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ANALYSE : Pourquoi un remaniement ministériel en Ontario?

L'annonce d'un remaniement ministériel en Ontario n'est pas très surprenante. Après tout, la première ministre Kathleen Wynne voit rapidement venir la prochaine élection et doit user de stratégie si elle veut remporter un second mandat.

Une analyse de Claudine Brulé

Elle avait aussi brassé les cartes avant l'élection de 2014. À ce moment, elle avait promu deux députés qui faisaient face à de chaudes luttes dans leur circonscription : Kevin Flynn à Oakville et Bill Mauro à Thunder Bay. Et les deux hommes ont été réélus.

Il semble qu'elle utilise la même tactique ici. Kathleen Wynne a trois ministres qui quittent la vie politique. Pourquoi donc les garder à la table du Conseil des ministres alors qu'elle pourrait rehausser la visibilité de députés d'arrière-ban?

Nouvelles venues

Elle nomme ainsi Daiene Vernille, qui représente Kitchener-Centre, ministre du Tourisme, de la Culture et du Sport. Les deux autres circonscriptions de Kitchener sont détenues par le NPD et les conservateurs.

L'élection provinciale de juin se jouera surtout dans la grande région de Toronto, là où les libéraux comptent la majorité de leurs sièges. Et avec le redécoupage de la carte électorale, on compte encore plus de circonscriptions dans la banlieue de Toronto, qu'on appelle le 905 en raison de son indicatif téléphonique.

Brampton passe par exemple de trois à cinq circonscriptions en raison de l'importante croissance de la population. Il n'est pas surprenant donc que la première ministre décide d'y nommer une ministre. Harinder Malhi est promue ministre de la Condition féminine. Sa circonscription, Brampton-Springdale, est d'ailleurs éliminée à cause du redécoupage des frontières électorales.

Et Brampton est aussi la ville que représentait Jagmeet Singh, le nouveau chef du NPD fédéral, quand il siégeait à Queen's Park. Il a promis de revenir aider le NPD provincial durant la prochaine campagne. Sans compter que le chef progressiste-conservateur Patrick Brown courtise lui aussi les électeurs de Brampton, dont une forte proportion est d'origine sud-asiatique. Il revient d'ailleurs d'un voyage en Inde.

La donne est différente pour Nathalie Des Rosiers. Elle n'est pas en danger dans sa circonscription d'Ottawa-Vanier. Alors pourquoi cette promotion au Cabinet?

Mme Des Rosiers a laissé son prestigieux poste de doyenne de la Faculté de droit de l'Université d'Ottawa pour siéger à Queen's Park. Anciennement avocate principale de l'Association canadienne des libertés civiles, elle n'avait pas la langue dans sa poche. Une femme de son calibre était prédestinée à se faire une place à la table du Conseil des ministres : il y a fort à parier qu'elle n'aurait pas voulu rester députée d'arrière-ban très longtemps.

Chaises musicales

Qu'en est-il du jeu de chaises musicales parmi les ministres existants? Steven Del Duca, qui représente Vaughan, quitte les Transports pour aller au Développement économique. Pas besoin de convaincre les électeurs de sa circonscription de l'engagement du gouvernement à développer les transports. La province vient d'y inaugurer de nouvelles stations de métro. Le défi des transports est au contraire plus important à Cambridge, la circonscription de la nouvelle ministre Kathryn McGarry.

Et Steven Del Duca est un choix stratégique pour le Développement économique. Il est le « pitbull » du Cabinet, toujours prêt à défendre les décisions de son gouvernement devant les caméras. Par exemple, quand le maire de Toronto, John Tory, a rencontré le chef de l'opposition dans son bureau pour discuter des besoins de transports de sa ville, Steven Del Duca attendait les journalistes à la sortie du bureau du maire pour énumérer les projets que son ministère a financés à Toronto.

Dans une période d'incertitude quant à l'avenir de l'ALENA, Steven Del Duca devra se faire rassurant, et surtout présent pour la communauté d'affaires, et il est effectivement un ministre très visible, faisant des conférences de presse presque tous les jours, parfois même trois dans la même journée.

Indira Naidoo-Harris sera vraisemblablement une ministre de l'Éducation similaire à sa prédécesseure Mitzie Hunter. Cette dernière ne dérogeait pas au « message », ne répondant même pas toujours aux questions. Par exemple, quand nous lui avons demandé s'il y avait des mesures pour assurer que les directions d'école appliquaient le nouveau programme d'éducation sexuelle, elle n'a fait que répondre que le réseau d'éducation en Ontario était l'un des meilleurs dans le monde.

Indira Naidoo-Harris nous avait répondu de la même façon dans le passé, en détournant la question. Mais il y a plus de pression au ministère de l'Éducation, et il n'est pas certain qu'elle pourra éviter les questions bien longtemps. Il faut néanmoins garder en tête qu'elle est une ancienne journaliste, ce qui lui sera très utile.

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