Retour

Au coeur de la première assemblée de cuisine du mouvement « Faut qu’on se parle »

Gabriel Nadeau-Dubois et ses camarades n'ont pas perdu de temps. Quelques heures après avoir lancé leur mouvement, ils se sont réunis mercredi soir, dans le quartier Hochelaga, à Montréal, pour une première assemblée de cuisine. Radio-Canada était sur place.

Un reportage de Thomas Gerbet

De la bière, des cris de bébés et une heure et demie d'échanges et de débats dans le salon d'un appartement de la rue d'Orléans. C'est dans cette ambiance que s'est tenue la première consultation du nouveau mouvement.

Gabriel Nadeau-Dubois, Maïtée Labrecque-Saganash et Claire Bolduc ont passé la soirée à écouter et à noter ce qu'avaient à dire la vingtaine de citoyens présents, âgés de 25 à 45 ans. Ces derniers avaient décidé d'aborder trois sujets : le mode de scrutin, les Autochtones et l'éducation.

Mode de scrutin

Les personnes présentes semblaient toutes s'entendre sur la nécessité de réformer le système électoral actuel, jugé trop peu représentatif.

« Lors des dernières élections fédérales, j'ai vu des gens de gauche et des souverainistes sauter de joie quand les libéraux ont gagné, a raconté un jeune homme. C'est un exemple assez parlant du problème de notre système électoral actuel. »

« Il y a beaucoup de médecins et d'avocats parmi nos députés, mais combien d'ouvriers, combien de préposés aux bénéficiaires? Pourtant ces gens-là connaissent vraiment bien la réalité du quotidien », a souligné Claire Bolduc.

Gabriel Nadeau-Dubois a fait siens les propos d'une jeune femme.

Solidarité avec les Autochtones

Un participant a mentionné qu'il fallait cesser de voir les Premières Nations comme un tout. « Il y en a 11 au Québec et elles ne sont pas toutes pareilles », a-t-il dit. Maïtée Labrecque-Saganash a rappelé elle aussi que toutes ces nations « ont des codes sociaux différents, des langues différentes et des réalités géographiques différentes ».

L'hôte de l'assemblée de cuisine, Pierre Lessard-Blais, a lancé l'idée de créer un « Katimavik québécois », où les jeunes pourraient faire des stages dans les communautés autochtones, tout comme ils sont déjà nombreux à le faire dans les pays du tiers-monde.

Éducation

Plusieurs personnes présentes ont exprimé leur volonté de créer un véritable cours d'éducation à la citoyenneté au Québec, en s'inspirant du modèle européen, afin de contrer les préjugés dès le plus jeune âge. Certains ont aussi dénoncé les stages non rémunérés, qui deviennent de plus en plus la norme, ainsi que le système d'éducation « trop arrimé sur les besoins des entreprises ».

Réactions après l'assemblée de cuisine

Alexandrine, qui est venue avec son conjoint et son bébé, était satisfaite d'avoir exprimé ses idées dans un cadre plus intime : « Ce n'est pas imposant, une assemblée de cuisine. »

Pierre, l'hôte, qui gère une microbrasserie rue Ontario, était satisfait d'avoir assisté à des « confrontations d'idées, mais pas dans un style parlementaire. « Sur l'éducation, sur la démocratie, dit-il, tout le monde n'était pas d'accord, mais c'était cordial, respectueux. Je pense qu'on a besoin de se parler, de réfléchir ensemble pour se sortir de l'impasse, et de le faire dans un cadre non partisan ».

Le risque de prêcher à des convertis

Le profil des personnes présentes était assez homogène : intellectuels, universitaires, de gauche. Certaines prises de parole étaient de haute voltige, comme cette jeune femme qui a demandé aux instigateurs du mouvement : « Comment, méthodologiquement, retenir les récurrences des propositions et l'imposer aux partis politiques? »

Gabriel Nadeau-Dubois explique qu'il va colliger les idées recueillies dans les assemblées avec celles reçues sur le site Internet du groupe. « Ça va faire partie de la somme d'informations sur laquelle on va se baser pour élaborer nos propositions. L'objectif, c'est d'en arriver à un nombre restreint de propositions », dit-il. Ces dernières seront dévoilées au début de l'hiver.

« On veut parler à tout le monde et pas seulement aux gens qui sont déjà d'accord avec nous », assure l'ancien porte-parole étudiant. Maïtée Labrecque-Saganash ajoute qu'elle compte tenir des assemblées de cuisine dans des communautés autochtones. Elle invite également les anglophones à y participer.

Le mouvement « Faut qu'on se parle » s'appuie déjà sur un ou deux bénévoles dans chaque région du Québec pour préparer le terrain et rassembler des citoyens qui n'ont pas nécessairement le réflexe de participer à ce genre de rencontres.

Des assemblées publiques déjà complètes

En quelques heures, des milliers de Québécois se sont rendus sur le site Internet du nouveau mouvement. Les 400 places pour la consultation publique de Québec, le 11 octobre, sont déjà toutes prises. Celle de Montréal est aussi complète. Des dizaines de propositions pour des assemblées de cuisine ont aussi été reçues. La prochaine aura lieu samedi à Saint-Jude, près de Saint-Hyacinthe.

Plus d'articles

Commentaires