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Amir Khadir ne se présentera pas aux prochaines élections

Le député de la circonscription montréalaise de Mercier et cofondateur de Québec solidaire, Amir Khadir, ne se présentera pas aux prochaines élections. Il en a fait l'annonce lors d'une conférence de presse en compagnie du co-porte-parole du parti, Gabriel Nadeau-Dubois.

Toutefois, M. Khadir ne tourne pas le dos à la politique et compte toujours s'investir dans le parti qu'il a cofondé en 2006 aux côtés de Françoise David.

« Québec solidaire, c’est ma maison; l’Assemblée nationale, j’y suis par fonction. Une fonction que j’ai essayé d’occuper de façon noble et honnête depuis décembre 2008. »

Amir Khadir restera à la disposition de Québec solidaire et s'impliquera notamment pour que le parti conserve le bastion de Mercier à l'issue du scrutin d'octobre prochain. Il continuera à travailler sur les dossiers qui lui tiennent à coeur tels que la rémunération des médecins, l'assurance médicaments ou encore la corruption des élites.

« Amir ne quittera jamais la politique, parce que la politique ne le quittera jamais », a déclaré le co-porte-parole de QS, Gabriel Nadeau-Dubois, ajoutant que Manon Massé, l'autre co-porte-parole, et lui allaient continuer de « l'avoir dans les pattes ».

Physicien et médecin spécialiste en microbiologie-infectiologie de formation, Amir Khadir est député de la circonscription de Mercier depuis 2008 sous la bannière de QS, mais il est impliqué en politique depuis bien plus longtemps que son élection.

Il avait été candidat pour le Bloc québécois en 2000 et pour l’Union des forces progressistes en 2003. Il a été longtemps sur la scène des regroupements de gauche au Québec et il représentait une voix assez classique de la gauche qui trouvait ses racines jusque dans les années 70.

« La politique, c’est une bonne médecine appliquée au grand nombre », résume M. Khadir, qui estime que, parfois, la politique est plus utile que 1000 remèdes.

Il a été, pendant des années, le seul député de QS à siéger à l'Assemblée nationale. Il a remporté la dernière élection avec 46 % des voix.

Khadir critique une « élite souverainiste égarée »

Après avoir accompli trois mandats successifs, le député de Mercier affirme que ce n'est pas un manque de passion ou encore la maladie qui dictent son départ, pas plus que les sondages.

Il précise par ailleurs que s'il n'a pas quitté l'Assemblée nationale plus tôt, c'est parce qu'il craignait pour l'avenir du parti.

« Dans cette nouvelle culture plus démocratique, on ne peut admettre ni carriérisme ni personnalisation à outrance de la politique et encore moins le culte de la personnalité, a-t-il insisté. J’ai toujours voulu me conformer à cet idéal ».

À bientôt 57 ans, M. Khadir reste un passionné de justice et « la justice sociale passe forcément par le pouvoir politique », lance-t-il, avant de souligner que son départ n'est pas non plus lié aux difficultés que connaît le mouvement indépendantiste.

« Il m’est d’avis que l’impasse actuelle trop facilement attribuée à la lassitude de l’opinion est plutôt l’œuvre d’une élite souverainiste égarée, désorientée, qui a poussé notre mouvement dans le couloir étroit des politiques de ressentiment et des crispations identitaires après nous avoir entraînés dans l’illusion néolibérale ».

L'heure est donc venue pour lui de céder la place à d'autres. Le parti annoncera dans les prochains jours le candidat qui le remplacera, une candidature forte, au dire de Gabriel Nadeau-Dubois.

Amir Khadir, qui retournera le 1er octobre prochain à la pratique de la médecine, a annoncé son intention de faire profiter divers organismes de bienfaisance de son indemnité de départ.

Le médecin solidaire s'est opposé, tout comme la Coalition avenir Québec et le Parti québécois, à l'entente récente signée entre le gouvernement Couillard et la Fédération des médecins spécialistes du Québec.

Il avait lancé une pétition en ligne pour réclamer la démission du ministre de la Santé Gaétan Barrette.

Une page se tourne

Le premier ministre Philippe Couillard lui souhaite le meilleur pour l'avenir. « Il a participé aux débats parlementaires, il a défendu ses idées. Même si on ne partage pas les mêmes idées, nous sommes quand même des gens qui nous sommes côtoyés de façon professionnelle », a-t-il déclaré en mêlée de presse, vendredi.

« Amir, tu as ouvert la porte à ce que nous sommes devenus aujourd’hui : un grand mouvement politique de près de 20 000 personnes », lui a rendu hommage Gabriel Nadeau-Dubois.

Pour Françoise David, ancienne députée solidaire de Gouin et ex-porte-parole de Québec solidaire en compagnie d’Amir Khadir, le départ de ce dernier marque la fin du « couple le plus improbable de l’histoire politique du Québec ».

Affirmant, à l’instar de Gabriel Nadeau-Dubois, vivre « beaucoup d’émotions » en marge de l’annonce de M. Khadir, Mme David a estimé, en entrevue à RDI, que c’est la « générosité » de son ancien collègue qui laissera un impact durable.

« Quoi qu’on pense de ses idées, c’est un homme qui a donné le maximum, qui a donné le meilleur de lui-même », a-t-elle poursuivi.

Aux yeux de l’ancienne députée, Amir Khadir « a dit tout haut ce que tous les Québécois pensent tout bas », y compris lors de sa sortie haute en couleur, en Chambre, contre l’ex-PDG de la Caisse dépôt et placement Henri-Paul Rousseau.

Toujours selon Mme David, c’est une page de l’histoire de Québec solidaire qui se tourne avec l’annonce du départ d’Amir Khadir.

C’est également, a-t-elle souligné, l’occasion de laisser la place à des gens « plus jeunes, plus fous, des gens formés ».

« Je suis pleine d’espoir pour l’avenir! », a-t-elle encore lancé.

« Amir, c'est un personnage »!, s'est de son côté exclamé le chef du Parti québécois (PQ) Jean-François Lisée. Évoquant la « grande conviction » du futur ex-député solidaire, M. Lisée a estimé que M. Khadir ajoutait beaucoup de « couleur » aux débats en Chambre.

Le chef péquiste a par ailleurs rappelé qu'Amir Khadir avait fait campagne en faveur d'un rapprochement entre Québec solidaire et le PQ, le député considérant qu'il fallait faire obstacle à la Coalition avenir Québec et aux libéraux.

« Des Amir Khadir, dans le débat public québécois, c'est une bonne chose », a encore dit M. Lisée.

Un militant dans l'âme

Politicien reconnu pour ses luttes sociales et son franc-parler, Amir Khadir, dont les parents venus d’Iran se sont établis à Montréal dans les années 1970, est impliqué dans la vie politique québécoise depuis la fin des années 1990.

Il a notamment été candidat de l'Union des forces progressistes (UFP) et plus tard du Bloc québécois, lors des élections fédérales de 2000.

Il s’est ensuite présenté aux élections provinciales de 2003, dans Mercier, sous la bannière de l'Union des forces progressistes, mais sans succès.

Fondation de Québec solidaire

C’est à la suite de cet épisode qu’il fonde Québec solidaire avec Françoise David, à la suite de la fusion de l'UFP et du parti Option citoyenne, en 2006.

Deux ans plus tard, en 2008, il est élu dans Mercier. Seul député solidaire à l'Assemblée nationale, il sera rejoint en 2012 par la co-porte-parole du parti, Françoise David, qui sera élue dans Gouin.

Mme David a représenté cette circonscription jusqu’à sa démission, en janvier 2017.

Amir Khadir est quant à lui demeuré député de QS, mais a cédé ses fonctions de co-porte-parole officiel du parti à Françoise David, en 2012. Il est cependant demeuré très actif sur la scène politique en appuyant de nombreuses causes et en défendant publiquement plusieurs dossiers.

Quant aux deux porte-parole officiels du parti, Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé, ils ont tous deux confirmé leur candidature pour QS en prévision des élections de l’automne prochain.

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