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2016 : l’année de la chute pour le NPD du Manitoba

Depuis sa défaite aux élections du printemps, le Nouveau Parti démocratique (NPD) du Manitoba cherche à se retrouver, et tant que le parti n'aura pas un nouveau chef et une nouvelle direction, il continuera de fonctionner comme une opposition désorganisée, estime l'analyste politique Michel Lagacé.

Un texte de Camille Gris Roy

Aux élections d’avril, le NPD est passé de 35 sièges à 14 et s’est retrouvé dans l’opposition après plus de seize ans au gouvernement. « Ils n’ont pas le pouvoir qu’ils avaient avant et ils n’ont pas de leadership sérieux, fait remarquer Michel Lagacé. Ils ont une chef de l’opposition qui est là par intérim et qui ne fait pas le poids dans la législature. »

Ces changements pour le parti se ressentent donc en chambre : « On a l’impression, à la période des questions et pendant les débats, que le NPD n’est pas organisé, qu’il n’a pas une ligne d’attaque et une ligne de critique qui est vraiment sérieusement pensée d’avance. Alors, c’est de l'improvisation au jour le jour. »

Pour le nouveau gouvernement progressiste-conservateur, c’est l’occasion d’en profiter. « Au moins pour la prochaine année [ils] ont beau jeu à la chambre et en politique généralement », constate Michel Lagacé et, selon le chef qui sera choisi pour le NPD à l’automne 2017, « il se peut bien que le PC passe quatre ans devant une opposition faible et divisée ».

Des épisodes difficiles

Dans les derniers mois, le parti a aussi subi plusieurs coups durs. La démission d’un député étoile, Kevin Chief. Un élu, Mohinder Saran, suspendu du caucus après des allégations de harcèlement sexuel. Des députés du NPD accusés de comportements sexistes en chambre, et un autre, en chambre aussi, qui compare un ministre à un dirigeant nazi. « Peu importe la réalité des choses, ça projette l’image d'un parti qui est mal organisé, qui est divisé et qui n’a pas de sens de direction », assène, là encore, Michel Lagacé.

« Un parti qui serait dirigé par un chef qui a du poids ne se permettrait pas des petits scandales ou les réglerait très vite plutôt que de les laisser traîner, et on s’organiserait pour que les troupes en chambre agissent d’une façon appropriée. On a l’impression qu’il n’y a pas de direction alors tout le monde agit selon son propre gré. »

Michel Lagacé rappelle aussi que la rébellion au sein du NPD continue de laisser des traces.

Les blessures du passé ne sont pas encore pansées [...] et c’est difficile pour le caucus de collaborer et d’agir comme une force de frappe, puisqu’il y a les divisions.

Michel Lagacé, analyste politique

La personne qui sera choisie comme chef aura la lourde tâche de rassembler les troupes et leur redonner le moral.

Quel chef?

Tout pointe donc vers l’importance de l’élection de ce nouveau dirigeant, mais là encore : qui pourra relever le défi? Michel Lagacé croit que même s’il y a une nouvelle génération qui se dessine au sein du parti, « aucun des chefs possibles qui sont en chambre présentement ne s'est distingué ».

Et les perspectives d’avenir pour le nouveau chef, ce sera peut-être deux mandats dans l’opposition avant d’avoir une chance de gagner le pouvoir. Michel Lagacé rappelle qu'historiquement, il est très rare qu'un gouvernement majoritaire, à moins de faire des « erreurs énormes », ne soit pas réélu au moins une fois.

L'analyste croit que Kevin Chief, par exemple - qui a décidé non seulement de ne pas se présenter à la course à la chefferie alors qu’il était pressenti comme un candidat solide, mais aussi de quitter complètement la législature - a peut-être pris ça en considération, même si la raison officielle de son départ est sa famille. « Il faut le prendre à son mot, il a maintenant trois enfants. Mais ça, il le savait il y a deux mois, il le savait déjà à la dernière élection. »

Ça rend la tâche et le poste de chef du parti NPD très peu attrayant à ce moment-ci parce que ça veut dire au moins sept ou huit ans en opposition.

Michel Lagacé, analyste politique

Comme au fédéral

Enfin, la situation du NPD manitobain n’est pas unique, et ressemble même à ce qui se passe aussi à Ottawa.

Tant au fédéral qu’au provincial, on a un premier ministre qui est en poste pour au moins un mandat et de bonnes chances d’être réélu pour un deuxième, et pas d’opposition sérieuse. Les chefs n'existent pas, ils sont intérimaires.

Michel Lagacé, analyste politique

« Et les premiers ministres ont beau jeu à ce moment-ci, et s’il est possible pour eux d’être populaires, c’est en partie parce qu’ils n’ont pas une opposition forte en face d’eux qui peut faire ressortir leurs faiblesses. »

En bref, c'est la roue politique qui a tourné : « Quand un parti est défait, rappelle Michel Lagacé, surtout après avoir été au gouvernement pour au moins deux mandats, c’est tout un ajustement de se remettre en opposition et de rebâtir son programme. Tant au fédéral qu’au provincial, il faudra que les partis d’oppositions se redéfinissent vis-à-vis du public avant la prochaine élection. »

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