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Aide médicale à mourir : la ligne de parti l'emporte à Ottawa

Le premier ministre Justin Trudeau était le premier à vanter le consensus québécois dans le débat sur l'aide médicale à mourir. Cent ­un jours après avoir pris le pouvoir, il vient de sacrifier « ce respect et cette délicatesse » aux impératifs partisans de sa propre logique politique.

  Une chronique d'Emmanuelle Latraverse

La mort, le suicide assisté, la fin de vie dans la dignité. Tout le monde semblait s'entendre au pays pour dire que s'il y a UN enjeu qui doit demeurer au-­dessus du débat partisan, c'est bien celui-­là.

Par respect pour les milliers de Canadiens qui subissent une souffrance intolérable, par respect pour leurs familles parfois épuisées, par respect pour ce dernier moment sacré de la vie, par respect pour la douleur qui trop souvent l'accompagne, le débat sur l'aide médicale à mourir devait absolument se faire loin des lignes de parti, loin des valeurs « conservatrices » ou « libérales », loin de cette tendance qu'ont les partis politiques à revendiquer leur vérité.

La vérité face à la mort n'existe pas. Tout ce que la classe politique peut faire, c'est s'incliner avec humilité et essayer de trouver un cadre permettant de faire consensus malgré des valeurs sociales qui évoluent.

Un débat soudainement partisan

Les libéraux ont plutôt donné le signal que même face à la mort leur vérité s'imposera.

Le vote aux communes sur l'aide médicale à mourir se fera sous l'égide de la ligne de parti. La raison est simple, le débat relève des droits fondamentaux tels que dictés par la Charte. C'est le verdict de la Cour suprême dans la cause Carter v. Canada.

En effet, la Cour suprême a lié les mains des politiciens fédéraux. Contrairement à leurs homologues du Québec, ceux-­ci n'ont pas eu le luxe de définir patiemment, sereinement les termes du débat. Dans son jugement Carter v. Canada, le plus haut tribunal du pays a établi que l'aide médicale à mourir relève d'un droit fondamental, le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne.

La Cour a aussi défini les balises à imposer autour de ce droit : une maladie grave, incurable, des souffrances persistantes et intolérables.

Rattrapé par le droit à l'avortement

La discipline partisane que Justin Trudeau s'apprête à imposer à l'aide médicale à mourir prend ses racines dans le débat sur l'avortement.

C'était en 2014, lorsqu'il avait déclaré que dorénavant tous les députés et candidats libéraux devraient défendre le libre choix à l'avortement. Du jour au lendemain, l'orthodoxie libérale selon laquelle le libre choix à l'avortement était une question de conscience, celle qui avait guidé Jean Chrétien et Paul Martin, ne tenait plus. Sous Justin Trudeau, les politiques du parti étaient guidées par la Charte des droits et libertés, le droit des femmes au libre choix, un point c'est tout.

À l'époque cette prise de position controversée avait surtout permis au parti libéral de tracer une autre ligne de faille contre les conservateurs, courtiser ce faisant le vote féminin.

Deux poids, deux mesures?

Il faut avoir suivi un brin les débats des derniers mois pour comprendre que le droit fondamental consenti par la Cour suprême comporte son lot de zones grises dans sa mise en application.

C'est tout le casse-­tête auquel les parlementaires fédéraux sont confrontés et sur lequel ils doivent se prononcer à grande vitesse. Offrir ce droit aux mineurs? Que dire des personnes qui souffrent de maladie mentale? Faut­-il permettre aux médecins de s'opposer à offrir l'aide médicale à mourir si c'est contre leur conscience et, le cas échéant, ont-­ils l'obligation de diriger leur patient vers les ressources adéquates?

Le conservateur Gérard Deltell craint pour sa part que cette ligne de parti nuise soudainement à la suite des travaux, alors justement qu'il faut élaborer un difficile consensus entre les parlementaires.

Justin Trudeau n'a jamais promis un vote libre à ses troupes sur la question, mais il laissait à tout le moins entrevoir qu'il mènerait le débat à Ottawa avec la même ouverture, la même générosité qu'à Québec.

C'est ce ton qui avait assuré que l'aide médicale à mourir échappe à la dynamique partisane et aux divisions qui ont défini une bonne part du débat sur le droit à l'avortement au cours des dernières années.

La ligne de parti chez les libéraux, qu'elle soit conséquente ou non avec les principes énoncés par Justin Trudeau, prend le risque de mettre un terme à cette trêve.

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