Radio-Canada a publié cette semaine une enquête sur le financement des partis politiques ontariens. Il a fallu éplucher dix ans d'états financiers compilés le plus chaotiquement du monde par Élections Ontario.

Alex Boissonneault

  Une chronique d'Alex Boissonneault

Avant même les chiffres, c'est le fouillis qui surprend : des dons enregistrés au nom de différentes filiales d'une même entreprise, des dates incohérentes, des syndicats qui donnent par section locale, des associations qui pourraient aussi être des compagnies ou des groupes d'intérêt. Le flou est total.

Mais le pire, ce sont les fautes d'orthographe ou ces donateurs enregistrés sous des noms différents : Jim, James ou James Laurence Balsillie. C'est à croire que les rapporteurs l'ont fait exprès. L'expert en financement politique, Robert MacDermid, est convaincu que c'est le cas.

Le gouvernement peut bannir les dons des entreprises et des syndicats aux partis politiques dès l'année prochaine, mais ça ne règlera pas le problème, fondamental, du manque de transparence. Non seulement il mine la crédibilité des plus nobles efforts pour renforcer la démocratie ontarienne, mais il peut servir de prétexte à une exploitation malhonnête des règles qui encadrent le financement politique.

L'influence de l'argent

En dix ans, les entreprises et les syndicats ont donné plus de 100 millions de dollars aux libéraux, aux conservateurs et aux néo-démocrates. Les partis devront se passer de cette manne.

Personne n'est assez naïf pour croire que l'argent n'aura plus d'influence sur la politique ontarienne. Elle devra tout simplement prendre d'autres formes. Évidemment, plusieurs craignent déjà une répétition des dérives du modèle québécois, la première province à interdire les dons des « personnes morales », fussent-elles corporatives ou syndicales.

Or, comme le rappelle le professeur MacDermid, les corporations ont bien d'autres recours que les prête-noms et le financement sectoriel pour influencer les élus. Et pas seulement illégaux. Même qu'à son avis, leur meilleure carte pour avoir leur mot est tout à fait légale.

L'influence des corporations sur la politique, c'est par exemple l'ex-ministre des Finances Dwight Duncan qui décroche un emploi chez McMillan LLP sur Bay Street, ou l'ex-ministre fédéral John Baird qui quitte la politique pour la multinationale Barrick Gold.

La voix des travailleurs

Et les syndicats? Ils sont presque toujours associés aux entreprises dans la réforme du financement politique, mais à tort, croit le politologue Peter Graefe. Selon lui, il est injuste de mettre les syndiqués et les propriétaires d'entreprise dans le même panier.

« Les syndicats sont des organisations démocratiques qui représentent l'intérêt de milliers de personnes », dit-il. Ce n'est pas le cas des corporations, qui représentent l'intérêt spécifique de ses actionnaires. C'est l'équivalent de dire que les intérêts publics et privés sont de même nature.

Les objectifs des syndicats sont d'assurer le bien-être de leurs membres, parfois en dépit du bien commun des Ontariens, mais c'est tout de même bien différent des entreprises, dont le but est de réaliser un profit.

Robert MacDermid rappelle aussi que les syndiqués sont loin d'avoir la même influence sur Queen's Park que les corporations.

Peter Graefe croit qu'avec les nouvelles règles de financement, les travailleurs s'exprimeront moins sur la scène politique, et leurs options pour influencer la politique ne seront peut-être pas aussi convaincantes que celles des multinationales.

Les ministres ont le choix : un poste au conseil d'administration de KPMG LLP, ou de conseiller spécial de la Fédération des enseignants des écoles secondaires de l'Ontario.

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