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Analyse : L'Alberta « dans une ambiance politique de polarisation »

Avez-vous été surpris par cette annonce de Sandra Jansen?

J’ai été surpris, pas nécessairement par le changement de direction, mais par le moment où ça intervient. Faire un tel changement seulement deux semaines après avoir été candidate à la course à la direction du parti, j’avoue que le moment est drôlement choisi et que cela laisse entendre pour certains qu’il y a une forme d’opportunisme derrière ça.

Cela se positionne sur une toile de fond plus vaste à savoir les fameuses défections des députés du Wildrose vers le parti conservateur en décembre 2014 qui avaient laissé beaucoup d’insatisfactions des deux côtés et ça n’avait pas été finalement le coup gagnant qu’on avait espéré. Dans ce contexte-là, le NPD joue peut-être avec le feu à accueillir Mme Jansen si rapidement.

Est-ce que cela pourrait nuire à la crédibilité politique de Mme Jansen et par ricochet du NPD?

J’ai l’impression que oui, sans que ce soit de la même ampleur que ce qui s’était passé auparavant. Évidemment, la logique derrière tout cela est une bataille pour le centre politique. Les néo-démocrates semblent avoir fait une croix sur le fait qu’il va y avoir deux droites à la prochaine élection c’est-à-dire un parti conservateur et un Wildrose, mais plutôt une autre formation qui reste à déterminer .

Les néo-démocrates doivent eux s’emparer du centre politique et ils ont besoin de ces progressistes-conservateurs.

Frédéric Boily, professeur de sciences politiques

Le risque pour les néo-démocrates est d’apparaître un peu trop centriste au goût de certains militants qui veulent une vraie formation de gauche. Ce sera à la première ministre Rachel Notley à gérer ces tensions-là au sein du Parti.

Que signifie le ralliement de Mme Jansen au NPD pour la course à la direction du Parti progressiste-conservateur?

C’est une admission de la part de Mme Jansen et de Mme Notley que la course est terminée et que M. Kenney a gagné. Les progressistes conservateurs qui sont mal à l’aise avec l’approche de M. Kenney doivent se demander ce qu’ils doivent faire : est-ce qu’on reste à l’intérieur de la formation politique ou on quitte déjà comme Mme Jansen?

Pour certains militants, cela envoie un signal que la formation politique prend un tournant plus à droite.

Frédéric Boily, professeur de sciences politiques

Pour les trois autres candidats qui restent, c’est un peu décourageant. Ils doivent dire comment ils se distinguent des néo-démocrates. Ce qu'affirme Sandra Jansen finalement, c’est que si vous êtes vraiment un progressiste-conservateur plus au centre droit de l’échiquier politique, votre maison est maintenant les néo-démocrates plutôt que le parti de M. Kenney.

Le système politique albertain semble donc se polariser alors que l’on dit généralement que les élections se gagnent au centre…

Nous sommes dans une ambiance politique de polarisation que nous observons dans d’autres systèmes politiques. Je pense que c’est une influence de ce qui est survenu aux États-Unis la semaine dernière. Nous ne tenons pas le même discours que Trump, mais les candidats à la direction du Parti progressiste-conservateur et le Nouveau Parti démocratique sont dans une ambiance ou ils veulent tirer des lignes claires entre les partis politiques.

On veut des lignes de fracture très claires entre progressistes et gens de droite.

Frédéric Boily, professeur de sciences politiques

Nous ne sommes pas dans un discours très rassembleur. C’est un effet d’un champ politique albertain qui est en recomposition depuis la candidature de M. Kenney et ses intentions de réunir la droite sous une même bannière. Il ne faut pas s’attendre à ce que le discours politique soit plus modéré dans les prochains mois surtout si notre situation économique ne s’améliore pas.

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