Des fils et des écrans qui débordent de codes. Nous sommes loin des images qui nous viennent habituellement en tête quand on pense à des exercices militaires.

Pourtant, dans cette classe du Collège militaire royal du Canada, à Kingston, sont formés certains des soldats de demain.

Le Collège offre un programme de génie électrique et informatique au premier cycle et dans les cycles supérieurs. Des programmes qui ont été affinés et qui ont gagné en popularité au cours des dernières années.

Au premier cycle, par exemple, l'un des cours de cyberdéfense se termine par un stage de deux semaines organisé par l'agence américaine National Security Agency (NSA).

L'élève officier Francis Langlais est inscrit au programme de premier cycle.

J'ai fait un diplôme en jeu vidéo avant. Ça m'intéressait beaucoup. Mais j'ai décidé de faire autre chose, aussi en informatique. S'il n'y avait pas le côté cyber dans les Forces, ça m'aurait beaucoup moins intéressé.

Francis Langlais, élève officier au Collège militaire royal

Apprendre à attaquer

Si, au premier cycle, l'apprentissage est beaucoup plus concentré sur la création de réseau et la cyberdéfense, certains cours des cycles supérieurs vont beaucoup plus loin. Il y a, par exemple, le cours qui s'intitule Menaces et techniques d'attaque cybernétiques.

Au menu : craquage de mots de passe, virus, etc. En lisant la description, on croirait consulter le guide du parfait pirate informatique.

En ce moment, les Forces armées canadiennes doivent se concentrer sur la cyberdéfense et n'ont pas pour mandat de mener des attaques.

N'empêche, pour l'instructeur du Collège Guillaume Vigeant, apprendre certaines techniques d'attaque est essentiel.

On ne peut pas dire à un soldat : "Ne fais qu'encaisser les coups." Il faut savoir comment attaquer pour savoir comment bien se défendre.

Guillaume Vigeant, instructeur au Collège militaire royal de Kingston

En classe, les étudiants analysent des menaces en se basant sur des cas d'actualité. Ils se penchent, par exemple, sur l'utilisation de cyberattaques dans certains conflits, notamment en Ukraine et en Irak. Le ver informatique Stuxnet, qui a paralysé des centrales iraniennes en 2010, est aussi un cas discuté.

Loin des stéréotypes

L'instructeur Guillaume Vigeant en convient, sa classe est formée de nombreux geeks, des maniaques de l'informatique.

« C'est un style de soldats qu'on n'est pas habitué à associer au stéréotype du soldat », explique-t-il.

Son collègue, le professeur Sylvain Leblanc, précise qu'il n'y a là rien de nouveau. Plusieurs ingénieurs sont déjà dans les rangs de l'armée ainsi que dans ceux de la Marine et de l'Aviation royales canadiennes.

Je ne pense pas que ce soit quelque chose de nouveau. Historiquement, il y a beaucoup d'inventions que l'on utilise aujourd'hui, dans le transport, dans les télécommunications, qui ont été développées par des gens intelligents en uniforme.

Sylvain Leblanc, professeur agrégé au département de génie électrique et génie informatique au Collège militaire royal

Dans un contexte où les bombes et les armes ne suffisent plus pour défendre les frontières canadiennes, les débouchés sont intéressants pour les étudiants de génie informatique à Kingston.

D'ailleurs, les Forces canadiennes entendent créer l'an prochain un nouveau métier, celui d'opérateur cybernétique, qui sera uniquement consacré à la protection des réseaux.

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