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Aide à l'enfance : 10 ans plus tard, les Premières Nations réclament toujours la fin de la discrimination

Visiblement exaspérés par l'immobilisme qu'ils perçoivent à Ottawa, les leaders autochtones Perry Bellegarde et Cindy Blackstock ont souligné jeudi le 10e anniversaire du dépôt d'une plainte auprès du Tribunal canadien des droits de la personne (TCDP) dénonçant la discrimination à l'endroit des enfants des Premières Nations, et exigé que le gouvernement respecte enfin la directive qui en a découlé.

Un texte de Bernard Barbeau

« J’aimerais pouvoir dire en ce 10e anniversaire du dépôt de la plainte qu’il y a matière à célébrer, mais ce n’est pas le cas », a regretté Perry Bellegarde, chef national de l’Assemblée des Premières Nations, qui espère que le prochain budget fédéral corrigera des « iniquités » historiques.

Le 23 février 2007, l'APN et la Société de soutien à l'enfance et à la famille des Premières Nations (SSEFPN) s’adressaient à la Commission canadienne des droits de la personne pour faire valoir que les services à l'enfance des Premières Nations du gouvernement fédéral étaient déficients, inéquitables et discriminatoires. En janvier 2016, le TCDP statuait qu’Ottawa exerçait effectivement une discrimination à l'endroit des enfants sur les réserves, notamment en omettant de leur assurer l’accès à des services gouvernementaux offerts aux autres enfants du pays. Le gouvernement devait notamment assurer « immédiatement » le financement des services auprès des familles autochtones.

Et en novembre dernier, la Chambre des communes a voté à l'unanimité en faveur d'une motion du Nouveau Parti démocratique forçant le gouvernement à injecter 155 millions de dollars dans ces services et à fournir un plan de financement pour les prochaines années, ce que n'ont pas manqué de rappeler M. Bellegarde et Mme Blackstock.

Les méthodes d'intervention des fonctionnaires sont aussi au centre des préoccupations de M. Bellegarde. « Le Canada, dans son histoire, n’a eu de cesse de nous enlever nos enfants, a-t-il dit en conférence de presse, jeudi, à Ottawa. On l’a vu dans les pensionnats, on l’a vu dans la rafle des années 1960, et on continue de le voir dans le système d’aide à l’enfance. Il faut que ça cesse. »

Il est inacceptable qu’autant d’enfants puissent être retirés de leur demeure à cause de la pauvreté. Et comme la ministre [des Affaires autochtones et du Nord, Carolyn] Bennett, a déjà dit : "Quand un agent de l’aide à l’enfance constate qu’un réfrigérateur est vide dans une maison, la solution devrait être de faire l’épicerie, pas de retirer l’enfant de sa famille."

Perry Bellegarde, chef national de l'Assemblée des Premières Nations

Cindy Blackstock, directrice générale de la SSEFPN, a demandé à Ottawa d’arrêter de parler et de commencer à écouter et à agir.

« Je ne peux pas vous dire à quel point je suis fatiguée de voir le gouvernement s’excuser à une génération après l’autre d’enfants des Premières Nations pour des problèmes qu’ils auraient pu prévenir, et […] offrir ses condoléances alors que des enfants sont morts prématurément parce qu’ils n’avaient pas accès à des services auxquels tous les autres enfants ont accès », a-t-elle laissé tomber.

Le Canada refuse toujours d’obtempérer à la décision du TCDP, ses fonctionnaires disant constamment aux responsables autochtones qu’ils doivent attendre la collection de certaines informations ou encore l’adoption de certaines mesures, a accusé Mme Blackstock.

Une telle incompétence ne peut pas être tolérée. Nous avons vu le gouvernement agir avec efficacité et compétence dans d’autres dossiers [comme la crise des réfugiés syriens et des ententes commerciales]. Pourquoi ne peuvent-ils pas aider des enfants dans leur propre pays?

Cindy Blackstock, directrice générale de la Société de soutien à l'enfance et à la famille des Premières Nations

S’il est clair que le gouvernement de Justin Trudeau n’agit pas assez vite au goût de Perry Bellegarde, il s’en est pris plus durement à celui de Stephen Harper.

« Le précédent gouvernement nous a combattus bec et ongles en dépensant des millions pour combattre l’équité envers les enfants des Premières Nations, a dénoncé M. Bellegarde. Des millions qui auraient pu et auraient dû servir au bien-être des enfants. »

Des appuis

Mme Blackstock et M. Bellegarde étaient accompagnés de la sénatrice indépendante Kim Pate, qui a dit parler aussi au nom de son collègue du Sénat Murray Sinclair.

« Que cette situation ne soit pas considérée comme une urgence est une mascarade », a déploré Mme Pate.

La présidente de la Commission canadienne des droits de la personne, Marie-Claude Landry, a elle aussi souligné le 10e anniversaire de la plainte des représentants des Premières Nations.

Le financement nettement insuffisant des services d'aide à l'enfance sur les réserves ne fait que perpétuer le cycle de désespoir créé par les pensionnats indiens. La décision du Tribunal canadien des droits de la personne, rendue il y a plus d'un an, devait mettre un terme à cette situation.

Marie-Claude Landry, présidente de la Commission canadienne des droits de la personne

« Chaque enfant autochtone séparé de sa famille, chaque jeune qui s'enlève la vie en désespoir de cause, chaque enfant abandonné par les personnes responsables de son bien-être en est un de trop », a-t-elle ajouté.

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