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À Fort Érié, un centre d’accueil pour demandeurs d’asile perd son financement

Une organisation de Fort Érié, en Ontario, qui accueille et oriente les demandeurs d'asile à la frontière fonctionne depuis quelques jours sans le financement fédéral qu'elle recevait depuis 15 ans.

Un texte de Sébastien St-François

Le Peace Bridge Newcomer Centre occupe des bureaux à l’intérieur de l’édifice de l’Agence des services frontaliers du Canada, situés littéralement sur la frontière canado-américaine. Or, l’organisation qui chapeaute ce centre d’accueil a perdu le financement que lui accordait auparavant l’Agence des services frontaliers.

Le centre d’accueil situé à la frontière est géré par le Centre multiculturel de Fort Érié, une organisation qui se spécialise dans l’accueil et l’aide à l’installation de nouveaux arrivants dans la région.

Sans vouloir préciser le montant perdu, la directrice générale de l’organisation, Martha Mason, parle de dizaines de milliers de dollars envolés, un montant qui représente près de 10 % du budget annuel de l’organisation.

« Ça payait notre loyer, l’entretien ménager mensuel et le salaire d’une de nos employés », explique la directrice générale Martha Mason.

Elle confirme qu’une employée a été mise à pied en raison de la perte de la subvention.

Tous les employés du centre multiculturel, situé au centre-ville de Fort Érié, ont aussi dû déménager dans des locaux dont le loyer est moins élevé.

Le Centre multiculturel de Fort Érié doit donc compter sur le travail de bénévoles pour accueillir, pratiquement chaque jour, les demandeurs d’asile qui se présentent au poste frontalier de Fort Érié, situé en face de Buffalo.

C’est là que les bénévoles du centre d’accueil aident les nouveaux arrivants à rencontrer les agents des services frontaliers qui doivent déterminer s’ils peuvent entrer au Canada.

« Lorsque les employés de l’Agence des services frontaliers rencontrent les demandeurs d’asile, dit Martha Mason, ils doivent déterminer si cette personne peut entrer au Canada, par exemple en vertu de l’accord sur les tiers pays sûrs. Le processus est technique et c’est très bien comme ça, puisque c’est leur travail. Dans notre cas, nous nous occupons de l’approche, disons humanitaire. »

Les priorités

Les trois principales tâches des bénévoles sont l’information, l’orientation et la référence des demandeurs d’asile. Les bénévoles du centre d’accueil situé à la frontière fournissent des services que les agents des services frontaliers ne peuvent pas offrir : des collations pour les nouveaux arrivants affamés, un service de référence pour les soins de santé, une aire de jeu pour les enfants qui attendent que les entrevues officielles soient terminées, bref, un peu de chaleur humaine dans un processus parfois intimidant.

À la mesure de leurs moyens, les bénévoles du centre aident aussi les demandeurs d’asile à comprendre les implications légales de leur entrée au Canada.

En réponse aux questions de Radio-Canada, un porte-parole de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a expliqué que « le financement avait cessé parce que le contrat (entre le Centre multiculturel de Fort Érié et l’ASFC) est venu à échéance. »

Mais le partenariat semble être important pour le gouvernement, puisque la porte-parole qui a répondu à nos questions par écrit a mentionné que « ... l’ASFC continue d’avoir une bonne relation avec le Centre multiculturel de Fort Érié ».

Un centre d’accueil important

Un demandeur d’asile qui désire garder l’anonymat nous a expliqué toute l’aide que lui ont fournie les bénévoles du centre d’accueil. Comme de nombreux autres demandeurs d’asile qui sont passés par Fort Érié, il est arrivé au poste frontalier, accompagné de sa petite famille, après un long voyage.

Les bénévoles l’ont tout de suite aidé à s’orienter.

« Ils ont trouvé un hôtel pour nous loger, moi, ma femme et mes fils. Ils sont venus nous chercher le lendemain pour déjeuner. Un employé du Centre multiculturel a même commencé à chercher des appartements pour nous loger et ils nous ont aidés à trouver des meubles. »

« Grâce à eux, je ne me considérais pas comme un immigrant égaré, mais comme quelqu’un qui sait exactement ce qu’il doit faire pour s’intégrer à la communauté. Ils font un travail énorme. C’est une petite équipe qui fournit un maximum de services. »

Une clientèle en hausse

La perte du financement fédéral arrive à un mauvais moment, puisque la clientèle du centre d’accueil situé à la frontière augmente sans cesse. En 2014, il avait reçu et aidé 260 familles. Ce nombre est passé à 368 en 2015 et à 513 en 2016.

À la fin du mois de février 2017, le centre avait déjà reçu 109 familles, c’est-à-dire plus de 20 % du total de l’année précédente.

Il n’est d’ailleurs pas surprenant que les bénévoles du centre d’accueil de Fort Érié aient beaucoup de travail, puisque c’est en Ontario qu’on traite, bon an mal an, le plus de dossiers soumis par les demandeurs d’asile.

À titre d’exemple, les bureaux québécois du ministère de l’Immigration et ceux de l’Agence des services frontaliers se sont occupés, en janvier et février de cette année, de 1730 cas de demandeurs d’asile. Les bureaux ontariens ont traité 3130 dossiers, soit 80 % de plus qu’au Québec.

L’écart se confirme aussi si l’on considère les chiffres des dernières années : depuis 2011, les bureaux ontariens de l’Agence des services frontaliers et ceux d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada ont traité trois fois plus de demandes d’asile que les bureaux québécois des mêmes organisations.

Le lien avec le centre d’accueil de Fort Érié? Ce poste frontalier est l’un des plus occupés en Ontario, la province canadienne qui traite le plus de demandes d’asile. Le travail qu’y effectuent les bénévoles du centre d’accueil représente donc une première interaction importante entre les demandeurs d’asile et la société canadienne à laquelle ils veulent s’intégrer.

La perte du financement a non seulement forcé le centre d’accueil a revoir ses façons de faire, mais aussi à revoir sa philosophie.

« Je pense que ça installe une certaine intégrité dans notre relation avec l’Agence des services frontaliers, dit Martha Mason. D’une certaine manière, l’argent peut quelquefois venir brouiller les cartes. Nous ne leur devons rien et ils ne nous doivent rien. »

Mais peu importe les difficultés, Martha Mason affirme que le centre d’accueil restera ouvert.

« Lorsqu’un nouvel arrivant se présente, la première journée, c’est un moment critique, explique-t-elle. C’est un moment critique aussi pour établir une relation avec ce nouvel arrivant. Il y a de nombreuses études qui démontrent l’importance de faire une bonne impression et celle d’obtenir la bonne information. Je peux vous dire que notre travail fait une différence pour ces gens. »

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