Dès leur arrivée au pouvoir, les libéraux ne se gênaient pas pour parler du plan qui allait les mener à une réélection sans trop de difficulté en octobre 2018. Le plan était simple, peut-être trop, justement.

Michel C. Auger

Une analyse de Michel C. Auger

 

Dans la première moitié du mandat, on allait revenir à l'équilibre budgétaire à coup de compressions. De toute façon, tout le monde sait qu'on vit au-dessus de nos moyens, disaient les libéraux.

Ensuite, on passerait la deuxième moitié du mandat à donner de populaires baisses d'impôt. De toute façon, tout le monde sait qu'on est trop taxés, disaient les libéraux.

Puis, on allait transformer le prochain scrutin en élection référendaire, ce qui serait encore plus facile, pensait-on alors, si le Parti québécois choisissait l'indépendantiste pur et dur avec Pierre Karl Péladeau comme chef.

Mais ce plan ne tient plus. Dans son dernier budget - celui qui marque le mi-mandat - le ministre des Finances, Carlos Leitao, aurait sans doute préféré baisser les impôts. C'était dans le plan de match. Mais il a été forcé de faire des réinvestissements dans les dépenses publiques, surtout en éducation. Des hausses de dépenses modestes, mais qui sont tout de même une admission qu'on a trop coupé et que l'opinion publique ne suivait plus.

Il devenait de plus en plus difficile de justifier que des enfants en difficulté doivent se passer d'orthopédagogues ou de psychologues dans leurs écoles, quand le gouvernement trouve de l'argent pour aider Bombardier ou augmenter grassement le salaire des médecins.

Économie anémique

Pour compliquer les choses, la seconde partie du mandat s'annonce beaucoup plus difficile que la première pour le gouvernement. D'abord, parce que la croissance économique est anémique, et celle de l'emploi, encore plus.

De plus, et on l'a vu ces dernières semaines, le premier ministre ne sait pas trop comment répondre quand il est attaqué sur les questions économiques, des sujets que les chefs des deux principaux partis d'opposition semblent connaître beaucoup mieux que lui. Pour le Parti libéral du Québec, qui, depuis Robert Bourassa, considérait l'économie comme son fonds de commerce, c'est un positionnement qui n'est ni naturel ni agréable.

D'autres dossiers commencent aussi à se retourner contre le gouvernement. Au début, l'attitude du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, pouvait inspirer une certaine confiance : au moins, il semblait savoir où il allait. Mais au rythme où il manie l'injure et l'insulte contre tous ceux qui osent lui poser des questions, cette confiance est en train de tourner en agacement profond. Celui que l'on ressent envers ceux qui ont toujours raison.

À cela s'ajoute le fait que plusieurs ministres peu performants - et qui sont loin d'être fiables en temps de crise - ont gardé leur siège au Conseil des ministres on ne sait trop pourquoi lors du dernier remaniement.

Pendant ce temps, les députés libéraux voient des recrues venues de l'ADQ ou de la CAQ prendre de belles places au Conseil des ministres, pendant que des députés talentueux et rouges depuis toujours attendent encore leur tour. Après ça, on s'étonnera que les relations entre M. Couillard et son caucus soient plutôt fraîches. 

La corruption

Comme si ce n'était pas assez, le gouvernement voit revenir le dossier de la corruption qu'il croyait enterré avec l'absence de blâmes dans le rapport de la commission Charbonneau. Là, c'est toute la marque de commerce du PLQ qui est entachée même si les gestes reprochés à l'ancienne vice-première ministre Nathalie Normandeau remontent au gouvernement Charest.

L'opinion publique a la mémoire longue quand il s'agit de corruption, même quand ça s'est passé sous un autre premier ministre. Il a fallu une quinzaine d'années et trois chefs au Parti libéral du Canada pour faire oublier le scandale des commandites. Le PLQ ferait bien de s'en souvenir et, ne serait-ce que pour conjurer le sort, ferait bien de ne pas trop se traîner les pieds avant de traduire en législation les pertinentes recommandations de la commission Charbonneau.

Reste le troisième élément du plan, l'élection référendaire. Sauf qu'il est loin d'être certain que le Parti québécois tombera dans ce piège. Pierre Karl Péladeau est sans doute le seul chef péquiste depuis Jacques Parizeau dont la foi souverainiste est suffisamment avérée pour que ses militants acceptent de mettre l'option en veilleuse le temps d'un mandat. Comme M. Parizeau l'avait fait en 1989.

Quant à la Coalition avenir Québec, elle semble revenue de sa dernière année difficile. Et si François Legault peut mettre fin à sa détestable manie d'inventer une nouvelle raison d'être à son parti tous les six mois, il pourrait aussi être un adversaire redoutable.

Si M. Couillard s'attendait à une deuxième partie de mandat dans les « verdoyantes vallées des surplus », son plan de match ne fonctionne plus. Il devra, au plus vite, le retourner à la table à dessin.

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