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5 choses à savoir sur Doug Ford et les élections en Ontario

Après la tourmente du dernier mois et demi au sein des troupes progressistes-conservateurs en Ontario, c'est finalement Doug Ford, le frère de l'ancien maire de Toronto Rob Ford, qui prend les rênes du Parti. Son mandat : détrôner en juin les libéraux, qui sont au pouvoir depuis 15 ans.

Un texte de Julie-Anne Lamoureux

Doug Ford hérite d'un parti qui a une majorité en vue, selon les intentions de vote.

Toutefois, les troupes conservatrices sont divisées et désorganisées, M. Ford succédant à un chef, Patrick Brown, qui a abandonné le navire en catastrophe en janvier, en raison d'allégations d'inconduite sexuelle.

1 - Qui est Doug Ford?

Doug Ford est un ancien conseiller municipal de Toronto, le frère de l'ancien maire Rob Ford. Il est aussi le fils de Doug Ford père, un député conservateur de 1995 à 1999 à l'Assemblée législative de l'Ontario. La politique est une affaire de famille. Les affaires, aussi. Doug Ford préside l'entreprise familiale, l'imprimerie Deco Labels & Tags.

Il s'appuie sur ces expériences politiques et d'affaires pour prouver qu'il est un bon gestionnaire capable de redresser les finances de l'Ontario. Il est aussi l'héritier de la Ford Nation.

C'est le nom donné à la base de l'ancien maire de Toronto, Rob Ford, dans son fief d'Etobicoke, dans l'ouest de Toronto. La Ford Nation est constituée de partisans loyaux qui adhèrent à l'idéologie de la famille Ford, c'est-à-dire à l'importance de redonner de l'argent aux contribuables, de cesser les dépenses inutiles et de mieux gérer les dépenses publiques.

2 - Rebâtir l'unité du parti

Le principal défi de Doug Ford sera de rebâtir l'unité du parti. Et il n'aura que deux mois avant le déclenchement des élections pour le faire. Le défi est de taille puisqu'il ne fait pas l'unanimité. Les résultats sont patents. Doug Ford l'a emporté avec 50,6 % des points contre 49,4 % pour Christine Elliott. Ça montre à quel point le parti est divisé entre la faction plus progressiste et celle plus conservatrice.

À cela s'ajoute le fait que Doug Ford n'est pas le candidat de l'establishment. Au contraire, il se targue d'être contre les élites et d'être la voix des citoyens ordinaires. Doug Ford n'a pas non plus réussi à aller chercher beaucoup de soutien au sein du caucus conservateur provincial. Christine Elliott, au contraire, y bénéficiait de plusieurs appuis. Son défi est donc entier.

Sur les réseaux sociaux, dès l'annonce de sa victoire, plusieurs membres ont dit qu'ils n'ont plus l'intention de voter pour le Parti progressiste-conservateur de l'Ontario puisque Doug Ford est devenu chef. M. Ford ne s'en inquiétait pas, lundi, toutefois.

3 - Séduire les Ontariens

Doug Ford a une personnalité polarisante. Habituellement, les gens l'adorent ou le détestent. Doug Ford devra montrer qu'il peut rassembler tous les Ontariens et non pas seulement un segment de la population. Les progressistes-conservateurs n'ont pas gagné d'élections générales depuis 1999 sous Mike Harris. Leur avantage : les libéraux de Kathleen Wynne sont impopulaires après des années au pouvoir.

En tant que fier héritier du leader de la Ford Nation, Doug Ford devra montrer qu'il peut séduire les électeurs partout dans la province, et pas seulement à Toronto. Cela dit, Doug Ford pourrait être un des seuls à pouvoir livrer Toronto aux conservateurs. Le Parti a depuis des années de la difficulté à faire des gains dans la métropole. Les gains réalisés dans les dernières années - Doug Holyday pour quelques mois dans Etobicoke-Lakeshore et Raymond Cho dans Scarborough-Rouge-River - ont été faits grâce à l'appui de Doug Ford.

Même l'ancien chef conservateur et actuel maire de Toronto, John Tory, avait mordu la poussière dans la métropole lors des élections provinciales de 2007.

4 - Ses politiques et ses valeurs

En bon représentant de la famille Ford, Doug Ford s'est fait le porte-parole des contribuables désabusés, furieux contre la gestion libérale des 15 dernières années. Il promet de trouver des économies substantielles dans le budget provincial s'il devient premier ministre le 7 juin prochain.

Il s'oppose à une taxe carbone et à la bourse du carbone, à laquelle s'est joint l'Ontario avec le Québec et la Californie. Il promet de tenir tête à Justin Trudeau au fédéral, de créer de l'emploi et de mettre en place les conditions favorables pour l'épanouissement des gens d'affaires.

Il l'a emporté cette fin de semaine grâce à l'appui des partisans de la candidate Tanya Granic Allen, qui ont voté pour lui comme deuxième choix. Ces partisans sont pour la plupart pro-vie et opposés au programme d'éducation sexuelle. Bref, ils partagent des valeurs sociales très conservatrices. Et Doug Ford a flirté avec ces idées durant la campagne en dénonçant vigoureusement l'implantation du nouveau programme d'éducation sexuelle dans les écoles par les libéraux et en disant que les adolescentes qui veulent un avortement devraient avoir le consentement de leurs parents.

S'il veut séduire un électorat plus large, Doug Ford devra peut-être mettre de l'eau dans son vin. Ce ne sont pas tous les Ontariens qui partagent ses points de vue. Peut-il recentrer ses positions à l'approche des élections? C'est ce qu'avait fait l'ancien chef Patrick Brown qui avait fait volte-face, entre autres sur la question de l'éducation sexuelle, pour offrir un discours plutôt modéré. Dans son cas, Patrick Brown a eu des mois, voire des années pour modifier son discours. Doug Ford ne bénéficie pas de cette marge de manoeuvre.

5 - Ce que ça veut dire pour les élections.

Doug Ford n'a pas hésité à s'en prendre à la première ministre Kathleen Wynne dès son discours de victoire samedi soir à Markham. On peut s'attendre à ce qu'il maintienne le cap au cours des prochaines semaines et que les attaques s'intensifient. Ce sera d'ailleurs sa façon de tenter de rallier les troupes : que vous soyez d'accord avec tout ou non, joignez-vous à moi pour vaincre les libéraux.

Les libéraux comme les néo-démocrates connaissent maintenant leur adversaire conservateur et vont tenter de le définir et d'affiner leur stratégie électorale en fonction de sa personnalité.

Les conservateurs ont bénéficié de beaucoup de visibilité dans le dernier mois et demi grâce aux nombreux rebondissements de la course. Libéraux et néo-démocrates ne croient pas que c'était à l'avantage des conservateurs. Mais comme dit l'adage... parlez-en en bien, parlez-en mal, mais au moins parlez-en... À suivre.

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