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Attaqué par la CAQ, Yan Plante quitte le cabinet de Couillard

C'en est fait de Yan Plante, devenu directeur des enjeux spéciaux et des stratégies au cabinet du premier ministre Philippe Couillard le 15 août dernier, un peu plus de deux semaines après avoir quitté son poste de directeur adjoint du chef de la CAQ, François Legault.

Dans un communiqué publié jeudi matin, 24 heures après avoir été visé par une mise en demeure de la CAQ, M. Plante a annoncé avoir remis sa démission, qui prend effet immédiatement.

« Au cours des derniers jours, de fausses allégations et des propos mensongers circulent à mon sujet de la part de mon ancien employeur, la CAQ », écrit-il. « J'ai pris la décision de me retirer de mes fonctions afin de consacrer toutes mes énergies à défendre ma réputation et mon intégrité. »

« Dans les meilleurs délais, je répondrai à la mise en demeure de la CAQ par l'entremise de mes avocats », ajoute M. Plante, en précisant qu'il n'entend faire aucun autre commentaire sur le sujet.

M. Plante remercie le premier ministre de lui avoir offert « l'opportunité [...] de servir les Québécois auprès de lui ».

Une mise en demeure fatale

Mercredi, la CAQ a envoyé une mise en demeure à M. Plante, dans laquelle elle allègue qu'il a volé plusieurs « documents de nature confidentielle et stratégique » du parti, avant et après sa démission, officialisée le 27 juillet.

Le député caquiste Simon Jolin-Barrette a soutenu que Yan Plante avait utilisé son adresse de courriel professionnelle pour transmettre des documents à son adresse personnelle, les 5, 7, 8, 18 et 20 juillet, mais aussi dans les heures qui ont suivi sa démission.

Parmi ces documents se trouvait l'ordre du jour du caucus présessionnel de la CAQ tenu à Saint-Jérôme ainsi qu'un document détaillant la stratégie que le parti entend suivre lors de l'élection partielle qui aura lieu cet automne dans la circonscription du même nom.

La mise en demeure exigeait que les documents en question soient remis à la CAQ ou détruits et que M. Plante produise une déclaration assermentée précisant l'utilisation qui en a été faite d'ici vendredi, 17 h. Le chef de cabinet de M. Couillard, Jean-Louis Dufresne, a aussi reçu une mise en demeure similaire.

Le premier ministre avait dénoncé une opération de « salissage » de la CAQ, qu'il accusait de faire un « spectacle de diversion ». M. Plante, avait-il dit, « a été recruté pour son talent et son expertise et, bien sûr, on est très content de l'avoir avec nous ».

« M. Plante est arrivé chez nous avec aucune information, on ne lui demande aucune information et je n'ai aucun intérêt pour quelque information interne que ce soit de la CAQ », avait assuré M. Couillard.

Une source proche du cabinet du premier ministre a ultérieurement dit à Radio-Canada que M. Plante avait transmis le 9 septembre une lettre affirmant que des documents confidentiels et stratégiques qu'il avait en sa possession ont été détruits.

Prochain objectif : Jean-Louis Dufresne

Lors de la période de questions à l'Assemblée nationale, M. Jolin-Barrette a réclamé la démission de Jean-Louis Dufresne, qu'il accuse d'avoir cautionné le comportement de M. Plante.

« À partir du moment où le chef de cabinet de M. Couillard savait que M. Plante avait ce genre de documents, qu'il a été informé par lettre, il se devait de prendre les mesures appropriées à l'endroit de M. Plante », a plaidé le député caquiste lors d'un point de presse subséquent.

« Le premier ministre ne peut pas tolérer un chef de cabinet qui tolère des situations comme celle de Frédéric Schautaud, qui tolère une situation comme celle de M. Plante dans l'entourage du premier ministre », a-t-il lancé.

M. Jolin-Barrette a précisé qu'il attend toujours que M. Plante réponde à la mise en demeure qui lui a été envoyée jeudi. Il souhaite également que le gouvernement rende publique la lettre que M. Plante a transmise au cabinet du premier ministre le 9 septembre, afin que toute la lumière puisse être faite dans cette affaire.

En chambre, M. Couillard n'a pas répondu à la demande de démission soumise par le député caquiste. Le leader du gouvernement, Jean-Marc Fournier, s'est appuyé sur la lettre de démission de M. Plante pour souligner que ce dernier défend une « version contraire » des faits.

« Je pense que simplement d'entendre la version de M. Plante, qui n'a pas de l'air d'être la même que celle que vous avez, permet de dire que vos avocats et les siens régleront pour la suite des choses, il a une interprétation différente de vous du fond de la question », a-t-il déclaré.

Une reprise du dossier Schautaud

C'est la deuxième fois depuis le début du mois qu'un transfuge de la CAQ place le gouvernement Couillard dans l'embarras.

Le 7 septembre, un ancien recherchiste du parti, Frédéric Schautaud, avait aussi tenté de passer au Parti libéral. Après s'être réjouis de son choix, M. Couillard et sa ministre de l'Économie, Dominique Anglade, ont fait volte-face quelques heures plus tard. Mme Anglade avait admis avoir « sous-estimé la gravité des gestes posés ».

Le parti de François Legault avait aussi accusé M. Schautaud d'avoir volé des documents « confidentiels et stratégiques », et lui avait d'ailleurs envoyé une mise en demeure.

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