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Anonymous divulgue un document secret sur le SCRS

La divulgation par Anonymous d'un document secret sur le financement du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) a déclenché une enquête de la GRC et du Centre de la sécurité des télécommunications du Canada (CRT), selon CBC, le réseau anglais de Radio-Canada.

Un texte de Jérôme Labbé

Les enquêteurs tentent actuellement de déterminer comment les pirates informatiques ont obtenu le document avant de le partager avec un journaliste du National Post, qui a publié un article sur le sujet mardi. Ils essayent aussi de vérifier si les membres du collectif ont enfreint la Loi sur la protection de l'information.

Le document en question a été produit par le Conseil du Trésor du Canada le 6 février 2014. La note ne fait que trois pages, mais on y apprend que les services secrets canadiens disposent à l'étranger de 25 stations d'interception d'échanges sur Internet, « dont plusieurs sont situées dans des pays en développement ou dans des environnements instables ».

Le document révèle aussi que ces stations sont vétustes, et qu'Ottawa a récemment déboursé 21 millions de dollars pour les rénover. Le processus de traitement des données est « inefficace et laborieux », déplore le SCRS, pour qui les retards qui découlent de cette lacune « nuisent à l'efficacité du Service » et « mettent en danger [ses] agents ».

Faute de moyens, ce sont les analystes postés à Ottawa qui doivent prendre le relais et « examiner manuellement un grand volume d'informations », souligne le document. Ces informations, compilées sous forme de « messages » seraient au nombre de 22 500 par année, sans compter toutes celles, « extrêmement sensibles », provenant de Washington.

Jusqu'à présent, Ottawa n'a reconnu l'existence que de trois stations d'opération du SCRS à l'étranger : à Washington, à Londres et à Paris. Le document partagé par le National Post mardi laisse toutefois croire qu'il y en aurait beaucoup plus.

La note du Conseil du Trésor nous apprend en outre que le Canada dispose de 70 employés dans ses stations d'interception des échanges sur Internet à l'étranger.

Dans une vidéo mise en ligne lundi, Anonymous menace de divulguer d'autres documents sensibles si la GRC en Colombie-Britannique n'arrête pas le policier qui a abattu l'activiste James McIntyre plus tôt ce mois-ci.

Le collectif avait d'ailleurs réagi rapidement après la fusillade en s'attaquant au site web de la police fédérale et à celui du détachement de Dawson Creek.

Samedi, Anonymous avait menacé de dévoiler des documents gouvernementaux secrets si aucune arrestation n'était effectuée dans l'affaire McIntyre d'ici lundi soir. Tout indique qu'elle a tenu parole.

Ce n'est pas la première fois que le collectif s'en prend à des sites web canadiens. Le groupe a déjà revendiqué des cyberattaques dans le passé, dont celles des sites Internet du gouvernement fédéral en juin et de la police de Montréal en avril.

Changement de tactique

Cette fuite est inhabituelle, selon Gabrielle Coleman, professeure à l'Université McGill et spécialiste d'Anonymous, puisqu'elle mélange deux tactiques habituellement utilisées de manière indépendante par les pirates informatiques : la mise au pilori d'un policier et la divulgation de documents confidentiels.

Jointe par CBC, Mme Coleman reconnaît avoir mis en contact un membre du collectif avec le National Post.

« Ils avaient déjà l'information et ils étaient sur le point de la partager », soutient-elle, précisant que la mort de James McIntyre « n'a fait qu'accélérer le cours des événements ».

Mme Coleman estime toutefois que le contenu de la fuite est peu significatif. La note de service dévoilée par Anonymous, selon elle, « ne fait que confirmer ce que les gens savaient probablement déjà ».

Les autorités avares de commentaires

Radio-Canada a pris connaissance du document divulgué par Anonymous, mais l'authenticité de celui-ci n'a pu être formellement établie.

Ni le SCRS ni le CRT n'ont accepté de répondre à nos questions. La GRC, elle, s'est contentée de dire qu'elle attendait le dépôt d'accusations criminelles avant de confirmer la tenue d'une enquête.

Enfin, un porte-parole de la Sécurité publique du Canada nous a répondu par courriel que le Ministère ne commentait pas les fuites. « Nous continuons de surveiller la situation de près », a néanmoins assuré Étienne Racine.

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