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Attaques sexistes et harcèlement sexuel : l'ancienne chef du PLM brise le silence

En entrevue exclusive avec CBC News, l'avocate de formation dit que ses nerfs solides lui ont permis de gérer les commentaires : son seul regret est qu'elle n'a pas dénoncé la situation plus tôt.

« L'iniquité dans ces situations est tellement extrême que je veux que les gens la comprennent », dénote-t-elle.

Alors qu'elle tentait de diriger son parti au coeur d'une élection provinciale, Mme Bokhari était la cible d'avances sexuelles de la part de parfaits inconnus, dont un homme qui lui a envoyé une photo de ses organes génitaux.

« Sans équivoque, c'est du harcèlement sexuel », dit Rana Bokhari. Elle explique que, tout comme beaucoup de femmes placées dans ce genre de situation, elle a dû choisir entre dénoncer publiquement ou prendre son mal en patience.

En pleine campagne électorale, Rana Bokhari a choisi de souffrir en silence « pour le bien de l'équipe ».

Mon plus grand regret, c'est de ne pas avoir entamé cette conversation. C'était ma responsabilité, en tant que jeune femme, de dire que ce genre de comportement est inacceptable - pour que les femmes qui passeront après moi n'aient pas à vivre la même chose. Mais je n'ai pas été capable d'abattre cette barrière.

Rana Bokhari, ex-chef du Parti libéral du Manitoba

Rana Bokhari est pourtant loin d'être la seule politicienne qui s'est sentie obligée de souffrir en silence.

L'ancienne chef de l'opposition Sharon Carstairs raconte avoir reçu beaucoup de commentaires haineux, et ce, bien avant l'arrivée des médias sociaux.

Elle se souvient notamment d'une carte qu'elle a reçue par la poste : sur le devant il était inscrit « Ce dont tu as besoin » et à l'intérieur, « Te faire fourrer ».

Mme Carstairs affirme que, bien que le nombre de femmes en politique est en hausse, le Canada a encore beaucoup de chemin à faire pour mettre un terme aux attaques sexistes.

Le Canada n'a pas encore atteint le seuil de l'équité véritable.

Sharon Carstairs, ancienne députée et sénatrice libérale

Pour sa part, la députée conservatrice et ministre responsable de la Condition féminine, Rochelle Squires, dit qu'elle a reçu les critiques les plus virulentes de sa carrière lorsqu'elle a été nommée ministre responsable des Affaires francophones. « Certains étaient liés au sexe : des commentaires anonymes faits en ligne attaquaient la forme de mon corps, la couleur de mes cheveux », se souvient la ministre.

À un moment donné, il ne s'agit plus de conversations légitimes. C'est tout simplement de l'intimidation et du harcèlement fondé sur le sexe.

Rochelle Squires, ministre responsable de la Condition féminine

Ancienne ministre néo-démocrate et candidate à la direction du parti, Theresa Oswald dit qu'elle a été traitée de tous les noms possibles. « On m'a appelée une prostituée, une salope, une traînée », se souvient-elle. Elle doute que ses collègues masculins aient été soumis au même niveau de discours haineux.

Elle encourage les politiciennes et toutes les femmes qui font carrière dans la vie publique de dénoncer les comportements inacceptables.

« Parlez-en, et n'attendez pas pour le faire, conseille Mme Oswald. Parce que le moment où c'est plus facile de dénoncer, c'est l'instant même. Si vous attendez que la poussière retombe, ce sera plus difficile. »

Selon un texte de Sean Kavanagh

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