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Après avoir tourné le dos à Martine Ouellet, le Bloc veut panser ses plaies

Après l'annonce des résultats du double référendum sur les orientations du Bloc québécois et sur la confiance accordée par ses membres à la chef Martine Ouellet, les partisans comme les opposants de cette dernière s'entendent sur la nécessité de laisser la crise derrière et d'oeuvrer de concert à la reconstruction de parti en vue des prochaines élections fédérales.

Un texte de Karoline Benoit et Hugo Prévost

Martine Ouellet a perdu son pari, et le coup de dés tenté par celle qui s'accrochait tant bien que mal aux commandes du Bloc s'est plutôt transformé en coup de Jarnac, alors que 67 % des participants l'ont désavouée. Elle n'a obtenu l'appui que de 32 % d'entre eux.

D'autre part, 65 % des électeurs ont décidé de conserver tel quel l'article 1 du programme du Bloc, où il est question de faire la promotion de l'indépendance du Québec sur toutes les tribunes possibles.

Pour Gilbert Paquette, vice-président du parti, cela confirme que « le Bloc québécois n'est pas à l'agonie ».

« Mme Ouellet est évidemment très déçue des résultats », a convenu ce membre de la garde rapprochée de la chef.

Martine Ouellet tiendra une conférence de presse lundi à 10 h 30 pour donner des détails sur son avenir politique. Elle avait dit vouloir rester en poste si elle obtenait 50 % des voix plus une.

« Le mouvement indépendantiste va souffrir », dit le vice-président du Bloc

Gilbert Paquette estime par ailleurs que « le mouvement indépendantiste va souffrir de cette décision ».

Il croit que « la campagne médiatique qui s’est étalée, le nombre de commentateurs qui sont intervenus, l’ancien chef du parti, les anciens députés, ont pu jouer ».

« Je pense que les gens se sont dit que Mme Ouellet n’allait pas pouvoir rassembler le Bloc », a-t-il dénoncé.

Tout ce qu'on peut reprocher à Mme Ouellet, c'est d'avoir perdu ce vote, a soutenu Gilbert Paquette.

« Il y a eu deux efforts de médiation, il y a eu une invitation des députés dissidents au bureau national du Bloc qui a été refusée. Il n'y a pas eu possibilité d'une discussion avec les gens qui s'opposaient à son leadership », a-t-il indiqué.

Un départ déjà officieux

Si personne ne semble vouloir présumer du contenu de la déclaration de Mme Ouellet prévue lundi, tous indiquent, à mots plus ou moins couverts, qu'une nouvelle course à la chefferie devra être organisée.

« Respect de la démocratie », « les membres ont parlé » : autant d'expressions qui sous-entendent que le passage de Martine Ouellet à la tête du Bloc est terminé.

Pro et anti-Ouellet ont toutefois louangé la chef.

« Martine Ouellet a toujours été, pour moi, la meilleure personne pour représenter l'article 1, c'est une leader », a indiqué Marilène Gill, l'une des deux derniers députés à la soutenir.

« On s'est battus jusqu'à la dernière minute, jusqu'à la dernière seconde. C'est sûr que j'aurais aimé une victoire de Mme Ouellet », a renchéri son collègue Xavier Barsalou-Duval.

Chez les opposants, on a souligné la passion indépendantiste de la leader politique. « Martine, tu as donné beaucoup d'énergie au mouvement indépendantiste, je souhaite que tu puisses continuer à jouer un rôle important », a déclaré le député et président du parti Mario Beaulieu.

Celui-ci, qui appuyait Martine Ouellet, a finalement rompu ses liens avec elle, ces dernières semaines, et faisait activement campagne au sein du parti pour la pousser vers la sortie.

Unité, unité, unité

C'est d'ailleurs M. Beaulieu qui deviendra chef intérimaire, selon les statuts du parti, et qui sera entre autres responsable d'organiser la prochaine course à la direction.

« J'invite toutes les instances du Bloc à travailler à la réunification des indépendantistes au palier fédéral », a-t-il dit, en lançant un appel aux députés démissionnaires qui ont depuis formé le parti Québec debout.

Cette volonté de réunifier le Bloc satisfait d'ailleurs l'ancien chef Gilles Duceppe, qui estimait depuis un certain temps que Mme Ouellet contribuait à le « désunir ».

« Maintenant, il faut prendre le temps de se parler; j'espère que les sept députés démissionnaires reviendront », a-t-il déclaré sur les ondes d'ICI RDI.

L'un de ces démissionnaires, Michel Boudrias, a toutefois manifesté peu d'enthousiasme, pour l'instant, à revenir au bercail.

Soutenant qu'il ne pouvait exister deux formations souverainistes à Ottawa, soit le Bloc et Québec debout, M. Boudrias « entend discuter avec ouverture et bonne foi de la suite des choses » avec les personnes concernées.

« Il n'y aura pas de retour à n'importe quel prix », a-t-il affirmé.

M. Duceppe estime également qu'« il faut absolument changer la proposition principale », qui sert de base à la plateforme électorale du parti, pour se concentrer davantage sur les compétences fédérales, plutôt que sur les compétences provinciales, comme cela est le cas actuellement.

« Ce que Jacques Parizeau disait à l'époque – et ce n'était pas le plus tiède des souverainistes –, c'était que le Bloc était le phare de la souveraineté, parce que l'on parlait d'indépendance, mais dans le cadre des compétences fédérales. Nous ne prenions pas la place du Parti québécois; c'était complémentaire! », a ajouté M. Duceppe.

Une formation à la dérive

Le parti est en pleine crise depuis le départ fracassant de sept de ses 10 députés, en février.

Les députés démissionnaires reprochent à Martine Ouellet de donner la priorité à la défense de l'indépendance aux dépens de celle des intérêts du Québec.

Mme Ouellet avait aussi perdu l’appui de son aile jeunesse, qui avait, pendant un temps, fait circuler un plan de refondation du parti impliquant l’élection d’un nouveau chef.

Le groupe avait finalement fait adopter le plan en question lors du dernier conseil général du Bloc, mais après y avoir retranché l’appel à déclencher une autre course à la direction.

Avec les informations de Philippe-Vincent Foisy

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