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Affaire Hamad : Couillard défend sa gestion du PLQ

« Je défie qui que ce soit, depuis le 17 mars 2013 alors que j'ai pris la direction du parti, de trouver autre chose que des pratiques exemplaires au Parti libéral », a déclaré le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, face à la tourmente provoquée par les révélations de l'émission Enquête au sujet du ministre Sam Hamad.

Talonné par tous les partis d'opposition, qui estiment que le PLQ qu'il dirige n'est pas différent de celui que dirigeait Jean Charest - et qui a été écorché par la commission Charbonneau - M. Couillard a répliqué en renversant le fardeau de la preuve vers ses détracteurs.

« Je prends la responsabilité du parti à partir de ma nomination comme chef, en mars 2013, a déclaré M. Couillard. J'assume le passé de l'institution et tout ce qui va avec, mais ma responsabilité personnelle a commencé au moment où j'ai décidé de me lancer en politique à nouveau. »

Le premier ministre a continué de défendre M. Hamad, qui sera de retour de Floride jeudi.

M. Couillard laisse toutefois à son ministre le soin de s'expliquer sur son départ vers la Floride. « Ce n'est pas qu'on l'a laissé partir, il nous a avisés qu'il partait, tout simplement », a expliqué le premier ministre, refusant de préciser, malgré les questions répétées des journalistes, si M. Hamad revenait au Québec de son plein gré ou à sa demande.

Vacances floridiennes

Sam Hamad rentrera sous peu de Floride et sera de retour jeudi sur les banquettes de l'Assemblée nationale. Il s'est défendu, hier, d'être aux États-Unis pour fuir la controverse, dans la foulée des révélations de l'émission Enquête de Radio-Canada.

Refusant de préciser quand son patron est parti en Floride, la porte-parole de Sam Hamad, Cynthia Saint-Hilaire, a indiqué qu'il avait lui-même pris la décision de rentrer à Québec cette semaine.

« Je ne me sauve pas »

Joint en Floride par Radio-Canada, lundi, M. Hamad avait plaidé qu'il ne se sauvait pas. « Je suis parti pour refaire le plein d'énergie. Je suis brûlé. C'est pas évident, ce que je vis ».

Sam Hamad a tout de même décidé de se retirer de ses fonctions ministérielles en attendant la conclusion de l'enquête du commissaire à l'éthique. Il conserve toutefois le salaire d'un ministre et les avantages qui y sont associés, tels que son garde du corps et sa limousine.

À noter que le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) dit examiner la situation à la lumière des révélations faites par Enquête la semaine dernière. Sans citer nommément Sam Hamad, la porte-parole du DGEQ a déclaré que « le mandat du DGE est de s'assurer du respect des lois électorales, notamment au regard du financement politique ».

Le reportage d'Enquête de jeudi dernier faisait état d'une série de courriels démontrant que Sam Hamad était une source d'information stratégique pour l'ex-ministre libéral Marc-Yvan Côté, dont il faisait avancer les dossiers au sein du gouvernement de Jean Charest.

Pour sa part, Marc-Yvan Côté - alors vice-président du conseil d'administration de Premier Tech - s'activait pour le financement politique de Sam Hamad.

Rappelons que M. Côté avait été expulsé en 2005 du Parti libéral du Canada pour ses pratiques illégales de financement.

Le 17 mars dernier, M. Côté a été arrêté et accusé de fraude, abus de confiance, corruption et complot, en lien avec des activités de financement partisan, entre 2000 et 2012, exercées en échange de contrats publics.

Un seul sujet pour la période des questions

Fait assez rare, mardi, l'entièreté de la période de questions à l'Assemblée nationale a été consacrée à ce qu'il est désormais convenu d'appeler « l'affaire Sam Hamad ».

Placé sur la défensive, le gouvernement de Philippe Couillard a eu fort à faire d'expliquer la manière dont il avait choisi de gérer cette affaire.

Du côté du Parti québécois, les questions se sont succédé. « Pourquoi il l'a laissé partir? » a demandé Pierre Karl Péladeau au sujet du départ de M. Hamad en Floride. « Pourquoi on laisse au député de Louis-Hébert un salaire de ministre alors qu'il n'est plus ministre? » a pour sa part tempêté le député de Marie-Victorin,  Bernard Drainville. « Fuir en Floride, c'est rire des Québécois », a poursuivi la députée de Taschereau, Agnès Maltais.

Une question de jugement

Les autres partis d'opposition n'ont pas été en reste. « C'est beau d'être intelligent, mais c'est différent d'avoir du jugement », a affirmé le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault. « Est-ce que le premier ministre attend que l'UPAC débarque au grand complet au Conseil des ministres pour faire le ménage? » a quant à elle demandé la députée Manon Massé, de Québec solidaire.

Le premier ministre Couillard a tenu à dire qu'il ne prenait pas cette question à la légère tout en rappelant que « les principes élémentaires de justice devaient s'appliquer ».

Le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, a répété nombre de fois qu'il revenait au commissaire à l'éthique d'analyser l'ensemble des faits et de déposer son rapport auprès de l'Assemblée nationale. « Après quoi nous pourrons commenter », a-t-il dit.

Pas de changement au PLQ, selon Pierre Karl Péladeau

En conférence de presse mardi, le chef de l'opposition officielle Pierre Karl Péladeau a déclaré que le premier ministre Couillard « est quand même le chef du Parti libéral du Québec » et qu'à ce titre il se doit de poser des gestes forts. Aux yeux de M. Péladeau, « aucun changement n'a été effectué au PLQ ». Pour le chef du PQ, entre Jean Charest et Philippe Couillard, « c'est bonnet blanc et blanc bonnet ».

De l'avis de M. Péladeau, il importe que M. Couillard « fasse toute la lumière sur le système de financement du PLQ ».

D'autant plus que Philippe Couillard a fait partie du Conseil des ministres de Jean Charest pendant cinq ans, dit encore Pierre Karl Péladeau. « Philippe Couillard avait dit, comme premier ministre, qu'il passerait tout le monde dans le confessionnal. Et certainement les anciens ministres, membres du Conseil des ministres précédent. Est-ce qu'il l'a fait? » demande le chef de l'opposition officielle.

Au sujet de Sam Hamad, M. Péladeau considère que le fait que ce dernier se trouve en Floride dénote « une absence de jugement de sa part et aussi de la part du premier ministre ». Le chef du PQ estime que M. Hamad doit « démissionner de son statut de ministre, et démissionner du caucus ».

La pression est forte sur les libéraux

Le chef de la CAQ, François Legault, affirme qu'à la place de Philippe Couillard, il n'aurait jamais accepté qu'un de ses ministres « informe quelqu'un comme Marc-Yvan Côté de la progression d'une subvention de millions de dollars ». Il affirme qu'il aurait demandé sa démission.

« Marc-Yvan Côté, Nathalie Normandeau et Sam Hamad, ce n'est peut-être pas la même chose, mais c'est tout relié au financement du PLQ et ça s'accumule », estime M. Legault.

À ses yeux, Philippe Couillard manque de jugement : « Il cautionne des façons de faire qui ne sont pas acceptables », dit-il.

Pour sa part, le député de Québec solidaire, Amir Khadir, croit que la carrière politique de Sam Hamad est terminée. M. Khadir estime que ce dernier « ne peut même pas revenir comme député ».

« Ce parti a amassé 20 millions de dollars en argent mal acquis, par des procédés illégaux, frauduleux. Il faut qu'il commence à payer », a martelé Amir Khadir, en référence aux révélations de la commission Charbonneau.

Embarras chez les libéraux

Les députés libéraux ont été peu loquaces mardi matin à l'entrée de leur caucus.

La ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre, estime que M. Hamad a pris la « bonne décision » en revenant parmi les députés. Refusant de commenter les soupçons qui pèsent sur son collègue, elle s'est limitée à dire qu'il appartient désormais au commissaire à l'éthique de faire son travail.

Pour sa part, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, n'a pas voulu s'exprimer sur le retour de Sam Hamad, se contentant de dire que celui-ci a pris une « bonne décision » en se retirant de ses fonctions de ministre le temps que le commissaire fasse son enquête.

M. Barrette veut tourner la page et décoche, au passage, quelques flèches à l'endroit de ses adversaires politiques, les accusant de faire dans la distraction. « Nous tombons tous dans le panneau des oppositions qui réussissent à ne pas s'occuper des affaires courantes qui touchent les citoyens et les citoyennes au quotidien en parlant du passé ».

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