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4,5 milliards $ pour un pipeline et rien pour le nord, s’indigne Churchill au Manitoba

Des entrepreneurs et des dirigeants de la communauté manitobaine de Churchill qualifient d'affront l'engagement d'Ottawa à acheter le pipeline Trans Mountain. Ils regrettent un manque d'argent pour l'infrastructure du nord du pays : depuis un an, le chemin de fer qui aboutit à Churchill est coupé.

« Que dire de l’infrastructure ici, au milieu du Canada? », lance le président de la chambre de commerce de Churchill, Dave Daley.

Sa frustration est en réponse à la décision du gouvernement libéral le 29 mai d'acheter le pipeline Trans Mountain à Kinder Morgan pour 4,5 milliards de dollars afin d'assurer que le projet d'agrandissement entre Edmonton et Burnaby soit mené à terme.

Le chemin de fer qui relie Churchill à Winnipeg appartient à OmniTRAX, une entreprise de Denver, au Colorado. Il a été lourdement endommagé par les inondations le 23 mai dernier, le rendant impraticable.

« Nous avons une voie ferrée et un port qui traînent, le port n’est plus en fonction depuis deux ans, et ça fait un an que la voie ferrée ne marche plus. On ne voit pas grand-chose en matière d’engagement de la part du gouvernement fédéral pour faire avancer plus rapidement nos affaires », poursuit M. Daley.

OmniTRAX affirme ne pas vouloir réparer le chemin de fer parce que les coûts sont trop élevés pour les revenus. L'automne dernier, le gouvernement fédéral a déposé une poursuite contre OmniTRAX afin de les forcer à réparer la ligne de chemin de fer.

Des négociateurs nommés par le fédéral cherchent à ouvrir la voie à la vente de l’infrastructure à des partis intéressés.

Pour un le maire de la ville de Thompson au nord du Manitoba, Dennis Fenske, c’est un véritable affront.

« Ils ont été très rapides pour trouver une entente pour le pipeline Trans Mountain, et ils ne peuvent pas trouver une solution à un problème de chemin de fer qui dure maintenant depuis plus d’un an », dit-il.

« Du point de vue du nord [...] c’est difficile à digérer que le chemin de fer n’est pas d’importance nationale quand c’est essentiel aux communautés le long de la baie d’Hudson et à Churchill » ajoute M. Fenske.

La députée de la circonscription de Churchill-Keewatinook Aski, Niki Ashton, s’indigne : « ça montre un échec de leadership ».

« Au lieu d'investir dans le port de Churchill dans la ligne ferroviaire, dans le peuple du nord du Manitoba et des Canadiens, le gouvernement a voulu soutenir une compagnie américaine et mettre de l’avant un projet [le pipeline Trans Mountain] qui abuse des droits des autochtones », affirme-t-elle.

M. Daley indique que les pertes économiques pour le Manitoba s’accumulent. La région de Kivalliq au Nunavut dépend désormais uniquement de marchandises acheminées du Québec. Auparavant, ces marchandises passaient par Churchill.

Avec les informations de Mathilde Monteyne

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