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Allégation d'agression sexuelle : le député Sklavounos se retire du caucus libéral

Le député de Laurier-Dorion, Gerry Sklavounos, s'est retiré du caucus du Parti libéral du Québec, jeudi, dans la foulée de l'allégation d'agression sexuelle qui pèse contre lui, ont confirmé des sources à Radio-Canada. Aucune accusation n'a été portée contre lui.

M. Sklavounos, 41 ans, agissait à titre de leader parlementaire adjoint à l'Assemblée nationale. Avocat de formation, il a été élu pour la première fois en 2007.

« Compte tenu des informations qui ont été publiées dans les médias le mettant en cause dans une plainte pour agression sexuelle, j'annonce que le député de Laurier-Dorion, à la demande de la présidente du caucus du gouvernement, Nicole Ménard, s'est retiré du caucus et siégera comme député indépendant à compter de ce jour. La désignation d'un nouveau titulaire au poste de leader adjoint du gouvernement sera annoncée dans les prochains jours », a déclaré le premier ministre Philippe Couillard dans un communiqué publié en début de soirée.

À son arrivée à Toronto un peu plus tard, M. Couillard s'est contenté d'indiquer aux journalistes de se référer au communiqué, ajoutant qu'une enquête était en cours.

Plus tôt dans la journée, le premier ministre avait ordonné que des vérifications soient faites au sein de son caucus après qu'une femme, Alice Paquet, eut allégué avoir été victime d'une agression sexuelle commise par un député libéral toujours en poste. La police de Québec a confirmé de son côté qu'une enquête était en cours.

« Ce sujet-là n'est pas banalisé, n'est pas tassé. Il est traité au plus haut niveau de priorité avec tout le respect et le sérieux qu'il mérite », a assuré Philippe Couillard, sans cacher qu'il était indisposé par cette affaire. « J'ai une fille et une petite-fille, et quand je vois ça, ça me renverse. Je veux que les femmes du Québec se sentent en sécurité partout, notamment sur les campus étudiants », a-t-il affirmé.

Dénonciation publique

L'allégation en question a été lancée publiquement à l'occasion d'un rassemblement organisé mercredi soir à l'Université Laval pour soutenir les victimes d'une série d'agressions survenues dans les résidences du campus.

Mme Paquet, qui dit avoir rencontré son agresseur dans un restaurant de Québec, a par la suite publié un message sur son compte Facebook, message qui a été retiré depuis.

Une amie d'Alice Paquet a aussi témoigné des difficultés vécues par la présumée victime. « Elle a encore beaucoup de difficulté avec sa sexualité, comme elle l'a exprimé hier. C'est sûr que ça brise quelque chose en dedans de nous », a dit Rosalie Genest en entrevue à Radio-Canada. « Mais je pense que ça lui a fait beaucoup de soutien, tout le support qu'on a eu hier, qu'on s'est fait dire : "On vous croit, on vous aime." »

Réactions dans l'opposition

Le parti Québec solidaire a réclamé la démission de Gerry Sklavounos de son poste de député. « M. Sklavounos doit démissionner par respect pour les citoyennes et les citoyens de Laurier-Dorion. Étant donné la gravité des allégations qui pèsent contre lui, il n'a plus la hauteur et la sérénité pour les représenter dignement à l'Assemblée nationale. À titre d'élues et d'élus du peuple québécois, nous portons une lourde responsabilité : aujourd'hui comme toujours, elle doit se manifester par un appui inconditionnel aux victimes d'agressions sexuelles », a déclaré dans un communiqué la députée de Gouin et porte-parole parlementaire de QS, Françoise David.

Des propos repris par la députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques, Manon Massé. En entrevue à l'émission 24/60, la députée de QS a déclaré que M. Sklavounos « ne pouvait plus remplir ses responsabilités ».

« C'est extrêmement délicat [...] on ne sait pas si des accusations pèsent sur M. Sklavounos ou non. Je pense que ce n'est pas aux parlementaires de faire le travail des policiers et du juridique. Mais la situation des agressions sexuelles, est-ce qu'on peut s'entendre que c'est tellement, tellement, tellement inacceptable? Et nous, les politiciens et politiciennes, on doit vraiment être au-dessus de tout soupçon. Je ne suis pas en train de dire qu'il est coupable ou non. Je dis juste qu'à un moment donné, il faut que le politique envoie des messages clairs », a expliqué Mme Massé.

La porte-parole du Parti québécois en matière de Condition féminine, Mireille Jean, est d'accord avec le retrait de Gerry Sklavounos. « Maintenant qu'il est identifié, il est important qu'il démissionne du caucus de manière à montrer l'exemple [...] maintenant, ce n'est pas aux parlementaires de juger de la situation, il y a une enquête qui devrait suivre son cours ».

Nathalie Roy, députée de Montarville sous la bannière de la Coalition avenir Québec, s'est interrogée pour sa part sur le fait que ce soit la présidente du caucus libéral qui ait demandé le retrait de M. Sklavounos, et non le premier ministre lui-même. En entrevue à 24/60, celle qui agit aussi à titre de présidente du caucus de la CAQ a ajouté qu'il serait difficile pour Gerry Sklavounos de reprendre ses fonctions à l'Assemblée nationale.

« On parle d'allégations extrêmement graves. Ce ne sont pas des accusations, oui, on comprend très bien la différence. Cependant, moi je l'invite à réfléchir à la pertinence de démissionner dans la mesure où on parle d'agression sexuelle. Ce sont des propos qui entachent toute l'Assemblée nationale. Ne serait-ce que par respect pour ses électeurs [...] je l'invite à réfléchir sur son rôle à l'Assemblée nationale », a-t-elle déclaré.

L'enquête est en cours, assure la police

Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) a fait savoir jeudi matin qu'il avait reçu une plainte à ce sujet en mars dernier et que son enquête était toujours en cours. Selon le SPVQ, l'événement évoqué par Mme Paquet serait survenu en 2014.

La police dit avoir besoin de la collaboration de la jeune femme, non seulement pour l'enquête, mais aussi pour éclaircir les circonstances dans lesquelles elle a fait sa déposition à la police.

Interrogé sur les allégations de Mme Paquet selon lesquelles la police l'aurait découragée d'aller de l'avant, un porte-parole du SPVQ, Pierre Poirier, a soutenu que c'est la « première fois [que le SPVQ] reçoit des informations » de ce genre. Il assure que cela ne « représente aucunement les valeurs » du service.

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