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Allégations d’achats de votes dans une réserve: des résidents brisent le silence

Au moins 12 résidents de la réserve autochtone Makwa Sahgaiehcan, près de Meadow Lake, en Saskatchewan, affirment avoir reçu de l'argent en échange de leur vote lors de différentes élections du conseil de bande, selon une enquête de Radio-Canada.

Un texte de William Burr

Selon les personnes interrogées, les montants varient entre 20 et 200 $. Une treizième personne, qui dit avoir refusé l'argent, parle même d'un montant de 1500 $.

La plupart des résidents interrogés disent que les transactions ont eu lieu dans le stationnement du bureau du conseil de bande, où se trouvait le bureau de vote, le jour des élections. Celles-ci ont lieu tous les deux ans dans la réserve Makwa Sahgaiehcan.

La plupart des personnes interrogées n'ont pas voulu être identifiées. Plusieurs disent avoir peur de répercussions.

Deux membres de la réserve ont toutefois accepté d'être identifiés.

Une plainte auprès de la GRC

Leon Weeseekase construit un garage à côté de sa maison, dans lequel il espère réparer les véhicules des autres membres de la Première Nation. Il raconte qu'un jour, lorsqu'il marchait dans la réserve, un des candidats aux élections a demandé à lui parler.

Selon Leon Weeseekase, le candidat lui a dit :« Je vois que vous êtes en train de construire un garage. On est prêts à vous donner 1500 $, mais je veux votre appui aux prochaines élections. »

Leon Weeseekase dit qu'il a refusé. « J'ai eu mal au coeur. Pourquoi les gens font-ils cela? Pourquoi acheter des votes? Si vous voulez vraiment être élus, laissez les électeurs décider. »

Il a rapporté l'incident à la GRC. Le détachement de Loon Lake confirme le dépôt d'une plainte. Le commandant du détachement, le sergent Phil Degruchy, dit que la police a enquêté, mais qu'il n'y avait pas assez de preuves pour aller de l'avant avec le dépôt d'accusations.

Prêts à vendre leur vote en échange de l'argent

Si des candidats aux élections ont offert de l'argent à des électeurs, des électeurs auraient également demandé de l'argent en échange de leur vote. C'est ce que soutient Frank Cheenanow, qui a posé sa candidature comme conseiller de bande lors des dernières élections. Il dit que des personnes l'ont approché pour lui vendre leur vote alors qu'il se promenait dans le village et dans la réserve.

« Certains des gens qui m'ont approché étaient des amis à moi. Je leur ai dit, je n'ai pas d'argent pour ma campagne. Je suis désolé. Je me présente pour vous, et je veux vous représenter. Ils ont compris. »

Il dit que les demandes l'ont étonné. « Ça m'a surpris, mais je leur ai dit : "C'est votre vote, c'est votre futur pour lequel je travaille. Ce n'est pas juste pour moi, c'est pour nous." »

En vertu de la Loi sur les Indiens, qui régit les élections de conseils de bande à Makwa Sahgaiehcan, une personne qui a donné des pots-de-vin peut perdre son poste et être empêchée de se présenter aux élections pour une période de six ans, selon l'avocat spécialisé en droit autochtone Norman Boudreau.

Leon Weeseekase dit qu'il aimerait que le gouvernement du Canada intervienne pour mettre fin à l'achat de votes. « On a besoin de votre aide. Notre peuple souffre. [...] Beaucoup d'entre nous veulent de l'aide. Certains d'entre nous ne sont pas capables de le dire à haute voix, ou bien, ils sont dépendants de la drogue et ne peuvent pas s'en sortir. »

Les explications

Certaines des personnes qui se sont confiées à Radio-Canada reconnaissent que l'achat de votes n'est pas éthique, mais disent avoir accepté parce qu'elles étaient à court d'argent. D'autres parlent d'une pratique qui existe depuis des années dans la réserve.

« Je joue le jeu, tout simplement. Vous savez, ça se passe depuis mon enfance, a confié un homme. Donc, c'est normal. »

« Les choses ne changeront probablement jamais, ici, dit un homme. [...] Et personne ne semble s'en préoccuper. Pourvu que les gens obtiennent leur argent pour leurs dépendances et leur alcool, ils seront contents. » La toxicomanie est un problème important dans la réserve, selon un grand nombre de membres de la Première Nation qui ont été interrogés.

Recevoir de l'argent ou d'autres avantages en échange d'un vote peut rendre la vie plus facile dans la réserve, selon une femme qui soutient que les politiciens contrôlent l'accès à des services. « Ils vous traitent de façon prioritaire, au lieu de vous aider en dernier ».

Une autre femme ne voyait pas la transaction comme un « pot-de-vin ». « [Ce candidat] ne m'a jamais soudoyé. Je lui ai juste demandé s'il avait de l'argent, et puis j'allais voter après. » Le candidat a toutefois ajouté, selon elle, « je te conseille de voter pour moi »

Les postes de chef et de conseiller de bande sont bien payés dans la réserve de 923 habitants, où les revenus sont très modestes. Le revenu moyen des individus âgés de 15 ans et plus à Makwa Sahgaiehcan était de 16 682 $, selon l'enquête sur les ménages de Statistique Canada pour 2010. À titre de comparaison, le chef de la communauté a reçu un salaire de 102 302 $, incluant des honoraires en 2014-2015. Six des sept conseillers ont reçu des revenus totaux de 88 000 $ et 121 000 $.

La réponse des autorités

Le chef de la Première Nation n'a pas répondu à une demande de commentaire au sujet de la pratique alléguée dans sa communauté.

Le ministère des Affaires autochtones et du Nord affirme que si un électeur ou un candidat soupçonne un comportement inapproprié lors d'une élection, il peut faire un appel auprès du ministère dans les 45 jours suivants.

Après avoir examiné toutes les élections à Makwa Sahgaiehcan depuis 2000, le ministère a confirmé qu'aucune d'entre elles n'a fait l'objet d'un appel.

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