin où le secteur de l'automobile a déjà été une force économique, pour claironner son opposition. Il a répété qu'il ne se sentirait pas lié par cette entente s'il est élu premier ministre.

Selon lui, le gouvernement sortant a fait trop de concessions. Et il a reçu un bon coup de pouce à la fin de la semaine de la candidate à l'investiture du parti démocrate aux États-Unis Hillary Clinton, qui a qualifié l'entente d'insatisfaisante, jugeant qu'elle ne remplissait pas les critères notamment de protection des emplois américains, qu'elle s'est fixés.

Le chef libéral Justin Trudeau, qui a réuni plus de 7000 personnes à Brampton, en banlieue de Toronto, dimanche, le plus important rassemblement de la campagne à ce jour, est plus prudent sur le sujet du libre-échange qu'il favorise, dit-il, en attendant de voir les détails de ce que le Canada a négocié. Le texte de l'entente de principe n'a pas encore été rendu public. Les conservateurs promettent toutefois qu'elle sera ratifiée par le Parlement.

Le retour du niqab

La semaine a aussi vu - encore -  le retour de la question du niqab, grâce à M. Harper qui évoque maintenant la possibilité de l'interdire dans la fonction publique fédérale. Cela a fait dire à Larry Rousseau de l'Alliance de la fonction publique qu'il ne voyait pas où était le problème, qu'aucune plainte n'avait jamais été faite et qu'il ne savait même pas si une seule fonctionnaire portait le voile intégral au travail.

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, même s'il est en faveur de la fonction publique à visage découvert, dénonce les procédés de Stephen Harper. Il estime que ce n'est que de l'opportunisme politique, et rappelle que les conservateurs ont eu 10 ans pour régler la question et n'ont rien fait.

Pour les conservateurs, ce débat a été l'occasion de s'en prendre dans des publicités en français à Justin Trudeau, en pleine remontée dans les sondages, à tel point que certains croient qu'il n'est plus question que d'une lutte à deux partis. Sur fond de musique dramatique, la publicité indique qu'une large majorité de Québécois veut des cérémonies de citoyenneté à visage découvert. Puis, l'écran se déchire et sur une image de Justin Trudeau, on peut lire qu'il est déconnecté des valeurs québécoises.

La guerre des publicités

Les libéraux ont aussi de nouvelles publicités au Québec. Trois vidéos bien léchées qui reprennent trois grandes promesses de campagne. D'ailleurs, cette semaine a été l'occasion pour les trois principaux partis de publier leurs programmes politiques. Des publications utiles alors qu'a lieu le vote par anticipation.

Alors qu'on entre dans la dernière ligne droite, attendez-vous à voir beaucoup de publicités de campagne. Positives, négatives, peu importe, les partis politiques sont convaincus qu'elles peuvent encore faire une différence et ne s'en priveront pas.

Un dernier mot sur les réfugiés

Les partis se sont de nouveau affrontés verbalement sur la question de l'accueil des réfugiés au Canada après une fuite dans le quotidien Globe and Mail qui faisait état d'une interruption du processus cet été, le temps que le Bureau du premier ministre passe en revue les dossiers. Stephen Harper, qui commente rarement les fuites, a senti le besoin de se défendre en disant que le personnel politique n'avait pas eu à approuver les dossiers, mais simplement dû s'assurer que les procédures respectaient le besoin d'accueillir les minorités religieuses les plus vulnérables tout en protégeant la sécurité du pays.

Ses adversaires ont tout de même dénoncé, vertement dans le cas de M. Mulcair, l'ingérence dans ces dossiers.

Depuis, des sources anonymes ont laissé entendre que les dossiers des musulmans sunnites et chiites (autres que les membres de la minorité yézidi) seraient renvoyés au bas de la pile, une façon de faire qui pourrait être populaire auprès d'électeurs issus de l'immigration indienne où sévit une grande intolérance à l'endroit des musulmans. Mais aucune preuve n'a encore fait surface. Cette question va peut-être encore donner lieu à quelques échanges.

Tout comme celle du niqab, d'ailleurs. La Pakistanaise Zunera Ishaq est devenue canadienne vendredi. Elle a pu prêter son serment de citoyenneté avec son niqab, après s'être dûment identifiée à visage découvert, et elle pourra voter le 19 octobre. Un parti politique ramènera-t-il l'affaire à l'avant-scène?

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