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Après les femmes, les hommes demandent des comptes à la GRC

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) sera visée par une nouvelle demande de recours collectif d'employés alléguant avoir été victimes d'intimidation et de harcèlement, révèle CBC. Cette fois, les plaignants seront des hommes.

Plus tôt ce mois-ci, la police fédérale a annoncé avoir constitué une réserve de 100 millions de dollars pour dédommager des employées disant avoir été victimes de discrimination et de harcèlement sexuels. Elle s'attend à ce qu'un millier de femmes se partagent la somme.

C'est une firme d'avocats impliquée dans ce dernier dossier, Kim Orr Barristers, qui a confirmé à CBC qu'un nouveau recours collectif regroupant des hommes se préparait.
Selon Me Megan McPhee, ce dossier est en préparation depuis des années.

« Nous avons parlé à des centaines de membres, et nous sommes contactés par de nouveaux membres chaque jour », affirme-t-il.

Si la demande de recours collectif est acceptée et qu'un tribunal donne raison aux plaignants, la facture pourrait s'avérer particulièrement salée pour la GRC, dans la mesure où les hommes comptent pour environ 80 % de son effectif.

Des témoignages troublants

Plusieurs employés de la police fédérale contactés par CBC racontent avoir été victimes de cette présumée culture d'entreprise au cours des dernières années.

Le sergent à la retraite Hugo Desrochers raconte par exemple que sa carrière a soudainement cessé de progresser lorsqu'une nouvelle direction s'est installée à son détachement de Cornwall. « J'ai commencé à couvrir mes arrières, à prendre des notes pour être certain qu'on ne me laisserait pas de côté », raconte-t-il.

Ses notes, dit-il, documentent toutes sortes d'injustice : des gestionnaires qui font de la microgestion, des responsabilités qui lui ont été retirées, du dénigrement devant des collègues pour avoir pris des initiatives et des occasions de faire avancer sa carrière qui lui ont été refusées.

Le sergent Desrochers déplore particulièrement qu'un supérieur ait refusé qu'il soit déployé au Kosovo en raison de sa performance insatisfaisante. Après qu'il eut insisté, on lui a fait valoir qu'il avait soumis tardivement une demande pour des heures supplémentaires.

« Tout cela a des conséquences négatives, parce que vous commencez à vous interroger... et à trouver que vous n'êtes pas bon », commente M. Desrochers, qui accueille positivement le recours collectif en préparation.

Les hommes en uniforme ne sont pas les seuls à dénoncer ce climat de travail délétère. Garth Caron, un fonctionnaire qui a travaillé pour la police fédérale en Saskatchewan et en Alberta raconte avoir été attaqué en raison de son homosexualité.

« Un matin, je suis entré au travail, et j'ai remarqué un nombre d'objets féminins sur mon bureau - des boîtes de tampons, des choses comme ça - et ça m'a semblé vraiment bizarre. Pourquoi aurait-on laissé ça là? »

M. Caron affirme en outre qu'un sergent a mis en doute son statut de Métis, l'a dénigré devant des collègues et a essayé de l'intimider. Après que le syndicat se fut mêlé de cette histoire, il a accepté de prendre sa retraite.

Dans une entrevue accordée à CBC en 2012, le commissaire Bob Paulson avait lui-même raconté avoir été victime de harcèlement au cours de sa carrière.

« Dans le temps, si vous n'étiez pas d'accord avec les attentes de votre officier, ou ne souscriviez pas à sa vision de la direction dans laquelle devait aller l'organisation, vous étiez tassé », avait-il raconté. « C'est un sentiment très déconcertant et très destructeur, et ça ne témoigne pas d'une organisation transparente et éthique. »

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